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Full text of "Histoire de la Louisiane : contenant la découverte de ce vaste pays, sa description géographique, un voyage dans les terres, l'histoire naturelle, les murs, coûtumes & religion des naturels, avec leurs origines : deux voyages dans le nord du nouveau Mexique, dont un jusqu'à la mer du Sud : ornée de deux cartes & de 40 planches en taille douce"

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RUE 
É es! 


De A 
en 


H ISTOIRE 
l DE LA 
LOUISIANE. 


TOME PREMIER: 


LA A RQ ER 


# 


à. ad à vs 


s - DL 
: 2 À 
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2 \ 
- 


M DE LA 


UISIANE, 


Contenant la Découverte de ce vafte Pays: 


2 x 


fa Defcription géographique ; un Voyage 


dans les Terres|; lHifloire Naturelle :; les 


PR UE se 
_Moœurs, Coûtumes & Religion des Natu- 


| DU tr, 
rels , avec leurs Origines ; deux Voyages 


dans le Nord du nouveau Mexique, dont 


un jufqu’à la Mer du Sud ; ornée de deux 


_ Cartes & de 40 Planches en Faille douce. 


_— 


Chez La Veuve DreracuErre, rue S, Jacques, à-- 


a. 


sl4 
l 


Par M, Lr Puce ov PRATz. 
TOME PREMIER. 


e 


A PARIS, 


DE BurE, l’Aiîné, furle Quai des Auguñins; 
46, Paul. ï 


POhivier. e 
LAMBERT, rue de Ja Comédie-Frinçoiles 


y M HG NEA LU ae ARE ET SU 0 
M, DCC, L VIII. 
ARENA CAEN 
Dir ee TATEE 
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FA ns as. 
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re ne pé PEN PER PER ne 
| GG BxÉNÈNES Ne ES + 


PRÉFACE. 


DEAN A Fruhce depuis plufeurs 
AU | P 
L a années s Fate aflez vive= 


a Vs AE Gate ; pour que Je croye 
faire au Public un véritable préfent, 
en communiquant les connoiffances : 
que 7° aide ce vaité Pays, où j'ai de- 
_ meuré feizé ans. S'il éf toujours 
agréable de prendre une idée un peu 
détaillée d'un Pays n ee ln “et 
pas moins eflentiel de le connoître 
 éxaétement ; & lPintérês que je prends 
au bien de ma Patrie, exige que je lui 
découvre le nouveau fonds de Con 
- merce que la Nature lui préfente dans 
les Résions éloignées, & que l'induf- 
trie de l’homme peut préparer pour 
_ nous fournir par fon moyen un fur- 
croît de commodités & d'abondance. | 
Les faux jugèmens qu'on a portés 
fur cette contrée de l Amérique , fems 
blent même inviter un bon Patriote à 
: | ma 


y] PRÉFACE 
_ xedreffer les idées & à en donner de 
quites, On fçait tout ce que l’on a dit 
_& penfé de défavantageux fur le Mi- 
Micipi, nom que le Vuigaire affecte 
de donner à ce Pays, quoique le 
premier & le véritable foit celui de la 
Louifiane que je lui confére. Il eft 
donc abfolument néceffaire de dé- 
truire ces faux jugemens occafionnés 
par des Relations infideles, fouvent 
pleines de malignité, & prefque tou- 
jours d’ignorance : je ne puis donc 
efpérer d’en venir à bout qu'en pu- 
bliant cette Hifloire. On y verranon- 
feulement avec quelle impartialité 
j'ai confidéré la Louiliane ,. mais en- 
core avec quelle attention J'enaiexa- 
miné les produéëtions. 

Je donne de ce Pays une Defcrip= 
tion géographique exaëte & très-dé- 
taillée : j'ai mis dans le premier volu- 
me & en Jeur place deux Cartes de la 
Louifiane , une générale & une plus 
petite à grands points, lefquelles font 
bien différentes de celles qui ont pa- 
rû jufqu’à préfent, parce que J'ai été 
fur les lieux, que jai vü les originaux 


< or « ] -. à.” j 7) c 6," £ 
Se # + } 0 : 
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« 1 

F o - À 1 


PORP PRE ACES | 
des Cartes Efpagnoles , & que j'ai eu 
d’ailleurs des connoiffances certaines 
de la partie de l'Ousft & du Nord, où 
eft cette Province. | 

Après y avoir demeuré quelques 


années ; j'acquis une connoiflance 


. particuliere des Simples ; & j'en en- 


voyai plus de trois cent à la Compa- 
gnie d'Occident , & dont j'indiquat 
les vertus. Je fisaufli quelques décou- 
vértes ; qui auroieñt dû, ce me fem- 


ble , calmer l'ardeur de mes recher- 


chés; maïs j'avois un plaifir fécret à 


_ découvrir tous les joursquelque chofe 


de nouveau; êt afin que dans la fuite je 


_puffe être utile au Public, jentrepris 


F 


un Voyage de cinq mois dans l'inté- 


rieur des Terres, pour m’aflurerainfi 


par moi-même des productions mer- 


__ veilleufes de ce Pays, auffi agréable à 


la vüe , qu'il féroit avantageux à cul- 
La Defcriprion de ce Voyage eft 


_ fuivie de P'Arricle qui traite de la Na- 
ture des Terres de la Louifiane : jy 


fais connoïître la qualité de chaque 
terrein en particulier, les Mines & 
: ali} 


viij PRÉFACE. 
les Carrieres qu’il renferme, & les 
différentes efpéces de Plantes qu’il 
peut produire. J'y fais régner un ordre 
qui doit farisfaire l’efprit du Lecteur ; 
& tout y eft détaillé de maniere , que 
la Carte à la main, on pourroit de 
fon cabinet former le plan d’une Ha- 
bitation avantageufe, & prefque avec 
autant de juiteffe que fi l’on étoit fur . 
des lieux. Fe 

Dans [a feconde Partie de cette 
Hiftoire, jetraite des graines & des 
fruits, dés arbres fruitiers, de ceux 
de haute futaye, de leurs qualités & 
utilités, des arbuftes, des autres plan- 
tes & de leurs propriétés, des Ani- 
maux quadrupédes & des reptiles , - 
des Oiïfeaux & des Poiffons , avec des 
figures fur différents fujets ; en un 
mot je rapporte les produétions de la 
Louifiane,, que mesrecherches n'ont 
permis d'acquérir, & je ne parle que 
de ce qui eft propre à ce Pays. 

Après ce détail, je pañle à ce qui. 
regarde particuliérement les Naturels 
de cette Province : je décris leurs 
travaux & leurs ouvrages ordinaires, 


PRÉFACE: 1x 
… leurs habillemens , leur hiftoire, leur 
… fituation, les Étabflemiens ou Poftes 
François, & la Capitale 3 enfin les 
… mœurs, la Langue & la Religion des 
_ Peuples de la Louifiane, leurs Fêtes 
& leur maniere de faire la Guerre. 
La troifiéme Partie contient la fuite 


“# mœurs & des cérémonies reli- 


( gieufe de cette Nation. 

L'origine des Peuples de l’Amé- 
rique eft une matiere affez curieufe 
_& aflez intéreflante , > qu'aucun Au- 

teur n ’a encore pü traiter à fond juf= 
qu'à préfent d'une maniere fatisfai- 
fante, faute d’avoir eu des principes 


folides fur lefquels il fe fñt appuyé, 


. Je ne me contenterai point de par- 


‘er de l'origine des Peuples de cette 
| Colonie dont je fais l'Hiftoire ; je 
 traiterai en même tems de celles de 
œous les Peuples de l'Amérique en 


général. Je donnerai les preuves les : 


_ plus convaïnquantes que l’on puifle 
. défirer à ce fujet, fur lequel l'Hifioire 
_de l’ancien Monde ne nous dit rien 


de pofitif, Quoique celle du nouveau - 


Monde ne foit point écrite, elle ng 
a V 


*.  PREFAOË 
“aille pas que d'être füre, du moins * 
ma-telle paru fidéle. Je confens au 
refte qu'on ne prenne ces preuves que 
pour des conjeétures, dont} je me fuis : 
_- inftruit fur les Heure mais je penfe 
qu'on fera obligé d'avouer qu’elles | 
font fortes. Je n’ai garde d’étendremes ! 
vûes fur l'avenir ? néanmoins je fuis 
charmé € avoir fait pendant monfé- : 
jour en cette Province les Décou- 
vertes que je donne au Public, par. 
ce qu'il n'eft guéres croyable qu'il fe 
trouve jamais parmi toutes les Na« 
tions de l’Amérique Septentrionale ! 
aucun homme, qui par la fuite püût 
donner aux Francois des connoiffan+ 
ces femblablés à celles que ’ai ac 
quifes par le nioyen de ceux à qui je 
m'en {uis informé, attendu que cette 
Nation ne fubfifte plus.Piofeurs Sca= 
. vans qui ont vû cet objet dans le Jour- 
nal Economique , où javois inféré 
un Abrégé de l'Hiftoire de Ja Loui- 
fiane, n'ont témoigné que je Te 
mettre cet article plus dérailié, 

dans un même Corps d'Ouvrage sil 
que tout ce qui concerne la Louiliane: 


! PRÉFACE. Lt 
& les Peuples qui Phabitent; & c’eit 
ce qui m'a déterminé à y travailler & 

_àle donner au Public. 

Je décris enfuite un Voyage depuis 
(ie centre de cette Province, jufqu’a 
_ fa Mer du Sud, & un autre au Nord- 
 Oueft de cette Colonie. Ces deux 
- Voyages donnent de grandes con- 
noiffances touchant les Peuples de 
ces contrées , & font très-utiies à 
ceux qui feroient curieux de fcavoir 
la fituation des Pays qui confinent , 

_ ou qui font peu éloignés de l'endroit 

. où l’on croit devoir être la Mer de 
 P'Oueft. Je fais enfuite le tableau de 

_ {a Guerre contre les Natchez, & ce 

ui de leur deftruction. 

L’évenement du Maffacre des 

François aux Natchez a été fcû en 

France dans fontems , & a fait frémir 

d'horreur les honnêtes gens ; mais les 

_circonftances n’en ont été connues 
que de très-peu de perfonnes » lef- 
quelles pour la plûpart n°y ont nulle- 
ment ajouté foi ; parce que le fait 
paroît en effet incroyable ; aufli me 
rs) Je bien de le raconter, sil 


5 prérac 
_ N'y avoit pas encore quelque peu de 
perfonnes vivantes qui en font réchap: 
pées , même une à Paris qui eftaflez 
gonaue , c'eft M. Gonichon. . 

_ Ayant aïinfi donné une cofinoif-. 
fance exaûte de la Louiliane , de la: 
nature de fon Sol, dé toutes fes pro- 
duétions, du caraétére de fes Peü- 
ples, je me permets quelques réfle+ 
xions fur ce qui eccafonne la Guerre 
dans ce Pays, & je donneles moyens 
de l’éviter ; &-fi on eft obligé de la 
faire ; je promets les moyens de s’en! 
tirer avec avantage & à peu de frais > 
de telle forte même, que fans expofer: 
beaucoup les Trouves, les plus fortes | 
Nations du Favs trembleroient au 
feul nom des Francois, - 

… Dans l’article fuivant, je traite de 
lAcriculture, c’eft-a-diré de [a ma- 
niere de cultiver & préparer les pro= : 
duétions de ce Pays qui peuvent en- 
trer dans le Commerce. Je parle en- 
fuite de celui que l’on y fait & que 
l'on y peut faire, tant avec l’Europe, 
qu'avec les Ifles Françoifes de l'Amé- 
rique , & avec les Efpagnols , ainfi 


AA 
Un 
6 


# Loi | 
DO PREFPACE.  xy 
‘que des Marchandifes que ceux-ci ap= 
Portent.- Enfin mes dernieres réfle- 
xions s'étendent fur tous les avanta- 
ges que lon peut tirer fans peine de 
ce riche Pays pour la gloire du Roï, 
le bien de fon fervice, & le bonheur 
de ceux qui l’habitent. | 


_ Malgré toutes mes recherches & 
mes obfervations , malgré mes décou- 
\vertes & mes expériences, Jai crû 
devoir communiquer mon Manufcrit 
original à des perfonnes refpectables, 
qui ont occupé dignement & durant 
‘plufieurs années les premieres places 
dans cette Colonie. Ces Officiers qui 
 çonnoiflent cette Province , m'ont 
 exhorté à faire imprimer promte- 
ment cette Hiftoire. Ro 

: Lertroifiéme volume de l'Hifoire 
Critique de la Philofophie per M. 
des Landes, page 59. parle de la 
 Louifians comme d'une terre fiérile ; 
L& fous le Soi de laquelle font des 
“Lacs fouterraios qui nourriflent des 
poiflons empailonnés. La premiere 
de ces allégations, c'eft-:-dire la fié- 
_xilité prétendue de ce Fays, eft de. 


sy. PRE FAC 
puis quarante ans démentie par” 
tous les Habirans de la Colonie. Sa 
fertilité , très-fupérieure à celle des 
plus heureux climats de l'Europe, eft « 
reconnue fans contradiétion. Quand « 
à la fable des Lacs fouterrains, jJen’en « 
ai jamais oui parler dans le Pays : 
d’ailleurs, quoique je parle d'un Can- : 
ton où il paroit qu'il y a des Mines 
de fel, parce quil en fort plufieurs 
fources d’eau falée, je n'ai jamais | 
entendu dire aux Naturels, dont je 
parle la Langue, & qui y alloient ! 
faire du fel, qu'il yeütnien cet en- 
droit, ni ailleurs des Lacs fouter- 
sains, ni du poiffon empoifonné ; 
enforte que 7 aurois laiflé ces alléoa- 
tions dans l’oubli qu’elles méritent, 
fins le nom refpe&able de l’Auteur 
. du Livre qui les rapporte; mais quel. 

que réputation quil fe foit acquife 
dans la République des Lettres, il 
n'eft perfonne à l’abri des méprifes, 
& je dois à fa mémoire la juftice de 

ublier que depuis mon retour en 
np & dans plufeurs converfa- 
tions familicres que j'ai eues avec lui 


ne PRÉFACE. Fo. 
Ace fujet, je l'ai trouvé abfolument 
revenu de fes faufles idées; & il eft 
convenu de bonne foi quil avoit 
adopté trop facilement ce que l'on 
Jui avoit dit. 
… Ileneft de même à peu- près d'un 
” Auteur vénérable qui rapporte la mort 
du Soleil Serpent-Piqué , dont je 
parle aufli dans cette Hiftoire; illa 
_ met quelques années plus tard que 
; Je ne fais , parce que j'ai été préfent 
à cette ARR , & quau contraire il 
ne l'a apprife que depuis fon retour 
* en France. Je lui en ai parlé ily a 
. quelque tems , & il me promit 
_ alors de changer la datte de cette 
mort dans la feconde édition quil 
. cfpéroit faire de fon Ouvrage. 
J'avertis Le Public de ces chofes, 
pour qu'il {cache faire la différence 
| d’un Auteur qui a féjourné plufieurs 
| années dans le Pays dose il écrit 
. l'Hiftoire, & qui en parle la Langue, 
Ridavec ceux qui n'écrivent que fur . 
ques OUI-dire, ou qui ne fcavent point 
| la Langue du Pays dont ‘ils écrivent 
T'Hifloire. Quand même ils yauroient 


) (L'he re. N | te (E 


XV] PR É F À c E. 
été, ilneft pas furprenant « que ces 
Auteurs ayent été trompés. En- 
fin je m’eftimerai heureux & très-dé- 
dommagé des peines & des foins que 
m'ont coûté mes recherches, fi cette 
Hiftoire peut être utile au fervice du 
Roi, & à l'avantage du Commerce 
de ma Patrie, puifque toute ma vie 
je n’ai eu d’autre ambition ni d’autres - 
défirs , que de pouvoir me rendre: 
utile au fervice du Roi & à a l'Etat 


HISTOIRE 


ee PTE 


HISTOIRE 


4 PL A 


ä LOUISIA NE. 


PREMIERE PARTIE. 


+ CHAPITRE PREMIER. 
» Découverte de la LouIsrANE. 


3 pop des François fur la Riyiére 
de Mobille : M. de S, Denis va au 
nouveau Mexique pour faire un Traité 
de Commerce avec les Efpagnols, 


1 © RSQUE les Ffpagnols 
fe furent établis dans les 
grandes Antilles ,isne 

tardérent pas à aller re- 
rer connoître les côtes du 

Golfe du Mexique. Lucas Vafquez de 

illon aborda en 1520 au Continent 


Tome E À 


57 


ST Re RE St si : 


à 


AN :"Hifloire : NES 
de la partie Septentrionale de ce Gol- 
fe, & fut favorablement reçû des peu- 
ples du pays, qui lui firent des pré- 
fens en or, en perles & en lames d’ar- 
gent. Cette bonne réception l'engagea 
À y retourner quatre ans après : maïs les 
Naturels ayant changé de fentiment à 4 
{on égard , luituerent deux cens hom- 
mes , & le contraignirent à fe retirer. 
En 1528, Pamphile Néfunez mit & 
à terre fur cette côte ; & ayant recü ! 
des premieres Nations qu'ilrencontra, 
des préfens en or, qu'elles lui frent ! 
connoître par fignes venir des mon- 
tagnes des Apalaches , dans le pays 
qui porte aujourd’hui le nom de Flo- 
de , il entreprit d'y aller, & s'en-# 
gagea dans une route de vingt-cinq | 
journées. Dans cette marche, il fut fi 
fouvent attaqué par les peuples nou, 
veaux qu'il découvrit, & perdit tant | 
de monde, qu’il ne penfa plus qu'a fe 
rembarquer avec ce qui lui en reftoit : 
trop heureux d'échapper lui-même aux 
dangers aufquel il s’'étoit ‘imprudem= 
ment expolé. M 
La Rélation de Dominique Soto; 
ui en 1539 aborda dans la Baye du 
é. Efprit , eit fi romanefque, & fi con 
flumment démentie par tous ceux qui 


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- de la Louilianes + 
ont voyagé dans ce pays, que loin 
d'ajouter foi à ce que nous dit P'Hif- 
torien de ce Capitaine, on doit être 
au contraire perfuadé que fon entre - 
prife n’eut pas un heureux fuccès, 
puilqu’il n’eneft pas plus refté de vefti- 

es que de ceux qui l’avoient précédé. 
L'inutilité de ces tentatives ne rebuta 
point les Efpagnols. Après avoir dé- 
couvert la Floride, ils ne virent point 
fans jaloufie les François s'y établir en 
1564, fous la conduite de René de 
- Laudoniere, que l'Ariral de Coligny 
yavoitenvoyé, & qui y avoit con- 
fruit le Fort Carolin, dont on voit 
encore les ruines fix lieues au-deflus 
de celui de Penfacola. Ils les y atta- 
“querent peu de tems après ; & les 
ayant forcé à capituler , ils les égor- 
gerent cruellement, fans aucun égard 
au Traité conclu aveceux. Conme la 
France éroit alors plongée dans les 
“malheurs des Gueres de Religion, 
cette action barbaré feroit demeurée 
impunie, fi un feul homme du “ont 
de Marfan, nommé Dominique de 
Gourgues, n’eût entrepris d’en tirer 
vengeance au nom de la Nation fl 
arma en 1567, pañla à la Floride, 
prit crois Forts que les Eipagnols 


Po 


4. Hifloire A 
avoient conftruits ; écenayanttuéun « 
grand nombre dans les différentes at- 
taques , il pendit le refte. Il établit 
enfuite un nouveau polte , & revint en 
France ; maïs le défordre des affaires : 
de l'Etat ne permit point de foûtenir 
cet Etabliffement , & bientôt les Efpa- 
gnols fe remirent en pofleflion de ce 
pays , où ils font encore. 

Depuis ce tems les François paru- 
rent avoir oublié ces parages ; & ils 
ne penfoient point du tout à y tenter 
des découvertes , lorfque les guerres 
qu’ils avoient dans le Canada avec les 
Naturels, leur donnerent la connoif- 
fance du vafte pays qu'ils poffédent au- 
jourd’hui.. Dans une de ces guerres, 
un Recollet nommé le P, Hennepin, 
fut pris & emmené chez les [Hlinois : 
comme il {çavoit un peu de Chirurgie, 
il fe rendit utile à ces peuples, & en 
fut bien traité. Son calice & fa paté- 
ne qui brilloient à leurs yeux, & fon 
bréviaire dans lequel ils le voyoient 
lire, contribuerent aufli à le faire ref- 
pecter, parce que toutes ces chofes 
leur paroifloient être des Efprits avec 
jefquels ils’entretenoit. Jouiffant donc 
d’une entiere liberté, ce Religieux 
parcourut le pays, & fuivit aflez longs 


| de la Louifiane. $ 
 tems Îles bords du Fleuve S. Louis, 
- où Mifficipi ; mais il ne put aller juf 
- qu’à fon embouchure. Cependantil ne 
 laiffa pas de prendre poñleffion de ce 
… pays au nom de Louis XIV, & lui 
. donna le nom de Louifiane. Lorfque la 
Providence lui eut facilité fon retour 
en Canada, il y fit le détail le plus 
avantageux de ce qu'il avoit vü; &c 
. étant de retour en France, il en com- 
- pofa une Rélation qu’il dédia à M, Col- 
 bert. | 
Les connoïffances qu'il avoit don- 

mées de la Louifiane ne tarderent pas 
“à porter leur fruit. M. de la Salle, 

“auili connu par fon malheur que par 

“fon courage , entreprit de traver{er 

jufqu'à la mer ces terres inconnues. 

“Il partit de Quebec en 1679 avec un 

gros Détachement; & étant entré chez 

es Illinois, il y conftruifit le premier 

Fort que la France y ait eu. [l lui don- Premier Fors 
na le nom de Crevecœur , & y laïffa une 
“bonne Garnifon , fous le commande- ne aux Illinois 
ment du Chevalier de Tonti. De-là 
1 defcendit fur le Fleuve S. Louis, 
.jufqu’à fon embouchure , qui, comme 

ïla été dit, eft dans le Golfe du Mexi- 

que ; & après avoir fait fes obferya- 

tions , & pris hauteur le mieux qu'il 


À iij 


+ Hifioire 
put, il retourna par le même chemin 
à Quebec, d’où il pafla en France. 
Lorfqwil eut fait à M. Colbert le : 
récit de fon voyage, ce grand Minif- | 
tre qui connut de quelle importance il 
étoit pour l'Etat de s’affürer d’un fi beau 
& fi grand pays, n’héfita point à lui don- 
ner un Vaifleau & une petite Frégate, 
pour aller reconnoître par le Golfe du 
. Mexique, l'embouchure du Fleuve S. 
Louis. Il partit en 168$. Mais fes Ob- 
fervations n'ayant pas eu, fans doute , 
toute la juftefle requife , quand il fut ar- 
rivé dans le Golfe, il dépafla le Fleuve ; 
& courant trop à lOueft , il entra dans 
la Baye S. Bernard. Quelque méfin- 
tellivence étant furvenue entre lui 6e 
les CMiciers des Vaifleaux . 1l fe fit dé- 
barquer avec le monde qui étoit fouà 
fes ordres ; & ayant établi un poñte 
en ce lieu , il entreprit d’aller par terre 
chercher le grand Fleuve. Mais après 
avoir marché plufieurs jours, quel- 
ques-uns de fes gens irrités contre lui 
des peines qu'il leur faifoit efluyer . 
profiterent d’un tems où il fe trouvoit 
| avec eux féparé du refte de fa troupe . 
ro des & l’affaffinerent indignement. La trou- 
dkanfs. pe, quoique privée de fon Chef, con= 
tinua fa route, traver{à un grand nome 


ee png game > M 


de la Louifiane. 7 
_ bre de rivieres, & arriva enfin aux 
Arkanfas , où elle trouva contre toute 
* attente un pofte François nouvellement 
établi. Le Chevalier de Tonti étoit 
. defcendu du Fort des Illinois , jufqu’à 
Pembouchure du Fleuve , vers le tems 
où il avoit jugé que M. de la Salle 
pourroit y être arrivé par mer. Ne 
 Payant point trouvé, il avoit remonté 
. ke Fleuve pour fe rendre à fon pofte ; 
 & chemin faifant, étant entré dans la 
Riviere des Arkanfas jufqu’au Village 
. de cette Nation, avec qui il fit allian- 
ce, quelques-uns de fes gens le prie- 
. rent de les y établir, ce qu'il leur ac- 
… corda. Îl en laiffa dix , & cette petite 
… habitation s’eit foûtenue & fortifiée ; 
. non-feulement parce que de tems à au- 
-tre elle à été groflie par quelques Ca- 
nadiens qui ont defcendu ce Fleuve ; 
« mais fur-tout parce que ceux qui la 
formoient, ont eu la fagefle de vivre 
en paix avec les Naturels, & ont traité 
comme légitimes les enfans qu’ils ont 
eus des filles des Arkanfas, avec qui 
ils fe font alliés par nécefhité. | 
…_ Le bruit de la beauté de la Louifia- 
ne s'étant répandu dans le Canada, 
plufieurs François de ce pays allerent y 
demeurer, & fe difperlerent chacun 
À. iv 


Premier Eta- 
bliflement des 


Ô H'floire 
felon fon gré, le long du Fleuve S. 
Louis, principalement vers {on em- 
bouchure, & même dans quelques Ifles 
de la côte & fur la Riviére de Mobille, 
qui eft plus voifine du Canada. La fa. 
cilité du commerce avecS. Domingue, 
étoit fans doute ce qui les attiroit dans 
2 voifinage de la mer, quoiqu’à tous 
sards l'intérieur du pays füt préfé- 
rable e. Cependant ces Etablifiemens 
épars , _incapebles de fe foutenir par 


eux-mêmes , & trop éloignés les uns 


des autres pour s’entr'aider , ne garan- 
tifloient pas la poffeffion de ce pays, & 
même'n’écoit pas une prife de pofieflion 
véritable. La I ouifiane refta dans cet 


état négligé, jufqu’a ce que M. d'Hi- 


berville, Chef d'Efcadre, ayant dé- 
couvert en 1698 les embouchures du 
Fleuve S. Louis , & ayant été nom- 
mé Gouverneur général de certe vaite 


contrée, y portaen 1 699 la premiere 
obuic. Comme il étoit du Canada, 


elle fut prefque toute compofée de Ca- 
nadiens, entre lefquels fe diftingua fur- 
tout M. de Luchereau de S. Denis, 
oncie de Madame d’'Hiberville. 
L’établiflement fe fit fur la Riviére 


Yrancoïs dans de Mobiile avec toute la facilité qu’on 


fa Louifiare fur 
la Mobilles 


pouvoit défirer ; mais ces progrès fus L 


de La Louifiane. 9 


rent lents ; parce que ces premiers Ha- 
. bitans n’avoient rien au-deflus des Na- 


turels pour Les néceflités de la vie que 
leur propre induftrie , & quelques ou- 


tils grofliers pour donner aux bois les 
façons les plus fimples. | 


_ La guerre qu’avoit alors à foutenir 
Louis XIV , & les befoins urgens de 


l'Etat abforboïent fans cefle l’atrten- 


EL D : 5 ET 
id UNE : ve : 


D D PO Ra 2 


p= 


tion des Miniftres ; & ne leur permet- 
soit point de penfer à la Louifiane, 
Ce que l'on crut alors pouvoir faire 
de mieux, fut de la donner en con- 
cefhon à quelque riche Particulier, qui 


trouvant fon intérêt a mettre ce pays 
* en valeur, feroit le bien de l'Etat , en 
_ travaillant au fien propre. La Louifia- 


ne fut donc ainfi cédée à M. Crozat.. 


El eft à. préfumer que fi M. d'Hiber- 


_ ville eüt vécu plus longtems, la Co 


lonie.auroit fait des progrès confidé- 


 rables ; mais cer illuftre Marin, dont 


Pautorité étoit grande , étant mort à 
la Havanne, un longtems s’écoula né- 
ceflairement avant qu’un nouveau Gou- 
verneur arrivät de France. Celui qui 


… futchoifi pour remplir ce pofte, fut M. 


de la Morte Cadillac, qui débarqua 

dans.ce pays au mois de Juin 17124. 
La. Colonie: n'avoir que des mar= 
| À À y 


\ 


HO . Hifloire 10 


chandifes en petite quantité, & Par 


"1 


gent étoit encore plus rare. On lan- 
guifloit plütôt qu’on ne vivoit dans 
un des plus excellens pays du monde, 
parce que l’on étoit dans Fimpofhbili- 
té de faire les travaux &c les premieres. 
avances que les meilleures terres de- 
mandent. Une Lettre que l’on remit à 
M. dela Motte , quelque tems après 
{on arrivée , parut ouvrir une voye 
pour fortir d'une fituation fi fâcheule. 

Les Efpagnols ont long-tems re- 


gardé la Louifiane comme devant leur 
appartenir, parce qu’elle fait la plus 
grande partie de la Floride, qu'ils 


? 


avoient découverte les premiers. Les 
-mouvemens que fe donnoient alors les. 
François pour s’y établir, réveillerent 
eur jaloufie ; ils conçurent le defleim: : 


de nous borner en s’établiffant aux 


Affinaïs , Nation peu diftante des 
Naétchitoches , où quelques François. 


avoient déjà pénétré. fl: ne trouvoient 


pas peu de difficulté à former cet Eta< 
lifement ; & ne fçachant comment 


en venir à bout, un Pere Ydalgo, 
Recollet, s’avifa d'écrire aux Fran- 
çois pour les prier d'aider les Efpa- 
gnols à établir une Mifion chez les 
Afinaïs. El fit trois copies de fa Lettre, 


| 


PE 


| de la Louifianes ri 
qu'il envoya à tout hazard de trois cô- 
tés différens vers nos habitations, ef- 
pérant du moins que lune des trois 
tomberoit entre les mains de quelques 
" François. LUN 
. Ilne fe trompa point dans fa con- 
jecture. Une de fes Lettres parvint aux: 
François, & de pofte en poifte & de 
main en main fut remife à M. de la 
Motte.. Ce Général continuellement 
occupé des befoins de la Colonie, & 
des moyens de la foulager , n’apper- 
çGut point dans cette Lettre l'intention 
des Efpagnols. Il n'y vit qu'une 
voye füre & courte de remédier aux. 
* maux prélens, en favorifant les Ef- 
. pagnols, & faifant avec euxun Traité 
de Commerce qui procureroit à la Co- 
lonie ce qui lui manquoit , &c dont les 
Efpagnols abondoient ; c’eft- à - dire 
… des chevaux , des befliaux & de Par- 
… gent. Îl communiqua donc cette Let- 
tre & fes intentions à M.de S. Denis, 
à qui il propofa de faire par terre le: 
voyage du Mexique. 
M. de S: Denis, depuis quatorze: 
… ans quil étoit dans la Louifiane , avoic: 
_ fait de côtés & d’autres beaucoup de: 
voyages. Ii fcavoit généralement tou- 
sesles Langues desdifférentes Nations, 
| | À vi}, 


f, de 8, Denis 
“ part pour le 
souveauMesi- 
Que 


T2  Hifhire 

qui l'habiteht, & s’étoit fait aimer & 
eftimer de ces peuples, au point qu'ils 
lavoient reconnu pour leur grand 
Chef. Ce Gentilhomme , d’ailleurs 
plein de courage , de prudence & de 
force, étoit ne le plus propre que 
M. de la Motte pût choifir pour exé- 
cuter fon deflein. 

Quelque pénible que fût PAneUtE 
fe, M. de S. Denis s’en chargea avec 
plaifir, & partit avec vingt-cinq hom: 
mes. Cette petite troupe auroit enco- 
re un peu figuré , fi elle fe fût confer-- 
vée en fon entier ; maïs quelques-uns 
abandonnerent M. de 8. Denis en che- 
min, & plufieurs refterent aux Nact- 
chitoches , chez qui il pañla. Il fut 
donc réduit < à partir de ce lieu accom- 
pagné feulement de dix hommes, avec 
lefquels 1l traverfa plus de cent cin- 
quante lisues de Pays entierement dé- 
peuplé, n'ayant trouvé fur fa route. 
aucune Nation jufqu’au Préfide ou 
Fortereffe de S. Jean Baptifte , fur la 
Riviére du Nord dans. le nouveau 
Mexique. 

Le Gouverneur de ce Préfide étoit 
D, Diegue Raimond, Officier avancé 
en âge, Îl reçut favorablement M. de 4 
S. Denis, qui lui dit que le motit de # 


= de la Louifiane: 53 
fon voyage étoit la Lettre du P. Vdal- 


… go, & qu'il avoit ordre de pañfer à 


Mexico, Mais comme les Efpagnols 


ne laifent pas volontièrs les Etrangers 


voyager dans les terres de leur domi- 


nation en Amérique , de peur que la 

À 
vüe de ces beaux pays ne donnent à 
ces Etrangers des idées dont les fuites 


 pourroient être contr’eux d’une gran- 
de conféquence, D. Diegue ne voulut 


point permettre à M. de S. Denis de 
continuer fa route, fans'avoir aupara- 
vant le confentement du Vice-Roi. EE 
fallut donc dépêcher un Courier à 
Mexico, & attendre fon retour. La 


lenteur de l'expédition, & celle du 


voyage firent faire à M.de S. Denis 
un très-long féjour au Préfide de S, 
Jean-Baptifte , pendant lequel il ga- 
gna plus que les bonnes graces du Gou-- 
verneur. D. Diegue avoit avec lui fa 
famille, qui confiftoit en un fils, une 
fille veuve , la fille d’une autre de fes 
filles qui étoit morte. Cette jeune per- 
fonne étoit déjà d’âge à être mariée 5. 
& dès au fortir de l’enfance elle avoir 
dans lefprit qu’elle n’épouferoit point. 
d'Efpagnol , mais qu’elle étoit defti- 
née à un Etranger. Cet Etranger fe 
fe trouva être M, de S, Denis. La 


T4 Hiffoire 

tante l'ayant pris en affection , it fie 
connoître fa niéce , & s'étant conve-- 
nus de part & d’autre, on prit des: 
mefures fi jufies pour en parler à D. 
Diegue, qu'il v confentit avec plaifir.. 
Ainf il fut arrêté que M. de S. Denis: 
au retour de Mexico épouferoit la De- 
moifelle. 

Le Courier que les difpofitions fai-- 
foient attendre avec une double im- 
patience, arriva enfin avec la permif 
fion du Duc de Linarez, Vice-Roi du: 
Mexique. Aufli-tôt M. de S. Denis {e: 
mit en marche , & fe rendit à Mexico: 
le $ Juin 171 Fe Le Vice-Roi aimoit 
naturellement la France, & fe propo- 
foir , lorfque le tems de fon Gouver- 
nement {eroit fini, de venir à Paris: 
pañler le refte de fes j jours. M. de S:. 
Denis en fut donc favorablement ac- 
cucillil, à quelques précautions près , 


que le Duc jugeoit à propos de pren: 
dre,pourne point effaroucher quelques: 
Officiers de Jufice qui l environnoient, 
& dont le cœurconiervoit encore dans: 
toute fa force l’ancienne antipathie qui: 
n’a que trop longtems regnée entre les: 


deux Nations, 


Les affaires ne traînerent' point « en. 
longueur, Le Duc de Linarez ayant. 


de la Louifiane. ré 
promis de faire un Fraité de Commer- 
ce, lorfque les Efpagnols feroient aux. 
Aflinais, M. de S. Denis fe chargea de: 
les y établir en retournant à la Loui- 
fiane. 
Le Pere Ydalgo étoit alors à Mexi- 
co ; il vit M. de S. Denis, & fça- 
chant ce qui étoit arrêté avec le Vi- 
_ce-Roi & lui, il le pria d’en taire le: 

fecret à fon Compagnon le P. Oliva- 
rez mefprit jaloux, inquiet & dange- 
eu donc il vouloir fe débaraffer. M. 
de S. Denis le lui promit , Jui. tint 
parole, & ne penfa plus qu’à retourner 
au Préfide de S. Jean-Baptife. LeP. 
. Ydalgo de fon côté ne tarda pas à s’y 
j rendre. 


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CHAPITRE II. 


Retour de M. de S. Denis: Ce Com- 

. mandant établit les Ffpagnols aux: 
Affinais : M. de S. Denis part de. 
nouveau pour Mexico + Ses iraverfes 
dans ce fecond Voyage. Son retour. 


Préfide de S. Jean-Baptifte fut 


bientôt fuivi de fes nôces, dont les. 


| réjouiffances durerent quelques jours. 
Mariage de 


D On penfa enfuite à former la Caravane. 


avec une Ef- qui devoit s'établir aux Affinais, 6 


pagnole.. M, de S. Denis laiffant fa femme chez. 
fon ayeul , fe mit à la‘têce de cette. 
troupe, & la conduifit heureulement: 


au lieu deftiné. 


Alors , en qualité de grand Chéts 
ayant aflemblé la Nation des Afliraïs,. 


à 


il l’exhorta à recevoir les Efpagnols , 
& à les bien traiter. La vénération: 
que ces peuples avoient pour lui, les 


fit plier fous fes volontés, & la pro- 
mefle qu’il avoir faite au Duc de Li 


narez fut ainfi fidélement accomplie. 


Les Aflinaïs font à cinquante lieues 


E retour de M. de S. p#. au. 


1 _ de la Louifiane. LT 
* des Na@chitoches. Les Efpaznols fe 
D trouvant encore trop éloignésde nous, 
« fe font fervi de ce premier Etabliffe- 

ment , pour en former unfecond chez 

. les Adaïes, Nation qui eft à dix lieues de 

… notre pote des Naétchitoches.Pardails 
nous refferrent du côté du Couchanc 
dans le voifinage du Fieuve S. Louis : 
depuis il na pas tenu à eux qu’ils ne 
nous ayent bornés du côté du Nord, 
: C’eft ce que je rapporterai en fon lieu. 
. À cette Anecdote de leur Hiftoire, 

L j'ajoütérai én deux mots celle de leur 
» rérabliffement à Penfacola, fur la côte 
de la Floride , trois mois après que 
- M. d'Eliberville eut porté les premiers 
 Habirans à la Lovuifiane , ce pays étant 

_ refté inhabité par les Européens depuis 

. que la Garnifon qu'y avoit laiffé Domi- 
nique de Gourgues, eut péri ou défer- 
- té, faure d’avoir été entretenue. 

__… Je reviens à M. de la Motte, & à 
M. de S. Denis. Le premier toujours 
occupé du deffein d’avoir un Traité de 
Commerce avec les Efpagnols; & char- 
mé du fuccès qu’avoit eu le voyage au 

Mexique de M. de S. Denis, lui pro- 
pofa d’y retourner, ne doutant point 

que le Duc de Linarez ne tint parole, 
comme on la lui avoit tenue, M. des, 


18. Hifloire 


Denis, toujours prêt à aller, & à qui. 


fon mariage avec une Efpagnole de- 
voit donner de grandes prérogatives, 
accepta la Commiffion que lui donnoic 
fon Général. Maïs il ne falloit pas faire 
ce fecond voyage comme le premier ; 
il convenoit qu'il portät avec lui des 
marchandifes , afind’exécuter ce Trai- 
té, aufli-tôt qu'il feroit conclu , & de 


s'indemnifer de la dépenfe qu'il alloit 


faire. Quoique les magafins de M. 
Crozat fuflent pleins, il ne fut pas 
facile d’avoir des marchandifes. Les 


Commis n'en voulurent point donner 


à crédit ; ils refuferent même la cau- 
tion de M. dela Motte ; & on ne pou- 
voit les payer: car d’où auroit-on tiré 
de Pargent ? Le pays n’en produit 
point. Il fallur donc que le Gouver- 
neur formât une Compagnie de ceux 


qui étoient les plus folvables de la Co- 


Jonie 3 & ce ne fut qu’à cette Com- 

pagnie, que les Commis fe détermi- 

nerent à avancer ce qu’on leur deman- 

Défauts ordi- doit. Cet expédient n'étoit point du 
maires qui font À : sure 

échouer les goût de M de S. Denis : ii s'en ou- 

plus belles en- yrit À M. de la Motte, & lui dit que: 


treprifes , l’in- ; à 
docilité : Pa_ {es Affociés voudroient accompagner, 


 varice, lPindif ou tous où en partie, ce dont ils: 


erétion ” : , rer 
* avoient répondu ; & qu’au lieu qu'il 


de la Louifiane. F9 
étoit abfolument néceflaire que les 
effets paruflent n’appartenir qu’à lui 
feul , ils ne manqueroient jamais de 
faire connoître qu’ils en étoient les 
_ propriétaires ; ce qui fufhiroit pour les 
faire confifquer , le commerce n’étant 
point ouvert entre les deux Nations. 
M. de la Motte fentit la folidité de 
ces raïfons ; maïs l’impoflhbilité de faire 
autrement , le contraignit de pañler où- 
tre ; & tout ce que M. de S. Denis 
avoit prévü, ne tarda pas d’arriver. 

Il partit de la Mobille le 13 Août 
1716 , efcorté ,commeil le craignoit » 
de quelques-uns de fes intéreflés ; & 
étant arrivé aux Affinaïs , il y paffa 
l'hyver. Il fe mit en route le dix-neuf 
Mars de l’année fuivante , & fe ren- 
dit au Préfide de S. Jean - Baptifle. 
M. de S. Denis annonça ces marchan- 
- difes, comme étant à lui, afin d’ob- 
vier à la confifcation, dont autre- 
ment il n’auroit pû les garantir ; & il 
voulut en faire quelques libéralités 
pour fe concilier l’amitié des Efpa- 
gnols. Mais Pindocilité , l’avarice & 
Pindifcrétion des intéreffés rompit tou- 
tes fes mefures ; & pour n’en point 
voir la déroute entiere, il fe hâta de 
partir pour Mexico. Il arriva dans: 


26:  Fijioire 4 
cette ville le 14 Mai 1717. Le Due 

de Linarez y étoit encore, mais ma- 

lade & au lit de la mort. M. de S. 

Denis eut cependant le tems de le 

voir, il en fut reconnu ; & ce Sei- 

-  gneur le fit recommander au Vice- 

Roi qui lui avoit fuccédé. C’étoit le 

Marquis de Baléro , aufi contraire 

aux françois que le Duc leur étoit 

favorable. Re ù 

 … M. de S. Denis, se fellieta pes 

longtems le Marquis de Baléro pour 

conclure le Traité de Commerce ; il 

eut bien -tôt à fonger à d’autres 

affaires. Le P. Olivarez fe trouvant 

alors à la Cour du Vice-Roi, ne vit 

pas de bon œil celui qui avoit éta- 

bli le P. Ydalgo aux Affinaïs, & ré- 

folut de fe venger fur lui du chagrin 

qu'il confervoit toujours, de n'avoir 

point été de cette Miffion. Il s’unit 

avec un Officier nommé D. Martin 

D’Alarcon, particulierement protégé 

par le Marquis de Baléro ; &ilstra- 
vaillerent fi bien auprès de ce Sei- 
des, Denis oneur , que dans le:tems quille 
eit mis en pri- Es D ! 
fn. à Mexico. attendoit le moins, M.-de S. De- 
; nis fe vit arrêté & mis au cachot. If 
n’en fortit que le 20 de Décembre de 
. cetteannée, par un ordre du Conieil 


de la Loufiane. | 21 . 
fouverain de Mexico , autel il avoit 
trouvé moyen de faire préfenter plu- 
fieurs Requêtes. Le Viceroi forcé de 
l'élargir , lui donna la ville pour ie 
_ fon. 

Il ne Peg plus de Traité de 
Commerce. M. de S. Denis fongea feu- 
lement à tirer partie de fes marchan- 
difes, dont fon beau-pere D. Dicgue 
Raimond avoit fait pañler ce qu'il avoit 
pû dans la Ville de Mexique, où D. 
Martin d’Alarcon les avoit fait arrêé- 
ter, comme étant de contrebande ; 
‘ car il étoit un des Emiflaires de fon 
Protefteur , pour faire la chafle aux 
Etrangers , qui n'achetoient pas ché- 
rement ja permiffion de vendre ce qu’ils 
avoient apporté. M. de S. Denis ne 
put tirer de fes effets pil Ilés & avariés, 
que de quoi fatisfaire à certains frais de 
Juftice, qui font énormes dans un Pays 
Où touteft or & argent. Du refte il 
 fubffta au moyen 4 quelque es reflour- 
ces, que la Providence lui fournit , & 
que l’on ne peut guéres comprendre ! 
que lorfqu’on les a éprouvées. 

Notre Prifonnier ayant plus rien 
dans le Mexique qui l’intéreflat , que fa 
propre perfonne , fongea férieufement 
a la mettre en sûreté ; car il avoit tou- 


DEA 


M fort furtive- 
ment de Mexi- 
COs 


Son retour à 
la Louifianee 


22 | Hifloire Au 
jours de juftes fujets de craindre quel- 


ques mauvais traitemens de la part de 
{es trois ennemis déclarés Ayant donc 


médité les moyens de fa fuite, il fortit 
de Mexico le 25 Septembre 1718, 
lorfque la nuit approchoït, & s'étant 
mis en embufcade à une certaine dif- 
tance de la Ville, il attendit que fa 
bonne fortune lui donnât le moyen de 
faire la route autrement qu’à pied. 
Versles neuf heures du foir, un Ca- 
valier pafla fort bien monté. Fondre 
{ur lui à Pimprovifte , le démonter , 
fauter fur le cheval, tourner b:ide & 
& prendre le galop, ce fut l'ouvrage 
d'un moment pour M. de S. Denis. 
11 courut jufqu’au jour, & s'écarta 
alors du chemin pour fe repofer. Ce 
fut fa précaution continuelle jufqu’a 
ce qu’il fût près du Préfidede S. Jean- 
Baptifte , dont. il n’approcha que la 
nuit, & uniquement pour parler à fa 
femme, dans un endroit du jardin de 
D. Diegue , où il fcavoit qu’elle avoit 
coutume de prendre le frais ; de-là il 
continua fa route à pied ; & enfin ar- 


riva le 2 Avril 1719 à la Colonie 


Françoile, où iltrouva de grands chan- 
gemens. 


_ Près de trois ans s’étoient écoulés 


dela Louifiane. 23 
depuis le départ de M. de S. Denis 
pour le Mexique, jufqu’à fon retour. 
Pendant ce long efpace de tems la 
conceflion de la Louifiane avoit pañlé 
de M. Crozat à la Compagnie des 
Indes. M. de la Motte Cadillac étoit 
mort , & M. de Biainville, frere de 
M. d’Hiberville , lui avoit fuccédé dans 
_ le Gouvernement général; le Chef- 
lieu de la Colonie n’étoit plus à la Mo- 
bille , il n’étoit plus même au vieux 
Biloxi, où il avoit été transféré. La 
nouvelle Orleans que l’on commençoit 
à bâtir, étoit devenue la ville Capi- 
_ tale de tout le pays, 

M, de S. Denis alla donc à la nou- 
velle Orléans trouver M. de  Biain- 
ville, pour lui rendre compte de fon 
voyage. Le peu de luccès qu’il avoit 
cu, n'étoit pas propre à engager le 
nouveau Gouverneur à fuivre les idées 
. de fon prédécefleur : d’ailleurs il avoit 
. les fiennes propres & un plan de con- 
_ duite tout différent, qu’il a conftam- 
… ment fuivi pendant le tems qu’il a été 
en place. Ainfi M. de S. Denis r’eut 
qu’a fe retirer à fon habitation, où 
quelques années après les Efpagnols 
Jui envoyerent fa femme , avec un équi- 
page de douze bêtes de Somme. Dans 


La 


224 __ Hifloire | 
la fuite le Roï lui donna la Croix de 
S. Louis, pour reconnoître & récom- 
penfer fes fervices. | 

La Compagnie des Indes ayant 
fondé de grandes efpérances de com- 
merce fur la Louifiane, fit pour-peu- 
pler ce pays des efforts capables de la 
faire bientôt arriver à fon but. Elle 
y envoya dès la premiere fcisen1718, 
une Colonie de huit cens hommes, 
dont quelques - uns s’établirent à la 
nouvelle Orleans, & les autres for- 
merent les habitations des Natchez. 
Ce fut avec cet embarquement que je 
paflai à la Louifiane. 


CHAPITRE 


dela Louifiane: ,. 25% 


Le 


CHAPITRE 11E 


Embar uement dé‘huit cens. prie > 

sp Compagnie d'Occident’ envoye 

” à la Louifiane : Arrivée & Ji jour. 
au Cap François : Arrivée à l’Ifle 
Dauphine: Deftription de cette Île. 
Le Commandant Général y reçoit les 


Coneeonnairer, 
E EMBARQUEMENT fe fc : à la Ro- 


chelle fur trois Vaifleaux , fçavoir : 
la Viéloire | commandée par M. du 
Rouffel, la Duchelle de Nosilles ;par M. 
dela Salle, & la Flûte la Marie, com- 
mandée par M. Japy, für laquelle je 
m'embarquai avéc mes gens ; MM. 
_de la Houflaÿye &c plufieurs autres Con 
ceffionnaires é étoient ju le même Vaic 
feaux. l'CJTe A rio 
Les premiérs jours. de notre voya- 
ge nous eumes le vent contraire 5 & 
quoique la mer ne fût pas ‘Fort grofle , 35 
plufieurs paflagers à qui ce tems faifoit: 
peur, ayant oui dire que l'on voyoit 
la Rochelle, demanderent. qu’on les 
mit à rèrre, Les era prévoyant 


Tome I. 


26 . Hifhoire. 
que la plépart y refteroient ; n’eurent 


Er de leur accorder leur. demande ; 


LS RE © 


ble , : & cèux qui avoienc. nee rega- | 


_gner le port, en auroient pour "lors 


Baptème des 
Paflagers. 


été bien: fâchés. Je ne vois riend'in- 
téreffant dans.cette routejufqu'amnotre 
arrivées. ‘fous. le: tropique du. Cancer. 
(1), que l’on nomme le Solftice d'Eté. 
L’ufage et, que quand un navire eft 
par cette. latitude ; on fait le 2 Bapiême ; 
la coutume a. pale en. loi de. forte. | 
que, perfonner n’en eft.exemt>. pas mês 

mme Le; Capisaine ou fon, Vaifleau, s'ils, | 
n’y ont pas encore pañlé ; les a téioual 
ont établi cet ufage pour ayeir de quoi 
fe divertir an premier port, Cette {or-. 
te de cérémppie a Été rapportée, par 
un FAP grand : nombre. Auteurs, à 


"n°! 2, 4 Er y NA CITE En 
Mo : TB ei 


@) Cle fscrmebor le Soleil s'arrête le 
20 Juin ; d'où gnfuite il retrogradessss Lx 


d € 
w_L.- 


‘4 de la Louifiane. 27 
pour en dire quelque chofe ici; en 
donnant la piéce aux matelots on en 
eft quitte, 
.. Après avoir pañlé le Tropique du 
Cancer, le Commandant prit trop le 
Sud.Notre Capitaine qui écoit un Loup 
de mer (1) s’en apperçüt, & noûs dit . 
que nous prenions'le chemin des Eco- 
iers ; en effet après plufieurs jours de 
oute , nous fûmes obligés de nous re- 
ever vers le Nord & au large; nous 
Fe écouvrimes enfuite l’Ifle de S. Jean 
le Porto Rico , qui appartient aux Ef- 
| agnols. Quittant la vûe de cette ffle, 
po apperçûmes celle de S. Domin- 
ue, & peu après en continuant l’on 
vi EL Grange, qui eft un rocher élevé 
EU g-deffus du Morne ou Ecore (2), qui 
É prefque à pic far le bord de la 
Mer ; ce rocher vû de loin, paroït 
loir la figure d’une grange. Nous 
: rivämes peu d'heures après au Cap- 
pucois. qui n’eft diflant de ce ro- 


pe 
x 
1 
| 
| 


: bmer dès leur enfance, & ont continuée 
(2) Morne ou Ecore eft une Montigne 
ii & quelquefois à pic du côté de 
re er ou des fleuves, & dont la penie et 
is douce du coté des terres; ce qui patoit 
e montagne coupée, ; 


W sb 


nu (1) On donne ce nom à ceux qui ont été 
| 
FE 


2e Hifloire 

cher que de douze lieues. ! 
Nous fümes deux mois en mer avant 
Arivée au d'arriver au Cap-Francois, tant à cau- 
Per Eransois & des vents contraires que nous eûmes 
en partant, que par le retardement que 
nous cauferent les calmes qui font fré- 
quens dans ces parages ; notre Vaïfleau ! 
d'ailleurs étant fort & pélant, nous ! 
avions peine à fuivre les autres , qui ,* 
pour ne pas nous quitter, ne por-! 
toient que leurs quatre voiles majeurs , 
tandis que nous en avions dix-iept à. 
dix-huit. | 
C’eft dans ces parages que l’on trou»! 
ve les vents alifés ; ces vents font ainftt 
nommés parce qu’ils font doux ; mais! 
quoiqu'ils foient foibles , on feroit! 
beaucoup de chemin, s'ils foufloient 
toujours , parce qu’ils vont de l’Eft à. 
l’Oüeft fans varier; on n’y voit jamais, 
d’orages,mais les calmes ou bonaces re- 
tardent fouvent de beaucoup ; il faut 
alors attendre quelques jours, & qu'un 
Grain ramene le vent (1). L'on n’Y 


. 
D CE ND. PT 


Vents alifése 


à. 


{1} Onnomme Grain, enterme de mer; 
une petite tache dans l'air qui s'étend fort 
vite, & forme un nuage , lequel donne ur 
vent qui d’abord eft roide, mais dont la ré 
pidité ne dute pas, quoiqu'il y en ait aflez 
pour faire route, PU 14 


s 


de la Louifiane. 29 
voit d’ailleurs rien de curieux, fice 
 n’eft là chaffe que les Bonites font aux 

Poifjons volans. La Bonite eft un poif- 
fon dont la longueur va quelquefois 
jufqu’à deux pieds ; il eft fort friand 
du poiffon volant ; c’eft pour cela qu’il 
fe tient toujours où il y a de ces der- 
niers. La Bonite a la chair très-déli- 
cate & d’un bon goût ; pour ce qui 
eft du poiflon volant, je me crois obhi- 
gé d’en faire la defcription pour dé- 
. tromper les incrédules , tels que ceux 
que j'ai trouvé à Paris & en Province. | 
Le Poiffon volant eft de la longueur  Poïton v- 
d’un Harang 3 mais plus rond. Îl fort “*" 
* de fes côtés en place de nageoires, 
deux aîles qui ont chacune environ 
quatre pouces de long fur deux de lar- 
ge à l’extrémité ; elles fe ploient & 
s'ouvrent comme un éventail, & font 
rondes par le bout ; elles font compo- 
fées d’une membrane fort mince percée 
d’une infinité de petits trous , qui con- 
“ervent l’eau quand le-poiffon en fort; 
pour fuire la Bonite qui le pourtuit, 
il s'élance en l’air, étend lesaïîles, va 
droit devant lui fans pouvoir diriger fa 
route à droite ou à gauche, cesqui 
| fait qu'auffi- tôt que les toilettes d’eau 
. qui rempliffent les petits trous de fes 
1 B ï 


à 


30 Hifloire 
ailes font féches , 1l retombe ; il ar= 


rive de-là que la même Bonite qui lui 


LA 
€ 


donnoit la chaffe dans l’eau , le pour- | 
fuivant encore de la vûüe dans Pair, le 


reçoit en tombant dans l’eau ; il arrive 
même, & j'en fuis témoin oculaire, 
qu’il en tombe fur les vaifleaux. Une 
nuit que je ne pouvois dormir, je fus 
joindre notre Capitaine qui fe prome- 
noit {ur le pont ; une demie heure 


après , le Capitaine fentit un coup ec 


dans le dos ; il fe tourna en colère, 
& demanda qui lui avoit jetté quel- 
que chofe ; je cherchois cependant au 
clair de la lune ce qu’on pouvoit lui 
avoir jetté: un moment après ayant 
trouvé un Poiflon volant, je me mis 
a rire, il fe tourna de mon côté, & 
fe mit de même à rire dès qu’il l’eut 


 apperçu. lle mit fur le champ dansun 


-La Bonite, 


bocal d’eau-de-vie pour le montrer en 


Fränce, à ceux qui ne croyent pas 


les voyageurs fur cet article. La Bo- 
nite, à fon tour, devient la proye des 
Matelots. Ils font de petites poupées, 
qui imitent le poiffon volant. La Bo- 
nite trompée par cet appas, voulant 
avaler la poupée qu’elle prend pour un 
poiflon , fe trouve prife elle-même. 
Nous reflämes quinze jours au Cap 


A 


de la Louifiane. ROSE 
… François, tant pour y faire du bois & 
“ de leau, que pour nous rafraîchir ; 
* terme marin fort impropre en ce lieu, 
_ puifqu’à la lettre, il n’eft pas poffible 
“ de fe rafraichir dans une fournaife 5 
en effet c'étoit le tems où ce pays eft 
. brûlant & ne peut procurer aucun ra- 
fraîchiflement , puifque dans cette fai- 
. fon le foleil du midi darde direétement 
fur la tête. La plûüpart de nos pañla- 
gers furent fi charmés de voir la terre 
& d’y refter, que malgré les bons con- 
feils qu’on ne cefloit de leur donner, 
… ils s’obftinerent à y vouloir demeurer; 
je ne pûs même , par bienféance, me 
… difpenfer d’y aller à leur follicitation, 
… & je fus diner avec eux. Je les trou- 
vai dans une falle baffle qui n’en étoit 
 guéres plus fraîche, quoiqu’elle fut Repas au Cap 
 inondée dans cette intention: ils n°a- Fransois. 
voient pour tout habillement que leur 
 chemife & un petit bonnet de toile, 
… On nous fervit une mauvaife foupe ; 
.… fans herbage ni aucun autre légume ; 
le bouilli étoit néanmoins très-abon- 
dant en bœuf accompagné d’une vo- 
. Haïille, mais le tout fi dur & fi cor- 
riafle, qu’une grande faim étoit {eule 
À capable d’en faire manger. L'on nous 
fervit enfuite des poulets étiques, un 
nie B iv 


”- 


LE . Hifloire 4 | 
ragoüt de cochons-marons ; qui étoit 
le mets le moins mauvais du repas; 


des ramiers affez charnus, mais durs. 


& maigres ; enfin une pintade qui étoit 
pañlable & d’aflez bon goût, parce 
qu’elle eft naturelle au pays où elle eff 
nourrie de bon grain. L’abondance de 
ce repas ne m’ayant nullement'fatif- 
fait, je me vengeai fur le deflert que 
je-trouvai fort bon, n'étant compo- 
1é que de fruits & de confitures de 
pays, au lieu que fa viande n’y vaut 
rien. Ce pays étant brûlant, l’herbe 
y eft très-rare, & tous les animaux y 
fanguiffent ; nous bûmes cu vin de 
Bordeaux qui fe trouva d’une affez 
bonne qualité, mais de beaucoup trop 
chaud pour être bû avec quelque plaï 
Sir ; ce que je ne dois pas omettre, 
c’eft que malgré la délicatefle & la 
fomptuofité de ce repas, il ne nous 
en coûta que quatre francs par tête, 

. Quelques Lettres que javois re- 
mifes à des habitans, me procurerent 
des connoiffances , où je mangeai fou- 
vent, & où je faifois, fans contredit, 
meilleure chere que je ne fis à l’auber- 
ge; on fervoit toujours de beaux & 
bons poiflons , & les viandes étoient à 
la daube ; je revenois cependant tous 


ai CE EE 


d [a Los f Lane, 32 
Tes foirs fouper & coucher à bord de no- 
“tre Vaïfféau', non feulement parce que 
lès vivres y étoient meilleurs qu’à ter- 
re , mais encore parce que je craignois 
de gagner la maladie du pays, vü que 
fix femaines avant notre arrivée, il 
étoit mort quinze cens perfonnes d’une à 
maladie épidémique.: que l’on nomme ra y) 
le Mal de Siam. ‘lout cela me donna Démingue 
occafion de refléchir fur la condüite de 10e Mal 
ceux-qui vont chercher fortune en ce 
 pays-l, (aux Ifles ) tandis que nous 
avons d’autres belles Colonies ; j'en 
conclus que courir de figrands rifques 
pour acheter de grands biens, fuffent: 
ils immenfes, c'étoit toujours les payer: 
ttop cher. 
Le Cap François’eft firué au Nord 
de l’Ifle de S. Domingue, dont nous: 
cd la: partie feptentrionale ; les: 
 Efpagnols font en poñeffion de Pautre 
parties. Ceci n'étant: point de mon: 
füjet, & la défcriprion dé cette Ifle 
ayant été donnée plus d’une fois au 
public. , je me borne à ce que je viens 
d'en rapporter: 
Nous partimes du Cap François AVéRE à 
le même vent & le plus beau têms du 
monde ; nous paflâmes de-là entre l’Tile 
de la Tor rue & cellede S. A pue, 
Y j 


34 - : , ia | 
où nous vimes le Port de Paix; qui 
_eft vis-à-vis la Tortue ; nous nous 
_trouvâmes enfuite entre les extrémités 
de lIfle dé S. Domingue & de celle du 
Cuba , qui appartient aux Efpagnols ; 
nous fuivimes la côte méridionale de 
cette derniere, laïifflant à notre gauche 
l’'Ifle de la Jamaïque & celles du grand 
& petit Kayeman, qui font fous la 
domination des Anglois. Nous quit- 
tâmes enfin l’Ifle de Cuba au Cap S. 
Antoine, faifant route pour la Loui- 
fiane en fuivant le Nord-Oueft : nous 
vimesterreen y arrivant , mais fi plat- 
te , que quoique nous n’en fuflions éloi- 
gnés que d’une lieue, nous ne pûmes 
la diflinguer qu'avec beaucoup de pei- 
ne; nous n'avions cependant que qua- 
amtvée spin tre braffes d'eau. On mit le canot à la 
Dauphine, ner pour reconnoître cette terre qui 
fe trouva être l’Ifle de la Chandeleur : 
nous fimes voile fur le champ pour 
Vifle Maffacre, que l’on a depuis nom- 
mée l’Ifle Dauphine (1): nous la dé- 
couvrimes peu de tems après ; nous y 
jettâmes l’ancre devant le Port,en Rade 


(1) Elleeft ftuée à trois lieues au midi du 
Continent, qui ferme. le Golfe de Mexique 
au Nord, à 27 dégrésenviron 3$ minutes de 


AIT IS EE ST 


Æ] 
| 


latitude Nord, & à 286 désrés de longitude, ! 


de la Louifiane. _ $f 
foraine, parce que le Ports "étoit bou- 
ché. Nous mimes trois mois à faire 
» cette route, & nousn arrivèmes que 
_ le 25 Août. 
_  Aufi-tôt que lon eût jetté l’ancre 
& fait la manœuvre néceffaire en pa- 
. reille occafion, on chanta le Te Deum, 
en action de graces de notre heureux 
voyage, & d'autant plus heureux ; 
que perfonne n’étoit mort, ni même 
navoit été dangereufement malade. 
L'on nous mit à terre avec tous NOS  Débarque- 
… effets. La Compagnie s'étoit engagée ment- 
_de nous tranfporter avec nos gens & 
nos effets à {es frais, de nous loger, 
nourrir & tranfporter également juf- 
ques fur le lieu de nos ” Conceffions. 
… Je fus logé de même que mes engagés 
- chez M. de la Pointe, ancien Capi- 
taine de Vaïffeau du Canda , & alors 
. habitant de l’Ifle Dauphine. Nous y. 
étions aufhi nourris, mais il n’en coûta 
… guëres à la Compagnie pour ce qui me 
 regardoit ; mon hôte qui avoit de 
bons pêcheurs , me fit faire une chere 
excellente en poiflons délicieux de la 
_côte dont le Golfe eft rempli, tels que 
la Sarde , le Poiffon rouge , la Morue, 
jf l Efurgeon, la Raïe BU AelEe & quan- 
:tité d’autres Poïilons de toute efpèce 


B v; | 


” 


FE 


07 AT 1e  Ffifotres 4 "4 
_ PeGriprion de & des meilleurs. La Sarde efEungtand 
Poïflon rouge, Poiflon dont la chair eft fine, & d’un 
Pa ie très-hon goût, l’écaille moyennement. 
fe trouvent fr grande eft grife : le Poiflon rouge efk 
Lars 18 ainfi nommé à caufe de fon écaille qui. 
eff rouge & large comme un écu de 
fix livres fur les gros ; la Morue que: 
l’on pêche fur cetre côte, eft de la, 
moyenne efpèce & très-délicate ; la 
Raie eft. la même qu'en France. Avant. 
de partirde cette Ifle, il ne fera peut-- 
être point hors. de propos d’en. dire: 
| uelque chofe. 
Pcurquoi Pile [/[fle Maflacre fut. nommée ainf 
Dauphine fur ” : : ÿ 
d’abord appel. Qar les premiers François.qui y abor- 
D le Mafa- derent, parce.qu’au bord de cette Ifle: 
hi an trouva une butte qui parut extraor-- 
dinaire dans une [fle toute olatie, qui 
paroifloit n’avoir-été formée que parles. 
fables que quelque gros coup de vent y: 
avoit-jettés, vû que toute la côte ef: 
très platte., &que lelong decette côte. 
il.y aune chaine de pareilles Iles qui. 
femblent fe tenir par leurs pointes.les. 
unes aux autres, @& faire une ligne: 
paralléle avec la côte du Continent. 
&ette butte, dis-je, ayant paru. ex-- 
traordinaire, on l’examina. de. près ». 
en apperçut en différens endroits des: : 
#3. de morts fortir du peu de terre qui. 


A 


F 


de la Eomfiane $Ÿ 
es couvroit ; alors la curiofité enga= 
igea à: gratter cette terre en plufieurs: 
endroits ; mais ne trouvant deffous: 

qu'un tas d’offlemens , ons’écria avec: 
effroi: ah Dieu, quel maflacre! L'on: 

a appris des Naturels qui n’en font: 

pas loin , qu'une Nation voifine de: 

cette Jile, étant en Guerre avec une: 

autre bien: plus puiflante qu’elle, fut: 

contrainte de quitter larcôte, qui n’eft 
qu'à trois lieues, & de pafler dans: 

cette Ifle, pour y prolonger fes jours 5: 

que leurs ennemis fe confiant avec rai-- 
fon en leurs-forces, les pourfuivirent: 

jufques dans leur foible retraite , &les- 

détraifirent entierement, & fe retire- 

rent après-avoir élsvé ce Trophée in-- 

humain à leur Barbarie vi&torieufe. 

Jai vû ce funefte monument, qui m’a 

fait juger que cette malheureufe Na- 

tion devoit être encore afféz nombreu-- 
fe vers fa fin, puifqu'il ny devoit y 


 * avoir que les os des:Guerriers & des: 


Vicillards:; leur coûtume étant de fai- 
re Efclaves les jeunesfemmes, les fl 


les & les enfans.. Teile eft Forigine du’ 


_ premier nom de cette Ifle, que l’on: 
 Changea à notre arrivée en celui d’Ifle. 


 Duaphine ; il étoit, ce femble, de la: 
prudence ,.de-ne lui pas laiffer un nom f& 


*Defcription de 


Pifle Dawphi- 
Br 


33. 4 Hifiôtre 


ll 
| 
| 


; puifqu’elle eft le berceau de 


pe: | | 
la Colonie , comme la Mobille en eft. 


la naïffance. 


Pr 


Cette Ile eft très-platte & toute 
de fable blanc, comme toutes les au- 
tres, ainfi que la côte ; fa longueur 
eft d’environ fept lieues de PES à 
P'Oueft, & fa largeur d’une petite lieue 
du Nord au Sud, fur-tout vers le Le- 
vant, où s’étoit formé l’établiffement 
à caufe du Port qui fe trouvoit au 
Midi vers ce. bout de l’'Ifle , mais qui 


fut bouché par un coup de Mer peu 


ayant notre arrivée 3 le bout de l’Eft 


va en pointe ; elle eft affez bien boifée 


de Pins ; mais elle eft fi aride & fi brû- 


lante à caufe de fon fable chriftallin, 


qu'aucun légume n’y peut croître, & 
que les befliaux ont peine à y trou- 
ver. de quoi vivre. Ce féjour ennuyant 
me donna , dès mon arrivée un ardent 
defir de le quitter promptement. Je 
me diffipai de mon mieux à la vérité 
pendant trois jours que nous y fumes à 
attendre M. de Biaïinville , Comman- 
dant Général pour la Compagnie dans 
cette Colonie. ù | 
Ce Commandant étoit allé marquer 
l'endroit où l’on devoit bâtir la Ca- 


pitale fur un des bords du Fleuve S.. 


1 


à 
+ 


t 


> 
» 


Louis ; où elle eft à préfent , & a été 
. nommée la Nouvelle Orleans, en l’hon- 
 neur de Monfeigneur le Duc d’Orleans, 


de la Louifiane: 30 


V4 


pour lors Régent du Royaume. 
Le Commandant Général arriva en- 


fin, & reçût tous les Conceflionnai- 
res ; le lendemain je fus le voir , & lui 
… préfentai la Lettre de la Compagnie, 
. & en même tems l’Adte pañlé avec 

elle, qui conftatoient mon crédit. Il 
. me dit qu'il étoit bien aife que j'eufle 
_ choifi ma Couceflion près de la Capi- 
tale , parce qu’une bonne métairie 
* près d’une Ville , eft fouvent d'un 
meilleur rapport qu’une Terre Sei- 
} gneuriale dans les bois, plus propres 
… à la Chaffe qu’au Commerce. Je le priai 
… de me faire partir le plûtôt qu’il pour- 
 roit ; il me promit que je partirois par 
- la premiere voiture qui feroit prête. 


Trois ou quatre. jours après il mé 
demanda fi je n'avois pas une Bouflole | 


| à cadran; qu'il feroit bien aife d'en 


faire acquifition pour le fervice de la 
Compagnie ; je lui dis que j'en avois, 


. &cque je men priverois volontiers pour 
le fervice de la Compagnie ; nous con- 


vinmes d’un prix hô@nnête , & je la lui 


… cédai. Cette Bouflole étoit pour le 


départ de M. du Tiffener, Capitai- 


- = 3% 


& Hifioire. ‘ 
ne, qui entrèprenoit d'aller par: terré: 
depuis cette Îfle jufqu’en Canada. Er 
effet , peu de jours après que j’eus 
cédé ma Bouflole,. ii partit. de cette 
Jfle avec quatorze Canadiens ; il fe- 
fit mertre {ur la terre du: Continent, 
(. comme il me lavoir dit ) &: à l'Eft 
de l'embouchure de la Riviere de Mo-- 
bille ; puis prenant fa route au Nord- 
Eft, alla pañler chez les Alibamons 3: 
de-là gagna le haut des Rivieres, en 
fuite ie Fieuve S. Laurent qui le con. 
duitit à Quebec. Îi comptoit n'avoir 
pas plus de cinq cens lieues à faire: 
pour fe. rendre à. cette. Capitale du 
Canada, d'où il revint l’année fuivan-: 
te par les Rivieres avec fa famille ;. il: 
fat depuis mon Commandant aux Nats 
chez: | 


de la Eouifiane: 4% 


CHAPITRE I. 


Départ de L'Auteur pour fa Conceffion : 

 Defcriprion des endroits par lefquels 
il paîle jufques à la Nouvelle Or- 
leans : Lettres-Parentes données par 
le Roi, en forme d'Edit , en faveur 
de l'Etabliffement dune Colonie à la 
Louifiane. | 


| L E tems de mon départ tant defiré 
| arriva enfin ; M. de Biainville 
m'en avertit quatre jours auparavant 3 
je le remerciai & m°’y préparai avec au 
moins autant de joye que de diligen- 
_ ce. J'e partis avec mes Engagés, mes 
_ effets & une Lettre par M. Paillou,. 
Major Général à la Nouvelle Orleans ; 
& qui y commandeit en l'abfence de 
_ M. de Biainville. Nous côtoyâmes le 
Continent , & fûmes coucher à l’em- 
bouchure de la Riviere des Pafca- 
Ogoulas ; cette Riviere eff ainfi nom- 
mée, parce que près de fon embouchu- 
re & à l'Eft d’une Baye de même nom, 
. habite une Nation que lon nomme 
Pafca-Ogoulas , qui fignifie Nation du 
. Pain; fur quoi on peut remarquer que 


— 


s 42 Le ae | 
dans Ja Province de la Louifiane, lé 
nom de plufieurs Peuples fe termine 
par ce mot Opoula, qui fignifie Na- 
uon, & que la plüpart des Rivieres 
tirent leurs noms de la Nation qui ha- 
bite fur fes bords. Nous paflâmes de- 
là devant le Biloxi, où étoit autrefois 
une petite Nation de ce nom ; enfuite 
devant la Baye de S. Louis , laiffant à 
notre gauche fucceffivement lIfle Dau- 
phine, l’Ifle à Corne ; l'Ifle aux Vaif- 
{eaux & lIfle aux Chats. | 

- Jai fait la defcription de l’Ifle Dau- 
Defcription de phine avant d’en partir ; venons aux 
Fe à Corne troïs fuivantes. L’Ifle à Corne eft 
très-platte & paflablement boifée, lon- 
gue d'environ fix lieues ; étroite en 
pointe du côté de l'Oueft: je ne fçais 
fi pour cette raïfon, ou à caufe de 
la quantité de bêtes à cornes qui y 
étoient , elle fut nommée ainfi ; maïs 
ce qui eft-sûr, c’eft que les premiers 
Canadiens qui s’étoient établis à l’Ifle 
Dauphine, y avoient mis la plüpart 
leurs beftiaux & en grande quantité; 
au moyen de quoi ils fe font enrichis 
en dormant, Ces beftiaux n ayant point 
befoin dans cette Ifle d’être gardés ni 
d’aucun autre foin, fe font multipliés 
de façon que les Maïtres en ont re* 


de la Louifiane. 45 
tiré de groffes fommes à notre arri- 
vée dans la Colonie. Il y auroit grand 
plaifir, d’avoir en France des Parcs 
bien fournis de pareil gibier. 
PhHEn-füivant toujours lOuelt, on 
_ trouve Pfle aux Vaiffeaux , ainfi nom- A 
mée, parce qu’il y a un petit Port feaux 
. dans lequel fe font mis à couvert en 
» différens tems plufieurs Vaifleaux; mais 
», comme elle eft éloignée de quatre 
. lieues de la Côte, & que celle-ci ef 
. : fi platte, que les Chaloupes n’en peu- 
vent approcher plus près que d’une de. 
mie lieue, ce Port devient tout à-fait 
. inutile.Cette Ffle peut avoir cinq lieues 
_ delong, & une grande lieue à la pointe 
_ de lOueft. Auprès de cette pointe eft 
. ce Port, au Nord, quiregardela terre; 
. du côté de l'Eft, cette [fie peut avoir 
une demie lieue 3 elle eft aflez boifée , 
& n’eft habitée que par des rats qui y 
 fourmillent. | 
A deux lieues de diftance , en allant perstprton de 
toujours vers l'Oueft , on rencontre die, 
) . / AtSe 
l'Ifle aux Chats, ainfi nommée, parce FL 
“ que dans le tems qu’on la découvrit, 
+ on y en trouva un grand nombre; 
cette Ifle eft très-petite , & n’a pas plus 
… de demie lieue de diamétre ; le bois y 
» ef fourré en bas, ce qui détermina 


De lle aux. 
Œoquilles. 


#£ .: Hiftoire 
fans doute ,. M. de Biainville à y met: 
tre quelques porcs avec leurs femelles; 
ils fe multiplierent à telle quantité, 
qu’en 1722, quon y fut à la chañle, 
on ne voyoit autre chofe, jufques-là 
qu'on jugea quil falloit qu’ils {e man- 
geâflent les uns les autres ; on trouva 
aufli qu'ils avoient détruit les Chats. 
Foutes ces [fles font très - plattes , 
& ont le même fond de fable blanc 3 
leurs bois, fur-tout des trois premie- 
res, font des Fins ; elles font, à peu: 
de chofe près, à même diftance du 
Continent, dont la Côte eft femblable. 
Après avoir pañlé la Baye de S. 
Louis , dons j'ai parlé, on entre dans: 
les Chenaux qui conduifent au Lac de 
Pontchartrain, que l’on nomme à pré- 
fent le Lac de S. Louis ; de ces deux 
Chenaux , lun eft le grand Chenal & 
Pautre le petit ; ils ont environ trois 
lieues de long , & font formés par une- 
chaîne d’Iflots entre la terre ferme &e: 
PIfle aux Coquilles.. Le grand Chenal 
eft au Midi, | ou 
Nous couchâmes au bour des Che= 
naux dans l'Lfle aux Coguilles : fon: 
nom lui. vient de ce qu’elle eft pref- 
que entierement formée de Coquilles... 
que l’on.nomme dans.les Ports de. Mers 


LU. de la Louifiane. 4 
des Coquilles de Palourdes, fans au- 
- cun mélange d'aucun autre Coquillage ; 
“ ces Coquilles font de la même ef- 
| pèce que celles que portent les jeu- 
nes gens de Paris au pélérinage de 
. S. Michel. Cette Ifle ferme le Lac de 
… S. Louis du côté de l’Eft, & laifle 
deux iflues à ce Lac à fes deux extré- 
… mités ; l’une par laquelle nous enträ- 


mes, qui font les Chenaux, dont je 


viens de parler, & l’autre par le Lac 
Borgne. Ce Lac communique encore 
par l’autre bout vers FOueft & par un 
canal, au Lac de Maurepas ; il peut 
avoir dix lieues de long, de l'Eft à 
l'Oueft, & fept lieues de large au 
Nord ; plufieurs Rivieres s’y jettent 
» en courant vers le Sud. Au Midi de 
ce Lac eft un grand Bayouc (1), que 
l'on nomme le Bayouc $S. Jean ; il 
vient d’auprès de la Nouvelle Orleans, 
& tombe dans ce Lac à la pointe aux 
 Flerbes , qui avance beaucoup dans ce 
Lac, qui eft à deux lieues de l’Ifle aux 
Coquilles. Nous pañffâmes près de cette 
pointe, qui n'elt qu’un marais trem- 
blant : de-là on va au Bayouc Tchoupic 


(1) Bayouc eft un grand ruiffleau d’eau 
morte, Où on ne voit que très-peu, OU 
méme prefque point de courant, 


Lac Borgnes 


| AG : Hifloire 


dE 5 cb 


(1), à trois lieues de la pointe aux 
Herbes : toutes ces petites Rivieres - 
qui fe déchargent dans ce Lac, ren- 


dent ces eaux prefque douces, quoi- 
qu'il communique à la Mer; ce qui 
fait que l’on trouve dans ce Lac quan- 
tité de Poiflons de Mer, &, à ce que 
Von dit , des Carpes qui pafleroïent en 
France pour monftrueufes. - | 

Nous enträmes dans ce Bayouc 


\ 


Tchoupic, à l'entrée duquel il y a 


à préfent un Fort. On remonte ce 


Bayouc lefpace d’une lieue , & l’on 


débarque où étoit autrefois le Village 


des Naturels nommés Cola Piflas, nom 


corrompu par les François ; le vrai 
nom de cette Nation eft Aquelon Pif° 


fas, c'eft à-dire la Nation des Hom- 
mes qui entendent & qui voyent. De: 


cet endroit il n’y a plus qu'une lieue 
jufqu’à la Nouvelle Orleaus, & au 
pitale eft conftruite. | 
Plufieurs perfonnes qui pourroient 
avoir envie de pañler dans cette Co- 


lonie , feroient fans doute bien aïfes de 


{rÿ On nomme ainfñ ce Bayouc, parce 
que l’on y pêche le Poiffon Tchoupic , dont, 
je donnerai la Defcription en fon lieu, 


Fleuve S. Louis , fur lequel cette Cas 


de la Lou jf ane, 
lire les Lettres-Patentes en forme d’'E- 
dit: que le Roi donna en conféquence 
de ce nouvel Etabliffement ; c’eft pour- 
quoi je crois les obliger de les inférer 
ici, puifqu'il eft difficile d’en trouver, 
fur-tout lorfque le tems de la date s’é- 
Joigne A nôtre, 


LETTRES PATENTES 
EN FORME D'EDIT, 


Por tant Erabliflement d'une Compagnie 
de Commerce fous le nom de Com- 


pagnie d Occident ; ; 
Données à pue au mois d'Août 1717 


op 3 D OUIS par la grace de Dieu 
Roi de France ë de Navarre : 

> À tous prélens & à venir ) Salut. 

» Nous avons depuis notre avénement 

.» à la Couronne travaillé utilement à 

ë >» rétablir le bon ordre dansnos Finan- 
.» ces, & à réformer les abus que les 

on longues Guerres avoient donné occa- 
.» fion d' yintroduire; & Nous n’avons 
1» pas eu moins d'attention au rétablif- 


MU» jets , qui contribue autant à leur 


{ 


Aus * Hifloire KA 

» bonheur que la bonne adminiftra-. 
» tion de nos Finances ; mais par! 
» la connoïiffance que Nous avons 
» prife de l’état de nos Colomnies fi- 
>» tuées dans la partie Septentrionale 
» dePAmérique., nous avons recon- 
“nu qu'elles avoient d’autant plusbe- 
# foin de notre protection que le fieur 
» Antoine Crozat , auquel le feu Roi 
» nôtre très-honoré Seigneur & Biza- 
_æyeul, avoit accordé par fes Lettres- 
» Patentes du moiïs de Septémbre de 
> Pannée 1712. le privilege du Com- 
» merce exclufif dans notre Gouver- 
» nement de la Louifanne, Nous a 
» très - humblement fait fupplier de 
» trouver bon qu’il Nous le remit , ce 
» que Nous lui avons accordé par 
» l’Arrêt de notre Confeil du vingt 
» troifiéme jour du préfent mois ; & 
» que le Traité fait avec les fieurs Au- 
» bert, Neret & Gayot le dixiéme 
» jour du mois de Mai de l’année 1706. 
æ pour la traite du Caftor de Canada 
» doit expirer à la fin de la préfente 
» année. Nous avons jugé qu'il étoit 
» néceflaire pour le bien de notre fer- 
» vice & l'avantage de ces deux Co- 
» Jonies, d'établir une Compagnie eñ 
# état d'en foutenir le Commerce , ss 
» de 


de la Louifiune. 49 
wde faire travailler aux différentes 
» cultures & plantations qui s’y peu- 

vent faire. À CES CAUSES & autres 
» à ce Nous mouvans,de l'avis denotre 
» très cher & très-amé Oncle le Duc 


» d'Orléans , Petit fils de France, Ré- 


» gent , denotre très-cher & très amé 
» Coufin le Duc de Bourbon, de notré 
» très-cher & amé Coufin le Prince de 
» Conty , Princes de notre Sang, de 
» notre très-cher & très-amé Oncle le 


» Duc du Maine , de notre très-cher & 


» très-amé Oncle le Comte de Tou- 
» Joufe, Princes légitimés, & autres 
» Pairs de France, Grands & Notebles 
æ Perfonnages de notre Royaume ; & 
» de notre certaine Science , pleine 
» Puiffance & Autorité Royale, Nous 
» avons dit, ftatué & et ire 
» {ons, ftatuons & ordonnons , vou- 
» lons & nousplait. 


ARTICLE PREMIER. 


» Qu'il foit formé en vertu des 


» Préfentesune Compagnie de Com- 


> merce fous le nom de Compagnie 
» d'Occident , dans laquelle il fera per- 
» mis à tous nos Sujets de quelque 
» rang & qualité qu'ils puiflent être, 
æ» même aux autres Compagnies for- 


Tome L, 


1 


LT Hifloire M 
» mées ou à former, & aux Corps & 
» Communautez , de prendre intérée 
+ pour telle fomme qu'ils jugeront à 
» propos, fans que pour raifon dudit 
» engagement ils puiflent être réputez 
» avoir dérogé à leurs titres , qualitez 
» & noblefle ; notre intention étant 
» qu'ils jouifient du bénéfice porté 
» aux Edits des moïs de Mai & Août 
» de l’année 1664. Août 16609. & 
» Décembre de l’année 1701. que 
» Nous voulons êtreexécutez fuivanc 
» leur forme & teneur. 

» ÏI. Accordons à ladite Compa- 
» gnie d'Occident le droit de faire feu- 
» le pendant l’efpace de vingt-cinq 
» années, à commencer du jour del’en- 
» repiftrement des Préfentes ,le Com- 
+ merce dans notre Province & Gou- 
» vernement de la Louifiane , & le 
» privilége de recevoir à lexclufion 
» detous autres dans notre Colonie 
» de Canada, à commencer du pre- 
» mier du mois de Janvier de l’année 
» 171€. jufques & compris le dernier 
» Décembre de l’année 1742. tous 
» les Caftors gras & fecs que les habi- 
» tans de ladite Colonie auront trai- 
» té ; Nous réfervant de régler fur les 
» Mémoires qui Nousferont envoyez 


Fr 


de la Louifiane. St 
# dudit pays, les quantitez des diffé- 
» rentes efpeces de Caftors que la 
_ æ Compagnie fera tenue de recevoir 
» chaque année defdits Habitans de 
æ Canada , & les prix aufquels eile fe- 
» ra tenue de les leur payer. | 
» JII. Faifons défentes à tous nos 
autres Sujets de faire aucun Com 
» merce dans l’étendue du Gouverne- 
»ment de la Louifianne pendant le 
>» temps du privilege de la Compagnie 
_ » d'Occident, à peine de confication. 
» des marchandifes & des Vaiffeaux : 
__» N’entendons cependant par ces dé- 
»_ fenfesinterdire aux Habitans leCom- 
» mérce qu’ils peuvent faire dans ladite 
» Colonie , foit entr'eux, foît avec 
> les Sauvages. 

a» Ï V. -Défendons pareïllement à 
» tous nos Sujets d'acheter aucun Caf 
»tor dans l'étendue du Gouverne- 
»-ment de Canada, pour le tranfpor- 
ter dans notre Royaume , à peine 
2 de confifcation dudit Caftor au pro- 
» fit de la Compagnie, même des Vaif£ 
» feaux fur lefquels 1l fe trouvera em- 
» barqué. Le Commerce du Caftor 
» reftera néanmoins libre dans l’inté- 
» rieur de la Colonie , entre les Né- 
 » gocians &les Habitans qui pourront 
GC ij 


52 Hifloire 
» continuer à vendre & acheter er 
» Caftor , comme ils ont toujours 
> fait, 

» V. Pour donner moyen à ladite 
» Compagnie d'Occident de faire des 
> établiflemens folides, & la mettreen 
» état d'exécuter toutes les entreprifes 
» qu’elle pourra former , Nous lui 
» avons donné, octroyé , & concédé 3 
» donnons ,oétroyons & concédons 
» par ces Préfentes à perpétuité toutes 
» les Terres, Côtes, Ports, Havres, 
» & Ifles qui ‘compofent notre Provin- 
» ce dela Louifianne , ainfi, & dans la 
» même étendueque Nous lavions ac- 
» cordé au fieur Crozat, par nos Let- 
» tres Patentes du quatorziéme jour 
» du mois de Septembre mil fept cens 
» douze, pour en jouir en toute 
» priété , Seigneurie & Juftice 5n 
» Nous réfervant autres droits ni 
» voirs que la feule foy & hommagez 
» lige , queladite Compagnie {era te- 
»nue de Nous rendre, & à nos fuc- 
» cefleurs Rois, à chaque mutation de 
» Roi , avec une Couronne d’or du 
>» poids de trente marcs. 

» VI. Pourra : ladite Compagnie 


» dans les Pays de fa conceffion , trai- 


» ter & faire ailianceen notre nomavyec 


. ea e 


de la Louifiane. (E1 
» toutes les Nations du pays, autres. 
>» que celles dépendantes des autres 
» Puifflances de l'Europe , & convenir 
» avec elles des conditions qu’elles ju- 


>» gera à propos pour sy établir, &c 


. #/ LA 
» faire fon Commerce de gré à gré ; 
æ & en cas d’infulte, elle poura leur 


_ » déclarer la guerre, les attaquer ou 
æ fe défendre par la voie des armes, 


» & traiter de paix & de tréve avec 
» elles. je 
» VII. La propriété des mines &c 
» minieres que ladite Compagnie fera 
» ouvrir pendant Je tems de fon privi- 
» lége, lui appartiendra incommuta- 
» blement , fans être tenue de Nous 
+ payer pendant ledit tems, pour rai- 
» fon defdites mines & minieres au- 
» Cuns droits de Souveraineté , def- 


» quels Nous lui avons fait & faifons 
_» don par ces Préfentes. 


» VIIT. Pourra ladite Compagnie 


_ » vendre & aliéner les terres de facon- 
» ceffion à tels cens & rentes qu'elle ju- 


» geraà propos, même les accorder en 


>» franc Aleu, fans Juftice, ni Seigneu- 
> rie. N’'entendons néanmoins qu’elle 


» puifle dépofléder ceux de nos Sujets 


.» qui font déja établis dans le Pays de 
.> fa conceflion , des terres qui leur ont 


C ij 


Hifloire | 
_» été concédées, ou de celles que fans 
» conceflion ils auront commencé à 
» mettre en valeur. Voulons que ceux 
» d’entr’eux qui n’ont point de Bre- 
» vets,ou Lettres de Nous, foientte- 
>» nus de prendre des conceffions de la 
» Compagnie, pour s’aflurer la pro- 
» priété des terres dont ils jouifient, 
» lefquelles conceffions leur feront 
» données gratuitement. 

»['X. Pourra ladite Compagnie 
» faire conftruire tels Forts , Cha. 
» teaux, &c Places qu'elle jugera né- 
» ceffaires pour la défenfe des Pays 
+ que Nous lui concédons ; y mettre 
» des Garnifons, & lever des gens 
» de guerre dans notre Royaume , 
“en prenant nos permiflions en la 
2 forme ordinaire & accoûtumée. 

» X. Ladire Compagnie pourra aufli 
# Établir tels Gouverneurs, Officiers, 
æ Majors & autres, pour commander 
» les Troupes qu'elle jugera à propos, 
æ lefquels Gouverneurs & Officiers 
» Majors Nous feront préfentez par 
» les Directeurs de la Compagnie pour 
» leur être expédié nos Provifions ; & 
» pourra ladite Compagnie les defti- 
>» tuer toutes fois & quantes que bon 
» li femblera, & en établir d’autres 


PM Londrañe. S% 
en leurs places, aufquels Nous fe- 
» rons pareillement expédier nos Let- 
» tres fans aucune difficulté ; en atten- 
» dant l'expédition defquelles , lefdits 
-» Officiers pourront commander pen- 
æ dant le temps de fix mois, ou un an 
_» au plus fur les Cominiffons des Di- 
» recteurs 3 & feront tenus lefdits 
__» Gouverneurs & Officiers Majors de 
_» Nous prêter ferment de fidélité. 

» X I. Permertons à ceux de nos 
» Officiers militaires qui font préfen- 
» tement dans notre Gouvernement de 
» la Louifiane , & qui voudront y 
» demeurer ; de même qu’à ceux qui 
» voudront y pañler fous notre bon 
» plaifir, pour y fervir en qualité de 
» Capitaines, ou de Subalternes, d'y 
» fervir fur les Commifions de la 
_ » Compagnie, fans que pour raifon de 
» ce fervice, ils perdent les rangs & 
. » grades qu’ils peuvent avoir actuelle- 
_ » ment, tant dans notre Marine, que 
_ » dans nos Troupes de terre ; voulant 
_» que fur les permiffions que Nous leur 
_»en accorderons, ils foient cenfez & 
» réputez être toujours à notre fervice 5 
» & Nous leur tiendrons compte de 
» ceux qu’ils rendront à ladite Comp:= 
» gnie , comme s’ils Nous lesrendoiert 
» à Nous-mêmes. C ir 


68 0. NP 

» XII. Pourra aufi ladite Compa- 
» gnie armer & équiper en guerre au 
æ tant de Vaifleaux qu’elle jugera né- 
> ceflaires pour lPaugmentation & la 
» füreté de fon Commerce, fur lefquels 
» elle pourra mettre tel nombre de ca- 
» nons que bon fui femblera , & arbo- 
» rer le Pavillon blanc fur l’Arriere & 
5 au Beaupré, & non fur aucunsdes au- 
» tres Mats ; & elle pourra auffi faire 


>» fondre des canons à nos Àrmes , au 


>» deffous defquels elle mettra celles 
> que Nous lui accorderons ci-après. 
» XIIT. Pourra ladite Compagnie , 
» comme SeigneursHautsJufliciers des 
æ Pays de fa conceffion, y établir des 


« 
d 
… 
»' 
“2 


…— 


» Juges & Cficiers par tout où befoin : 


æ fera  & où elle trouvera à propos ; 
» & les dépofer & deftituer quand bon 
> Jui femblera ; lefquels connoïtront de 
+ toutes affaires de Juftice, Police, & 


» Commerce, tant Civiles que Crimi- 


» nelles ; & où il fera befoin d'établir 
» des Confeïls Souverains, les Off- 
> Ciers dont ils feront compolez, Nous 
» feront nommés & préfentés par les 
» Directeurs Généraux de ladite Com- 
> pagnie ; & fur lefditesnominations , 


> les Provifions leur feront expédiées, 


> XIV. Les Juges de l'Amirauté 


gate 


de la Louifrane. 57 
. > qui feront établis dans ledit Pays de 
»la Louifiane, auront les mêmes fonc- 
» tions , & rendront la Juftice dans la 
> même forme ; & connoîtront des 
_ >» mémesaffaires, dont la connoiffance 
_» leur eft attribuée, tant dans notre 
» Royaume , que dans les autres Pays. 
» foumis: à notre obéiffance ; & feront 

 æ par Nous pourvüs fur la nomination 

» de l’Amiral de France. 

» XV, Seront les Juges établis en 
 »touslefditslieux , tenus de juger fui- 
» vant les Loix, & Ordonnances du 
» Royaume, & fe conformer à la Coù- 
ætume de la Prévôté & Vicomté de 
» Paris , fuivant laquelle les Habitans 
» pourront contracter , fans que l’on y: 
æ puifle introduire aucune autre Coù- 
 »tume,pouréviter ladiverfité. 

_ _» XVI, Tous Procès qui pourront 
» naître en France entre la Compa- 
» gnie & les Particuliers pour raïfon 
. » des affaires d’icelle ,. feront terminés 
_» & jugés par les Juges-Confuls à Pa- 
æris, dont les Sentences s’exécuteront 
»en dernier rellort jufqu’'à la fomme 
» de quinze cens livres &au deflus par 
. »provifion, fauf l'appel en notre Cour. 
_» de Parlement de Paris ; & quant aux 
> matieres Criminelles dans lefquelles 


GC v 


2  Hifloire "4 
» la Compagnie fera partie, foit en de= 
» mandant , foit en défendant , elles{e= 
» ront jugées parles Juges ordinaires , 
» fans que le Criminel puiffe attirer le 
» Civil, lequel fera jugé comme il eft 
>» dit cy defius, 

» XVIT. Ne fera par Nous accordé 
» aucune Lettre d'Etat ni de Répy, 
» Evocation, ni Surféance, à ceux qui 
» auront acheté des effets de la Com- 
» pagnie, lefquelsferont contraints au 
» payement de ce qu'ils devront, par 
ples voyes, & ainfi qu'ils y feront 
» obligés. 

» X VIIT. Nous promettons à la= 
» dite Compagnie de la protéger, & 
» défendre, & d'employer la force de 
» nos armes, s'il eft befoin, pour la 
+ maintenir dans la liberté entiere de 
+ fon Commerce & navigation, & de 
» Jui faire faire raïfon de toutes injures 
» &t mauvais traitemens, en cas que 
+ quelque Nation voulüt entreprendre 
» contre elle, 

» XIX. Si aucuns des Directeurs, 
» Capitaines des Vaifleaux , Officiers, 
» Commis, ou Employez, a@uelle- 
+ ment occupés aux affaires de la Com- 
» pagnie, étoient pris par les Sujets 
edes Princes & États avec lefquels 


23 de la Louifiane. sa 
. » Nous pourrions être enguerre, Nous 
> promettons de les faire retirer, ou 
PECMUPET.. 
» XX. Ne pourra ladite Compa- 

» gnie fe fervir pour fon Commerce 
» d’autres Vaifleaux que ceux à elle 
» appartenans, Ou à nos Sujets armés 
» dans les Ports de notre Royaume 
» d’équipages François, où ils feront 
» tenus de faire leurs retours; ni faire 
» partir lefdits Vaiffeaux des pays de 
» fa conceflion pour aller à la Côte de 
» Guinée directement ; fous peine d’é- 
 » tre déchüe du préfent privilége,& de 
>» confifcationdes Vaiffeaux & des mare 
» chandifes dont ils feront chargez. 

_ » XXI. Permettons aux Vaifleaux 
» de ladite Compagnie, même à ceux 
» de nos Sujets qui auront permiffon 
» d'elle ou de fes Directeurs , de cou- 
 »rir fur les Vaïffleaux de nos Sujets 
? qui viendront traiter dans les Pays à 
_meile concédés, en contravention de 
+ 4 ÿ 
_» ce qui eft porté par les Préfentes ; & 
» les prifes feront jugées, conformé- 
» ment aux Réglemens que Nous fe- 
_» rons à ce fujet. 

_ » XXII. Tousleseffets, marchan- 
_mdifes, vivres, & munitions qui fe 
# trouveront embarqués fur les Vaif- 


GC y] 


60  Hifloire 

» de ladite Compagnie , feront cen- 
© fés & réputés lui appartenir; à moins 
> qu'il n’apparoifle par des Connoïfie- 
» mens en bonne forme qu'ils ont été 
» chargés à fret par les ordres de la 


r À 
# 
* 


# 


» Compagnie , fes Directeurs, ou Pré- 


x pOfés. 


» XXIIT. Voufons que ceux de nos 


» Sujets qui pañeront dans les Pays 


/ # À Q e . 0 
» concédés à ladite Compagnie, jouif- 
» fent des mêmes libertés & franchifes 


» que s'ils étoient demeurant dans no- 
mire Royaume, & que ceux qui y’ 


» naîtront des Habitans François du- 
» dit pays , @& même des Etrangers 
»> Européens, faifant profeflion de la 
>» Religion Catholique, Apoftolique 


» 6 Romaine, qui pourront s'y éta- 


» blir, foient cenfés & réputés Regni= 


».coles ; & comme tels capables de 
» toutes fucceflions, dons; legs, & 
» autres difpofitions, fans être obligez 


» d'obtenir aucune Lettres de neu- 


» tralité. 

» XXIV.Et pour favorifer ceux de 
æ nos Sujets qui s’établiront dans lef- 
æ dits Pays, Nous les avons déclarés & 
» déclarons exemps tant que durera le 


» Privilége de la Compagnie, de tous. 


æ droits, fubfides & impofirions., tels 


de la Louifiane, 6r 

_# qu'ils puiflent étre, tant furles Per 
»{onnes & Efclaves , que fur les mar+ 

» chandifes. | 

- »X XV. Les denfées & marchan 

- » difes que la Compagnie aura .defti- 
_ »nées pour les Pays de fa conceflon ; 
> & celles dont elle aura befoin pour 
“ > la conftruction, armement ; & avi- 
_ »- tualllement defes Vaïfleaux, feront 
»exemptes detous droits, tant à Nous 

» appartenans , qu'à nos Villes, tels 
>» qu'ils puiflent être , mis & à mettre ,. 
# tant à l’entrée qu’à la fortie ; & en- 
>» core qu’elles fortiffent de l'étendue 
_» d’une de nos Fermes pour entrer 
_5 dans une autre, ou d'unde nos Ports. 
2 pour être tran{portées dans une au+ 
ætre, où.fe fera l'armement ; à la chare 
#2 ques Commis & Prépolés don- 
».neront leurs foûmifiions de rappor- 
 »ter dans dix-huit mois, à compter du 
» jour d’icelles, certificat de la dé+ 
_» charge dans les Pays pour lefquels 
» elles auront été deftinées 3. à pei- 
>. ne, en cas de contravention, de payer 

» lequadruple des droits ; Nous réfer- 
>» vant de lui donner un plus long délä. 
» dansles cas & occurences que Nous 
» jugerons à propos, 


» XXVIL Déclarons parçillement 


62  Hifloire AS 
|» ladite Compagnie exempte des droits 
» de péage, travers, paflage, & autres 
 impofitions qui fe perçoivent à rotre 
» profit ès KRivieres de Seine & de 
» Loire, fur les futailles vuides, bois, 
» mairain , & bois à bâtir Vaifleaux, 
» & autres marchandifes appartenan- 
» tes à ladite Compagnie, en rappor- 
>» tant par les voituriers& conducteurs 
» des certificats de deux de fes Direc- 
2 reurs, | 

» XX VIT. En cas que ladite Com- 
» pagnie foit obligée pour le bien de 
» fon Commerce de tirer des Pays 
» Etrangers quelques marchandifes 
» pour les tranfporter dans les Pays 
» de fa conceflion , elles feront exemp- 
»tes de tous droits d'entrées & de 
» fortie, à la charge qu’ellesferont dé- 
» pofées dans les magazins de nos 
» Douanes, ou dans ceux de ladite 
» Compagnie, dont les Commis des 
» Fermiers Généraux de nos Fermes, 
r & ceux de ladite Compagnie auront 
+ chacun une clef, jufqu’à ce qu’elles 
» fojent chargées dans les Vaifleaux de 
» la Compagnie , qui fera tenue de 
» donner fa foumiflion de rapporter 
» dans dix-huit mois, à compter du 
> jour de la fignature d’icelle certificat 


de la Louifiane. 63 
» de leur décharge efdits Pays de fa 
D conceffion , à peine en cas de con- 
# travention de payer le quadruple des 
_» droits, Nous réfervant lors que la 
» Compagnie aura befoin de tirer def- 
» dits Pays Etrangers quelques mar- 
» chandifes, dont l’entrée pourroit être 
» prohibée , de lui en accorder la per- 
» miffion, fi Nous le jugeons à pro- 
» pos,fur les états qu’elle Nous en pré- 
» fentera. 

» XXVIIT. Les marchandifes que 
_» ladite Compagnie fera apporter dans 
» les Ports de notre Royaume pour 
» foncompte , des Pays de fa concef- 
- » fion, ne payeront pendant les dix 
> premieres années de fon privilege, 
» que la moitié des droits que de pa- 
» réilles marchandifes venant des Ifles 
. » & Colonies Françoifes de l’Améri- 
» que doivent payer , fuivant notre 
» Réglement du mois d'Avril dernier 3 
» & fi ladite Compagnie fait venir def- 
_ »dits Pays de fa conceflion d'autres 
x marchandifes que celles qui viennent 
» defdites Ifles & Colonies Françoi- 
> fes de l'Amérique, comprifes dans 
ip > notredit Réglement , elles ne paye- 
| »ront que la moitié ‘des droits que 
æ payeroient d'a autres marchandiles de 


64 flore RUE $ 
» même efpéce & qualité, veriant des w 
» Pays Etrangers, foïit que lefdits u 
» droits Nous appartiennent, ou ayent 
» Été par Nous ahénés à des particu- 
» lier. Et pour le plomb , le cuivre, & 
» les autres métaux, Nous avons ac: 
» cordé & accordons à ladite Compa- 
» gnie l’exemption entiere de tous 
# droits, mis & à mettre fur iceux 5; 
» mais fi ladite Compagnie prend des 
+ marchandifes à fret fur fes Vaiffeaux ,. 
» elle fera tenue d’en faire faire la dé- 
à claration aux Bureaux de nos Fermes 
>» par les Capitaines,dans la forme or- 
æ dinaire , &c lefdites marchandifes 
> payeront les droïts en entier, A l'é- 

æ gard des marchandifes que ladite 
» Compagnie fera apporter dans les 
æ Ports de notre Royaume désommez 

» en l'Article XV. du Réglement du 
» mois d'Avril dernier , où dans ceux | 
» de Nantes, Breft, Morlaix, & Saint- 

æ Malo, pour fon compte, tant des 
» Pays de fa conceffion; que des Ifles: 
» Françoifes de l'Amérique,provenant 

æ de la vente des marchandifes du crû 
” de la Louifiane , deftinées à étre 
» portées dans les Pays Etrangers ;. 
>» elles feront mifes en dépôt dans les 
»-magazins des Douanes des Perts où 


de la Louifiane. 65 
pellesarriveront, ou dans ceux de la 
» Compagnie en la forme ci-deffus pref- 
» crite, jufqu’à ce qu’elles foient enle- 
» vées ; & lorfque les Commis de ladite 
» Compagnie voudront les envoyer 


» dans les Pays Etrangers par mer ou 


>» parterre par tranfit, ce qui ne fe pour- 
» ra que par les Bureaux défignés par 
» notredit Réglement du mois d'Avril 


> dernier , ils feront tenus de prendre 


» des acquits à caution, portant fou- 
» miflion de rapporter dans un certain 
» temps certificat du dernier Bureau 


_» de fortie, qu’elles y auroñt pañé, & 


x 


» un autre de leur décharge dans les 
>» Pays Etrangers. F 

_ XXIX. Si la Compagnie fait conf- 
» truire des Vaiffleaux dans les Pays de 
>» fa conceflion , Nous voulons bien, 
æ lorfqu'ils arriveront dans les Ports 


. “de notre Royaume pour la premiere 
fois, lui faire payer par forme de 


» gratification fur notre Tréfor Royal, 


» fix livres par tonneau pour les Vaif- 
> feaux du Port de deux cens ton- 
» neaux & au deffous, & neuf livres 
» auflipar tonneau pour ceux de deux 
» cinquante tonneaux êc au deflus, & 


» ce en rapportant des certificats des 


» Directeurs de la Compagnie aufdits 


| 


66 = Hifhoire : À 
> Pays, comme lefdits navires y atà 
» ront été conftruits. > 

» XXX. Permettons à ladite Com 
» pagnie de donner des permiflions. 
» particulieres à des Vaïiffleaux de nos 
» Sujets, pour aller traiter dans les Pays: 
2 de fa conceffion, à telles conditions 
» qu’elle jugera à propos ; & voulens 
» que lefdits Vaiffeaux munis des per« 
2 miflionsde ladite Compagnie , jouif 
» fent des mêmes droits , priviléges , 
» & exemptions que ceux de la Com- 
» pagnie, tant fur les vivres, marchan- 
» difes, & effets, qui feront chargez 
» fur iceux, que furles marchandifes & 
» effets qu’ils rapporteront. | 

» XXXI. Nous ferons délivrer de 
>» nos magazins à ladite Compagnie 
» tous les ans, pendant le temps de fon 
» privilege , quarante milliers de pou- 
» dre à fufil, qu’elle Nous payera au 
æ prix qu'elle Nous aura coûté. L 

» XXXII. Notre intention étant. 
» de faire participer au Commerce de 
» cette Compagnie, & aux avantages 
» que Nous lui accordons , le plus 
» grand nombre de nos Sujets que 
» faire fe pourra, & que toutes fortes 
» de perfonnes puiflent s’y intérefler, 
» fuivant leurs facultés. Nous voulons 


+ 


de la Louifiane: 67 
n que les fonds de cette Compagnie 
» foient partagés en Aétions de cinq 
» cens livres chacune, dont la valeur 
æ fera fournie en Billets de l'Etat, defe 
» quels les intérêts feront dûs depuis 
» le premier jour du mois de Janvier 
» de la préfente année ; & lorfqu’il 
>» Nous fera repréfenté par les Direc- 
>» teurs de ladite Compagnie, qu’il au- 
» ra été délivré des A tions pour faire 
»un fonds fufifant , Nous ferons fer- 
» mer les Livres de la Compagnie. 

» X XXII. Les Billets defdites Ac- 
»tions feront payables au porteur, 
» fignez par le Caïflier de la Compa- 
» gnie, & vifez par un des Directeurs. 
» [lenfera délivré de deux fortes, fça- 
» voir des Billets d’une Action , & des 
» Billets de dix A ions. | 

 » XX XIV. Ceux qui voudront en- 
,, voyer les Billets defdites AGtions 
», dans les Provinces, ou dans les Pays 
Etrangers, pourront les endoffer pour 
» plus grande füreté , fans que les en- 
» doflemens les obligent à la garantie 
: de l’AG@ion. 

._ ,, XX XV. Pourront tous les Etran- 
>, gers acquérir tel nombre d’Actions 
» qu’ils jugeront à propos, quand mê- 
#sme ils ne feroient pas réfidens dans 


68  Hifhoire 
>, notre Royaume ; & Nous avons dés 
» Claré & décrou les Aétions appar= 
>, tenantes aufdits Etrangers » non fu- 

2, Jettes au droit d’Aubeine, ni à aucune 

» confifcation , pour caufe de guerres 
; Où autrement ; voulant qu’ils jouif= 
>» {ent defdites Actions comme nos Sue 
m jets. 

» XXX VI. Et d'autant queles pro® 
»fits & pertes dans les Compagnies 
» de Commerce n’ont rien de fixes 
» & que les Actions de ladire Com- 
» pagnie ne peuvent étre regardées 
» que comme Marchandifes, Nous per- 
æmettons à tous nos Sujets, & aux 
» Etrangers en Compagnie, ou pour 
» leur compte particulier, de les ache- 
pter, vendre. & commercer, ainfi 
# que bon leur femblera. 

» XX XVII. Tout AGtionnaire por- 
> teur de cinquante Aétions aura voix 
æ délibérative aux Afflemblées : & s’il 
> eft porteur de cent AG@ions, il aura 
x deux voix ; & ainft par augmenta- 
æ tion de cinquante en cinquante. . 

» XXXVIIL. Les Billets de l’Etat 
#reçus pour le fonds des AGions 
# feront convertis en rentes au de 
» nier. vingt- cinq, dont les intérefts 
æcourfont à commencer du: premicg 


| de la Louifiane. 69 
> Janvier de la préfente année fur 
notre Ferme du Controlle des Ac- 
tes des Notaires, du petit Sceau, 
& Infinuations Laïques, que Nous 
avons hypotéqué, & affecté, hy- 
potéquons & affeétons fpécialement 
au payement defdites rentes: en 
s conféquence il fera pañlé en notre 
»nom au profit de ladite Compa- 
»pnle, par les Commifiaires de no- 
» tre Confeil que Nous aurons nom- 
» més à cet effet, des Contrats de qua- 
»rante mille livres de rente, perpé- 
»tuelle & héréditaire ; chacun faifant 
» la reñte d'un million au denier vingt- 
» cinq, fur les quittances de Finances 
» qui en feront délivrées par le Gar- 
» de de notre Tréfor Royal en exer- 
 cice la préfente année, qui rece- 
» vra de ladite Compagnie pour un 
» million de Billets de l'Etat à cha- 
pque payement; & ce jufqu'a con- 
» curfence des Fonds qui feront por- 
»mtés pour former les Aions de 
» ladite Compagnie. | 

» XXXIX. Les arrérages defdites 
» rentes feront payés; fçavoir, ceux 
» de la préfente année dans les qua- 
tre derniers mois d’iceile; & ceux 
» des années fuivantes en quatre paye 


: 
/ ; 


#70 Hifloire U 
> mens épaux de trois en trois mois, 
» par notre Fermier du Controlle de 
» Actes des Notaires, petit Sceau8t 
» Infinuations Laïques, au Caiffier de 
>» ladite Compagnie fur fes quittance: 
» vifées de trois des Directeurs, qui 
»lui fourniront Copie collationnée 
+ des Préfentes, & de leur nomination 
2 pour la premiere fois feulement. 

» XL. Les Directeurs employes… 
»-ront au Commerce de la Compas 
x gnie les arrérages dûs de la prés 
» fente année des Contrats qui fe: 
» ront expédiés au profit de la Com» 
» pagnie ; leur défendons très-expref: 
» fément d'y employer aucune partien 
» des intérefts des années fuivantes.. 
“ny de contracter aucuns engagez 
» ment fur icelles; Voulons que les 
» Ationnaires foient régulierement 
» payés des intérefts de leurs Aétions, 
» à raifon de quatre pour cent pat 
» année, à commencer du premier 
» du mois de Janvier de l’année pro: 
»chaine, dont le premier payement 
»pour fix mois fe fera au premier 
» Juillet prochain, & ainfi fucceffi= 
x vement. k 

» XLI. Comme il eft nécefaire 
» qu’aufli-tôt après l'enregiftrement 


de la Louifiane; EL) 
des Préfentes, il y ait des perfon- 
nes qui prennent la Régie de tout 
ce qu'il conviendra faire pour lars 
rangement des Livres, & des au- 
tres détails qui doivent former les 
commencemens de ladite Compa- 
‘paie, ce qui ne peut fouffrir aucun 
retardement ; Nous nommerons pour 
cette premiere fois feulement les 
Directeurs que Nous aurons choi- 
à» fis à cet effet; lefquels auront pou« 
voir de répgir & adminiftrer les 
y Affaires de ladire Compagnie ; la- 
> quelle pôurra dans une A fflemblée gé: 
y nérale après deux années révolues, 
» nommer trois nouveaux Directeurs, 
> ou les continuer pour trois ans, fi 
»elle le juge à propos; & ainfi fuc- 
» ceffivement de trois ans en’ trois ans, 
> lefquels Directeurs ne pourront être 
> choifis que François ou Regnicoles, 
" » XLII. Les Directeurs arrêteront 
» tous les ans à la fin du mois de Dé- 
» cembre, le Bilan général des Af- 
» faires de la Compagnie, après quoi 
b ils convoqueront par une affiche pu- 
p blique l’Affemblée générale de la- 
» dite Compagnie , dans laquelle les 
bp répartitions des profits de ladite 
Dr feront rélolues & arrê- 
pm TÉES. 


"2 Hifioire ‘4 
> XLIIT. Attendu le grand nom: 

» bre d'A ions dont ladite Compas 
» gnie fera compofée, Nous jugeons 
x néceflaire pour la commodité de nos. 
» Sujets, d'établir un tel ordre dans 
æ les payemens, tant des intérefisé 
_» que des répartitions, que chaque 
» Porteur d’Actions puifle fçavoir le 
» jour qu’il pourra fe préfenter à [a 
» Caifle, pour recevoir fans remif@ 
» ni délai ce qui lui fera dû. Pouf 
» cet effet, Voulons que les rentes! 
» defdites Ations, enfemble les ré= 
» partitions des profits provenans du 
» Commerce, foient payées fuivant les: 
» Numéro defdites Actions, en com 
» mençant par le premier, fans que là 
» Compagnie puifle rien changer à 
» cet ordre ; & que les Directeurs faf= 
» fent afficher à la porte du Bureau 
» de ladite Compagnie, & inférer dans 
» les Gazettes publiques les Numér® 
» qui devront être payés dans la fes 
» maine fuivante, REA É 
» XLIV. Les A&tions de la Compas 

» gnie, ni les effets d’icelle, enfemble 
>» les appointemens des Directeurs , Of 
» ficiers, & Employés de ladite Com 
» paonie ne pourront être failis pa 
» aucune perionne, & fous quelqu 
» prétexte) 


a 


te lu Louifiane: 7S 
» prétexte que ce puifle être, pas mé- 
#me pour nos propres deniers & af- 
» faires ; fauf aux Créanciers des Ac- 
»tionnaires à faire faifir & arrêter en- 
“tre les mains du Caïflier générai, 
» & teneur de Livres de ladite Com- 
m-pagnie, ce qui pourra revenir auf 
» dits Actionnaires par les Comptes 
» qui feront arrêtés par la Compagnie, 
m aufquels les Créanciers feront te- 
nus de fe rapporter, fans que lef. 
» dits Directeurs foient obligés de lewæ 
» faire voir l’état des effets de la Com. 
» pagnie, ni de leur rendre aucun 
compte, ni pareillement que lefdits 
 Créanciers puiflent établir des Com- 
miffaires ou Gardiens aufdits ef- 
fets; déclarant nul tout ce qui pour= 
foit être fait à ce préjudice. 
5 XLV. Voulons que les Billets de 
PEtat qui feront remis au Garde de 
de notre Tréior Royal par ladite 
Compagnie d'Occident , foïent par: 
lui portés à lHGtel de notre bonne 
Ville de Paris ; auquel lieu en pré- 
“fence du Sieur Bignon Confeiller 
ordinaire en notre Confeil d'Etat, 
“Ancien Prevôt des Marchands, du 
#Sieur Trudaine Confeiller en notre 
Confeil d'Etat, Prevôt des Mar- 
Tome I, : 9,1, 


À  Hifloire Re 
».chands en Charge; des Sieurs de * 
» Serre, le Virlois, Harlan, & Bou- : 
æ cot , qui ont figné les Billets de E- 
» tat avec eux, & des Officiers Mu. 
>» nicipaux dudit Hôtel de Ville qui 
»sy trouveront, Ou voudront sy 
» trouver; lefdits Billets de l'Etat fe- 
> ront brûlés publiquement, inconti- 
+ nent après l’expédition, de chaque. 
æ Contrat, après en avoir dreflé pro- 
» cès verbal, contenant les Repiftres, 
>» Numero , & fommes; en avoir faic 
» mention fur lefdits Repiftres, & les 
æen avoir déchargé; lequel procès 
>» verbal fera figné defdits Sieurs Pre- 
» yôts des Marchands, & autres dé- 
» nommés au préfent ÂArticie. | 

» XLVI. Les Directeurs auront à 
» la pluralité des voix la nomination 
» de tous les Emplois, & des Ca- 
» pitaines & Officiers fervans fur les 
» Vaiffleaux de la Compagnie; aufli- 
» bien que des Officiers Militaires, 
» de Juftice, & autres qui feront em. 
» ployés dans les Pays de fa concef- 
> fion ; & pourront les révoquer lorf- 
» qu'ils le jugeront à propos: & lef- 
» dites nominations de tous lefdits Of- 
» ficiers & Employés feront fignées 
» au moins de trois des Directeurs s 


de la Touifiane: … Et 
#-ce qui fera pareille ment obfervé pour. 
æ les révocations. | 
:.» XLVII. Ne pourront lefdits Di- 
» relteurs être inquiétés ni contrainte 
+ en leurs perfonnes & biens pour les 
» Affaires de la Compagnie. | 
> XLVIII. Ils arréteront tous Îles 
æ Comptes tant des Commis & Em- 
» ployés en France, que dans les Pays 
» de la conceflion de la Compagnie, 
æ& des Correfpondans ,' lefquels 
2 Comptes feront fignés au moins de 
“trois defdits Directeurs. 

» XLIX. Il fera tenu de bons & 
® fidels Journaux de Caïfle, d’Achats,, 
* de Ventes, d'Envois, & de Raifon 
æ en parties doubles, tant dans la Di- 
» rection générale de Paris, que par 
_» les Commis & Commiflionnaires de 
s la Compagnie, dans les Provinces 
» & dans les Pays de fa conceflion, 
# qui feront cottés & paraphés par les” 
» Directeurs , aufquels fera ajouté foi 
» en Juftice. | 

» L. Nous faifons don à ladite Com- 
» pagnie des Forts, Magazins, Mai- 
» fons, Canons, Armes, Poudres, 
 Brigantins , Bateaux, Pirogues, & 
»autres Effets & Uftenciles que Nous 
» avons préfentement à la Louifiane, 


D i] 


m6 Hiffoire | 
# dont elle fera mife en poñleffion fut 
» nos ordres qui y feront envoyés 
# par notre Confeil de Marine. 
» LI. Nous faifons pareillement don 
» à ladite Compagnie des Vaifleaux , 
» Marchandifes & Effets que le Sieur 
» Crozat Nous à remis, ainfi qu’il eft 
_» expliqué par l’Arrêt de notre Con- 
» feil du vingt-troifiéme jour du pré- 
» fent mois , de quelque nature qu'ils 
» puiflent être, & à quelque fomme 
» qu'ils puiflent monter ; à condition 
» de tranfporter fix mille Blancs , & 
p trois mille Noirs au moins, dansles 
» Pays de fa conceflion pendant la dus 
> rée de fon privilege. | 
» LIL. Si, après que les vingt cinq an- 
» nées du privilege que Nous accor- 
» dons à ladite Compagnie d'Occident 
» feront expirées, Nous ne jugeons 
» pas à propos de lui en accorder la 
> continuation ; toutes les Ifles & T'er- 
> res qu'elle aura habitées , ou fair ha- 
» biter avec les droits utiles, Cens, 
» & Rentes qui feront dûs par les” 
» Habitans , lui demeureront à perpé- 
» tuité en toute propriété, pour en 
> faire & difpofer ainfi que bon lui 
» femblera. comme de fon propre hé- 
# ritage, fans que Nous puiflions rex 


de la Louifiane 7 
À w | 2 5 , 
» tirer lefdites Terres ou [fles, pour 
» quelque caufe, occafion, ou pré- 
_» texte que ce foit : à quoi Nous avons 
» renoncé dès-a-préfent ; à conditiof 
»> que ladite Compagnie ne pourra ven- 


» dre lefdites Terres à d’autres qu'à 


» nos Sujets ; & à l'égard des Forts, 
» armes & munitions, il Nous fe- 
» ront remis par ladite Compagnie, 
» à laquelle Nous en payerons la va- 
» leur fuivant la jufte eftlimation qui 
» en fera faite. if 

» LIIT. Comme dans l’Etablifie- 
» ment des Pays concédés à ladite 
» Compagnie par ces Préfentes, Nous 
» regardons particulierement la gloire 
» de Dieu, en procurant le Salut des 
»> Habitans Indiens, Sauvages , & Ne- 
» gres, que Nous défirons être inf- 
» truits dans la vraye Religion, la“ 
» dite Compagnie fera obligée de b&< 
> tir à $ dépens des Epliles dastes 
» lieux de fes Habitations; comme 


» aufli d'y entretenir le nombre d’Ec= 


_» cléfiaftiques approuvés qu'il fera né- 
» ceffaire: foit en qualité de Curés, 
ou tels autres qu’il fera convena- 
»ble, pour y prêcher le Saint Evans 
» gile , faire le Service Divin, & y 
# adminiftrer les Sacremens : le tout 


D ïïj 


SE Hifloire | 
» fous Pautorité de l'Evêqué de Qué- 
æ bec; ladite Colonie demeurant dans: 
>» {on Diocefe, ainfi que par le paf- 
>» LÉ; & feront les Curés, & autres 
» Eccléfiaftiques que ladite Compa- 
>» gnie entretiendra, à fa Nomination 
» & Patronage. | | 

» LIV. Pourra ladite Compagnie 
= prendre pour fes Armes un Ecuflon 

» de Sinople, à la pointe ondée d’Ar- 
» gent {ur laquelle fera couchéun Fleu- 
æ ve au naturel, appuyé fur une cor 
> ne d'Abondance d’or au chef d’a- 
» zur , femé de fleurs de lys d’or, 
# foutenu d'une face en: devife aufli 
» d’or, ayant deux Sauvages pour Sup- 
» ports, & une Couronne trefllée ; lef- 
æ quelles Armes Nous lui accordons, 

- » pour s’en fervir dans fes Sceaux &. 
» Cachets, & que Nous lui permet- 
» tons de faire mettre & appofer à 

e fes Edifices, Vaïffleaux, Canons, & 
5 par tout ailleurs où elle jugera à 
æ propos. PAL ER 

x LV. Permettons à ladite Compa- 

» gnie de drefler & arrêter tels Sta- 
» tuts & Réglemens quil appartien- 
æ dra ; pour la Conduite & Direction 
s de fes Affaires & de fon Commer- 
y ce, tanx en Europe, que dans les 


| de la Louifianes _ #$ 
‘# Pays à elle concédés: lefquels Sta- 
» tuts & Réglemens Nous confirme- 
» rons par Lettres Patentes, afin que 
_» les Tntéreffés dans ladite Compa- 
_» gnie foient obligés de les exécuter 
 » felon leur forme & teneur. 
_» LVI. Comme notre intention n’eft 
> point que la protection particuliere 
» que Nous accordons à ladite Com- 
» pagnie puifle porter aucun préjudi- 
» ce à nos autres Colonies, que Nous 
> voulons également favorifer ; défen- 
> dons à ladite Compagnie de pren- 
» dre ou recevoir , fous quelque pré- 
» texte que ce foit , aucun Habitant 
æ établi dans nos Colonies, pour les . 
» tran{porter à la Louifiane, fans en 
. » avoir obtenu la Permiflion par écrit 
 » de nos Gouverneurs Généraux auf- 
 » dites Colonies, vifée des [Intendans 
_» où Commiffaires Ordonnateurs. 
» Si DONNONS EN MANDEMENT à 
x nos Amés & Feaux Confeillers les 
_» Gens temans notre Cour de Parle- 
» ment, Chambre des Comptes, & 
» Cour des Aides à Paris, que ces 
» Préfentes ils ayent à faire lire, pu 
> blier, & répifirer ; & le contenu 
æenicelles garder, obferver, & exé- 
> cuter felon leur forme &c teneur; 
rs 


+. 2 


+ 


89 Hifhoire 
,, nonobftant tous Edits, Déclarations ; - 
» Reglemens, Arrêts, ou autres cho-" 
»» es à ce contraires, aufquelles Nous 
4, avons dérogé , & dérogeons par ces 
» Préfentes. Aux Copies defquelles 
, collationnées par lun de nos amés . 
, & feaux Confeillers-Secretaires , 
,, Voulons que foi foit ajoutée comme 
> à lOriginal: CAR tel eft notre plai- 
ir. Et afin que ce foit chofe ferme 
., & ftable à toujours, Nous avons 
,, fait mettre notre $cel à cefdites Pré- 
fentes. DONNÉ à Paris au mois 
, d'Août, l'an de’Grace 1717, 6 
» de notre Regne le deuxiéme. Signé, 
» LOUIS ; Et plus bas, Par le Roi, 
= LE Duc D’ORrLEANS Régent, pré- 
, fent. PHELIPEAUXx, Vila, DAGUuESs- 
,, SEAU. VG au Confeil, VILLEROYS 
., Et fcellé du grand Sceau de ciré 
., verte, en lacs de Soye rouge & verte. 


Résiftrées , oui & ce requerant le Pro- 
cureur Général du Roi, pour être exé- 
cutées felon leur forme € teneur, fans 
néanmoins que les Statuts qui feront ci- 
‘après dreflés par la Compagnie d'Occi- 
dent , puiffent avoir exécution gwaprès 
avoir été confirmés par Lettres Paten- 

-_ ges du Roi régifirees en la Cour; & Cox. 


| de La Louiliane. Sr 
Dies collationnées des préfentes Lettres 
être envoyées aux Bailliages © Sené 
chaullés du Reffort, pour y être lues, 
publices & régifirées ; Enjoint aux Sub- 
fétuts du Procureur Général du Roi d'y 
senir La main, &' d’en certifier la Cour 
dans un mois. À Paris en Parlement, 
de fix Septembre mil fept cens dix-fepr. 
Signé, GILBERT. | 


 Régifirées en la Cour des Aides; ouë 
le Procureur Général du Roï, pour être 
exécutées felon leur forme & teneur, & 
queles Procés & Différends qui naïîtrons 
à l'occafion des droits du Roy, percep- 

tion & dépendances d'iceux, feront inf= 

truits &* jugés en premiere Inflance par 
les Juges qui en doivent connottre, fauf 
L'appel en la Cour. À Paris, les Cham- 
bres affemblees, le vingt-trois Décembre 
anil fept cens dix-huit. Signé ROBERT, 


\ 


82. _ Hifhire 


GH AP LENS V. 


L'Auteur dl mis en pofeffion de. e 
-  terrein: Waine crainte que l’on a des 
Crocodiles : Erreur commune fur læ 
maniere de penfer. des Naturels:-L’ Aus 
teur prend la réfolution d'aller s'éta= 

blir aux. Naichez. 


À RRrvÉ au Bayouc Tchoupic.;: 
le fieur Lavigne, Canadien, met 
Vogea dans une cabane des Aquelou= 
Piffas, defquels il avoit acheté le Vil- 
lige ; il en donna d’autres à mes Ou- 
vriers pour fe loger ; & nous fümes 
heureux de trouver tous en arrivants 
_ de quoi nous mettre à l'abri des 
injures de l'air, dans un endroit pour 
lors inhabité, Pea de jours après. 
mon arrivée, j’achetai d’un Habitant 
V Auteur acer voifin.une Elclave Naturelle, afin de 
Mumele m ‘afsûrer une perfonne pour nous faire 
à manger,dans un Pays dont je m | 
percevois que les Habitans faifoient 
leur poflible pour débaucher nos Ou- | 
“vriers, & fe les attirer par de belles 
gromefles. Nous. ne nous entendions 


de la Louifiann  S3 
point encore mon Efclave & moi ; 
mais je me faifois entendre par fignes, 
ce que ces Naturels comprennent ai 
fément ; elle étoit de la Nation des 
TFchitimachas, avec qui les François 
étoient en guerre depuis quelques an- 
nées. | 
Je fus chercher un emplaceinent fur 
le Bayouc S. Jean , à une petite de- 
mie-lieue de lendroit où devoit être 
fondée la Capitale , laquelle n’étoit 
encore marquée que par une baraque 
couverte de feuilles de Latanier , & 
que le’ Commandant avoit fait bâtie 
pour fe loger, & aprés lui M. Paillou.,. 
qu'il laifloit Commandant de ce Pofte. 
J'avois choïfi cet endroit par préfé- 
rence, dans la vüe de me défaire plus 
_aifément de mes denrées , & dé n’a- 
voir pas fi loin à les tranfporter 5 j'as 
vertis de mon choix M. Paillou; qui 
vint m'en mettre en poffeffion au nom: 
de Compagnie d'Occident, 
Je bâtis unebaraque fur mon Habi- 
tation , environ à vingt-cinq toi- 
fes du Bayouc S. Jean , en attendant: 
que j'eufle bâti ma maïfon , & des loge- 
mens pour mes gens. Comme ma ba- 
faque étoit compofée de matieres ex: 
ttémement combuftibles, je faifois’ 

PS D vj. 


L'Efclave de 


84 | Hifloire | 
faire le feu à une grande diftance ;5« 
pour éviter les accidens ; de forte que | 
ce feu étoit prefque à moitié chemin 
du Bayouc, ce qui donna lieu à une ! 
avanture qui me fit revenir des pré- 
jugés que l’on a en Europe , en con- 
féquence des Rélations qui courent de 
tems en tems. Le récit que je vais en 
donner , pourra peut-être faire le mê- 
me effet {ur l’efprit de ceux qui pen- 
fent encore comme je penfois alors. 
Il étoit prefque nuit, lorfque mon 


Pr TE 
PAuteur tueun Ffclave apperçût à une toife près du feu 


Crocodile, 


un jeune Crocodile de cinq pieds de 
long , qui regardoit le feu fans re- 
muer : j’étois dans le jardin près de-làs 
elle me fit des fignes redoublés pour 
me faire venir ; j'accourus. En arri- 
vant elle me montra ce Crocodile fans: 
me parier. Dans le peu de tems que 
je lexaminai y je reconnus que fa vûe 
étoit fi fixée fur le feu , que tousnos 
mouvemens n'étoient pas capables de 
le diftraire ; je courus à ma cabane 
chercher mon fufl, étant bien affuré 
de mon coup : mais quelle fut ma fur- 
prife en fortant de ma cabane, de voir 
mon Efclave un gros bois à la main 
qu'elle leve en Pair , & avec lequel: 
elle afomme cet animal ? Me voyant 


da 
+ 


_ de la Louifiane. 8 
#rriver , elle fe mit à foûrire & me dit. 
bien des chofes que je ne comprenois. 
pas ; mais elle me fit mieux entendre 
par fignes ; qu’il n’étoit pas nécefaire 
d’avoir un fufil pour tuer cette bête; 
puifque le bois qu’elle me montroit ,. 
avoit été fuffifant. 

Le lendemain l’ancien Maître de mon: 
Efclave vint me demander du plant de 
falade , car j'étois le feul qui euffe du 
jardinage , parce que j’avois pris mes- 
précautions peur conferver les grai- 
nes que je tranfportois. Comme il fça- Mere 
voit parler la Langue vulgaire des Na. L° on à 3 
turels ; je le priai de demander à 
cette fille , pour quoi elle avoit tué * 
fi précipitament ce Crocodile que 
je voulois tuer d’un coup de fuñl, 
pour ne pas lexpofer à être dévo- 
rée: il fe prit à rire, & me dit que 
tous ceux qui arrivoient de France 
croyolent cet animal redoutable, quoi- 
qu'il ne le fût nullement , & que je ne 
devois pas être furpris de ce que j’a- 
vois vû faire à cette fille, puifque fa 
Nation habitoit fur les bords d’un Lac 
qui étoit rempli de ces animaux ; que 
les enfans . lorfqu’ils en voyoient des 
petits à terre , les pourfuivoient & les 
tuoient, qu’alors Jes gens de la cabane 


CET 
Fra 


fortoïent pour les écorcher 3 qu’ils [ess 
emportoient , & en faifoient bonne 

chere: Re 

Il lui parla, & me raconta ce qu’el: 

le venoit de luï dires que me voyant 

courir à ma cabane , elle avoit crü que. 
_j'avois peur, & qu’elle ne le craignoit. 
point; que fielle eût fçû que j'avais. 
envie de le tuer , elle fe feroit écartée. 

& m'auroit laiflé faire. | 

Dans ces commencemens je ne fça- 

vois ni la Langue, ni les coutumes ;: 

encore moins là maniere de penfer des: 

Naturels , aufquels on donne le nom,. 

qui prévient de façon à ne leur accor- 

der prefque rien de ce qui fait l’hom- 

me , pas même la figure que l’on s’i- 

magine fauffement être différente de la: 

_ Dérélé de nôtre. Prévenu de la forte , comme 
M Raer avec tous les Européens qui ne fe donnent 
Eu point la peine de s’en inffruire dans: 
les véritables fources,un Habitant an:- 

cien dans le Pays, me fit traiter d'un: 

fufil à un Chef de Guerre des Naturels. 
voifins. J’euslieu d’être furpris de voir 
_ un Général d'armée de ces Peuples: 

avec un habit d Arlequin, tout neuf, 

& qu'il avoit acheté depuis peu ; il: 
m'apprêta plus d’une fois à rire avec. 

get habillement , avec lequel il fe quar= 


à de la Louifiane. 
toit & fé donnoit des airs ; il {e croyoit 
réellement très-diftingné de fes Com- 
patriotes, au moyen de cet habit d’une 
nouvelle ordonnance , qu’il avoit payé 
bien cher , à ce que j'appris ; maisil 
eft à remarquer que ces Naturels don- 
nent ce qu’on leur demande pour cho- 
fes qui leur font plaifir, fur -tout fr 
elle eft extraordinaire , comme l'étoit: 
en. effet l’'habit dont il avoit fait lPac- 

quifition.. : 
Nous convinmes qu'il me donne- 
roit pour mon fufl trente grofles va- 
_lailles, il m'en donna vingt fur le: 
champ ;. mais comme les dix autres ne: 
venoient point aflez vite à mon gré ;. 
je fusafon Village avec l’ancien Habi- 
tant; je repris le fufil, & lui fis dire: 
que. je le. lui remettrois lorfqu’il au-- 
xoit achevé le payement , s’il n’aimoit- 
mieux reprendre fes vingt volailles. 
Ma façon d’agir ne lui plût point ; il 
_ avoit envie de mon fufil., & n'avoit 
pas de quoi-le payer ; c'eft pourquot il 
prit le chemin de la Nouvelle Orleans 
pour fe plaindre au Gouverneur.. Je 
fus mandé pour déduire mes raifons.z 
M. de Biainivilleme demanda pourquoi 
javois repris mon fufil après Pavo 
traité ; que c’éroit l’ufage, & que tous 


2 :. Hifloire RAR 
les joufs on traitoit avec eux fans craïr 
dre de rien perdre 3 mais qu'il falloits 
attendre: je lui répondis qu'ayant let 
pouvoir en main, il ne lui feroit pass 
difficile de me faire payer , ou que 
ce Sauvage reprit fes volailles, pui$- 
que les mêmes exifloient encore 5* 
mais que je ne voulois pas être duppeñ 
d’un Sauvage, que je regardoïs com 
me une Bête brute ( car je les croyois: 
tels alors ).. Le Gouverneur me repli- 
qua que je ne connoïflois pas encore! 
ces gens-là , & que quand je les con- 
noïîtrois, je leur rendrois plus de jufti= 
ce : il difoit bien vrai ; jai eu le tems 
de me détromper , & je fuis perfuadé 
que ceux qui verront le portrait fidéle 
que j'en ferai ci-après, conviendront 
avec moi ,;que l’on a grand tort de 
“Bonnes qua: Nommer Sauvages des hommes qui fça: 
Hrés des Natu- vent faire un très-bon ufage de leur 
me raifon , qui penfent jufte , qui ont de’ 
la prudence , de la bonne foi, de la 
générofité , beaucoup plus que certai- 
nes Nations policées, qui ne vou= 
droient point fouffrir d'être mifes en: 
comparaifon avec eux, faute de fça= 
voir ou vouloir donner aux chofes le: 
prix qu’elles méritent. HET 
Je me plaifois dans mon Habitation, 


ee 


sé 


de la Louifiane. 89 
& j'avois eu des raifons que j'ai rap- 
portées ,; qui me l’avoient fait préfé- 
férer; cependant j'eus lieu de croire 
que l’air ne devoit pas y être des meil- 
leurs, ce pays étant fort aquatique ; 
cette caufe d'un aïr mal-fain n’exifte 
plus aujourd’hui, depuis que l’on a dé- 
friché le terrein, & que lon a fait une 
levée devant la Ville. La qualité de 
la terre y eft très-bonne , puifque ce 
que j'y avois femé y étoit trés-bien 
venu 3 d’ailleurs au Printems ayant 
trouvé quelques noyaux de pêches 
qui commencoient à germer, je les 
plantai ; P'Automne fuivant ils avoient 
pouñlé des tiges de quatre pieds de 
haut, & les branches au-deffus étoient 
dongues à proportion. ae 
_ Nonobftant ces avantages, je pris le 
parti de quitter cette Habitation pour 
en aller faire une autre à cent lieues plus 
haut; je vais dire en peu de mots les 
raifons que je crûs aflez fortes pour. 
my déterminer. 
_ Mon Chirurgien vint me deman= 
der fon congé, me faifant connoître 
qu'il me devenoit inutile près d’une 
Ville qui fe formoit, & où il y avoit 
un Chirurgien beaucoup plus habile 
que lui ; qu’on lui avoit parlé fi avans 


90  Hifloire 1 
tageufement du Pofte des Natchez 

On propote à qu'il défiroit d’autant plus aller si 
jaureur d'al- établir, que n'y ayant point de Chi 
| ux Nat- k 4 ’ . née | 
she  . rurgien, ti y feroit mieux'fon compte 
Je lui dis que mon caractère me dif 

pofant à faire plaifir, je me porteroïs 

à l'obliger par préférence, fi ce qu'il 

me difoit n’étoit point une pure in" 

vention. Pour me prouver Îa vérité 

de ce qu’il venoit de m’avancer , il 

fut à linftant chercher l’ancien Habi= 

tant qui mavoit vendu mon Efclas 

ve, lequel me confirma Îa chofe, en 
m'afsürant que la beauté du Pays des 

Natchez , jointe aux autres avantages 

que l’on y trouvoit lui faifoit abans 

donner celui-ci pour aller habiter l'aus 

tre, & qu'il comptoit en Être biem 

- dédommagé en très-peu de tems, Sus 

ce recit je donnai congé à men Chi 

rurgien , fansautre retribution que des 
promefles de prier Dieu toute fa vié 

pour moi. | L 

Mon Efclave étoit préfente au dif= 

cours que je viens de rapporter ; elle” 

entendoit déja affez bien le François ? 

& moi la Langue vulgaire du Pays, 

& aufli-tôt que l’ancien Habitant & 

mon Chirurgien furent fortis , elle me 

ünt ce difcours : « Tu devrois auf 

ent # 


_ de La Louifiane. CE 
» aller dans ce Pays-là ; le Ciel y cft 
» bién plus beau qu'ici ; le gibier y ef# 
» beaucoup plus commun ; & comme 
» j'y ai des parens qui s’y font retirés 
» pendant la guerre que nous avions 
» avec les François, ils nous appor- 
> teroient les chofes dont nous aurions 
» befoin ; ils m'ont dit que ce Pays 
» eft beau, que l’on y vit bien, & 
5 que les hommes yÿ vivent fort 
> VICUX ». 

Dès le lendemain je fis à M. Hu- 
sert, Directeur de la Compagnie, le 
apport de ce que l’on m’avoit dit des 
Natchez : il me dit qu’il étoit fi per- 
nadé de tout le bien que l’on difoit 
Me ce Canton, qu’il fe préparoit pour 
y aller prendre fa conceffion , & y 
établir une forte Habitation pour la 
Compagnie ; & continuant fon dif- 
cours : « Que je ferois charmé , me 
>» dit-il, fi vous vouliez alier en fire 
» autant! Nous nous ferions compa- 
>» gnie l'unà l'autre, & vous y feriez 
5 fans contredit vos affaires beaucoup 
» mieux que dans l'endroit où vous 
» êtes 

Son difcours & l’amitié que nous I f dére 
à ; 1° / . mine à y alierg 
avions l’un pour l’autre , me détermi- 
Imerent entierement 3. Je quitral peu 


92? Hifloire 0 
après mon Habitation, & fus lo 
dans la Ville, en attendant loccal 
de partir, &des Négres qui devoien 
arriver dans peu. Mais avant quest 
poufler plus loin cette narration 
crois être obligé de rapporter ce@h 
fe paffa au fujet du Fortde Penfacoler 
fitué dans la Virginie. Ce Fort ap 
partient aux Efpagnols, & fert d'en 
trepôt ou de relâche aux Gallions d’En 
pagne, lorfquils partent de la Vert 
Cruz pour retourner en Europe 


de la Louifiane, 03 


CHAPITRE VI. 


rprife du Fort de Penfacola par les 
“ François: Les Efpagnols le repren- 
ment: Les François l'ayant repris le 
démoliffent. a 


Enrs le commencement de 1719; 

le Commandant Géneral ayant 
pris par les derniers Vaiffleaux arri< 
és, que la guerre étoit déclarée entre 
France & lPEfpagne , réfolut de 
rendre le Pofte de Penfacola aux Ef- 
agnols. IL eft dans’ le Continent , à 
uinze lieues environ de l'Ifle Dauphi- 


Pentrée de la rade ; vis-à-vis eft un 
lortin fur la pointe del’Oueft de lFfle 
ainte-Rofe qui défend de fon côté 
entrée de la rade : ce Fortin n’a qu’une 
rarde pour fa défenfe. 

_ Le Commandant Général perfuadé 
qu’il lui écoit impoffble de faire le Sié- 
se de cette Place dans les formes,vou= 
lut la furprendre, fe confiant fur l’ar- 


| fpagnols , quiignorojent encore que 


e ; il eft défendu par un Fort de pieux 


deur des François & la fécurité des 


EC CTEEN, | 


CRT 


4 Fifloire | 
nous fuffions dans l'Europe en guerri 

avec eux. Dans cette vüe il raflembl 

le peu de Troupes qu'ilavoit,avec plu: 
fieurs Colons Canadiens & François 
nouveaux arrivés, qui y furent volons 
tairement. M. de Chateauguiere {on 
frere & Lieutenant de Roï commandoit 

{ous lui, enfuite M. de Richebourg 
Capitaine ; ilarma cette Troupe, & 
après avoir fait les provifions néceffai- 

res en munitions de guerre & de bou- 

che, il s’embarqua avec cette petite 
Armée , & à la faveur du bon vent il 
arriva dans peu à fon terme. Les Frans 

çois mouillerent près du Fortin & fi- 

rent leur defcente fans être apperçüs, 

{e faifirent du Corps de Garde du For- 

tin, & mirent aux fers les Soldats de la 
Garde ; cette expédition fut faite en 
moins de demie-heure. On habilla quel- 

ques Soldats François de leurs habits 
pour faciliter la furprife de l’Éanemi. 

La chofe réuffit à fouhait : le lende- 

main dès la pointe du jour on apper- 

| çut le bateau qui portoit le détache- 
y enene EOt de Penfacola ; il venoit relever la 
Furprennenc Garde du Fortin : on fit battre la mar- 
Penfñcol che Efpagnole, les François déguifés 
les reçurent, les mirent aux fers & fe: 
revêtirent de leurs habits. Les Frans 


+ la Lauif ane 9$. 
de es paflerent dans le même : 
ateau , furprirent la Sentinelle, le 
Jr ps de Garde & enfin la Garnifon , 
1fqu’au Gouverneur qui fut pris dans 
LL lit ; tout fut fait prifonnier, & il 
y eut point de fang répandu. 

“Le Commandant Géneral , dans la 
rainte de manquer de vivres, fit par- 
“les prifonniers fur un Vaileau, les 
refcorter par quelques Soldats queM. 

e Richebourg commandoit , pour les 
émettre à la Havane ; il Te dans 
“enfacola M. fon frere pour ycomman- 
er, , & une Garnifon de foixante hom- 
nes. Sitôt que le Vaifleau François eu 
souillé à la Havane, M. de Riche- 
vourg fut à terre avertir le Gouver- 
“eur Efpagnol de fa commiflion ; ce- 
si-ci le reçut avec politefle Le pour 
“i témoigner {a reconnoïifance _ille 
LL prifonnier de même que les Officiers 
ui Paccompagnoient , fit mettre les 
voldats aux fers & en prifon,où ils fu- 
*ent pendant quelque tenis expofés à 
dfaim & aux infultes des Efpagnols , 
*e qui détermina plufieurs d’entr’eux 
le prendre parti dans le fervice d'Ef- 
sagne pour {e tirer de la mifere extrè- 
me dans laquelle ils gémifloient. 


© 
eriaieiuns des F rançois nouvel. 


L 


| F5 ‘2 
06... Hire 
lement engagés dans les T roupes Efpae 
gnols inftruifirent le Gouverneur d 
la Havane , que la Garnifon Frans 
çoife que l’on avoit laiflée à Penfacola 
_étoit très-foible ; il réfolut à fon tour 
d'enlever ce Fortpar repréfailles. À cet 
effet il fitarmer un Vaïfleau de la Na- 
tion avec celui que les Françoisavoïent 
conduit à la Havane ; le Vaiffeau Ef 
pagnol fe rangea derriere l'Ifle Sainte- 
Rofe,& le Vaiffeau François fe préfenta 
avec fon Pavillon naturel devant le 
Fort. La Sentinelle demanda par qui 
éroit commandé le Vaïffeau ; on lui 
répondit que c’étoit par M. de Riche 
bourg : ce Vaiffeau mouilla, Gta le Pa- 
villon François, arbora celui d’Efpagne 
& l’affura de trois coups de canon. À ce 
fignal dont les Efpagnols étoient con- 
venus, le Vaiffeau Éfpagnol joignit le 
premier, puis fommerent les François 
- de fe rendre. M. de Chateauguierere 
fufa la propoñition ; il tira fur les Ef- 
pagnols, & l’on fe canona jufqu'à la 
nuit. 

Le lendemain la canonade continu 
jufqu’à midi que les Efpagnols cefle- 
rént de tirer,pour fommer de nouvea 
le Commandant de rendre le Fort :1 
demanda quatre jours, on lui en accor 


F de la Louifrane: NL, 
da deux ; pendant ce tems il envoya 
demander du fecours à fon frere qui n’é- 
toit pas en état de lui enenvoyer. 

_ Leterme expiré, l'attaque recommen- 
ça 3; le Commandant fe défendit géné- 

reufement jufqu’à lanuit, dont les deux 

tiers de la Garnifon profiterent pour 
“abandonner leur Gouverneur , qui 
n'ayant plus qu'une vingtaine d’hom- Les Ptapnot. 

mes fe vit hors d'état de réfifter pus tement 
ong-tems ; il demanda à capituler, on cn 
ui accorda tous les honneurs de la 
“guerre ; maïs en fortant de la Place il 

En fait Prifonnier avec tous fes Sol- 
dats : cette infraction à la capitulation 
fat occafionnée par la honte qu’eurent 
les Efpagnols d’avoir été forcés à capi- 
tuler de la forte avec vingt hommes 
eulement. | 

. Dès que le Gouverneur de la Ha- 
ane eût appris cette reddition du 
Fort, & s'imaginant follement avoir 
“erraffé au moins la moitié de tous fes 
Ennemis , il fit de grandes réjouiffan- 
es dans fon Ifle , comme s’ileûtrem- 
porté une Victoire décifive, ou enlevé 
ux François une Citadelle d’impor- 
ance. Il fit auffi partir plufieurs Vaif- 
eaux pour avitailler & rafraîchir fes 
Guerriers, qui felon lui devoient avoir 

Tome I, 


Yis veulent 
prendre l’ifle 
Laupuine. 


tout fon canon du côté de l'Ennemi ; & 


que je viens de la décrire. 

Le nouveau Gouverneur de Penfa 4 
cola fit réparer & même augmenter les” 
fortifications de fon Fort ; 1l envoya 
enfuite le Vaifleau le Grand Diable 
armé de fix piéces de canons pour! 
prendre PIfle Dauphine, ou tout au 
moins lui donner la peur. Le Vaifleau 
le SaintiPhilippe qui étoit en rade , en= 
cra dans un trou, s’y affourcha , mit 


fit voir au Grand Diable, que les Saints 
Léfiftent à tous les efforts de l'enfer 


Ce Navire par fa fituation fervoit de! 
Ciradelle à cette Ifle, qui navoit ni 
fortifications ni retranchemens , ni 
fenfe quelconque , fi on en excepte une 
batterie de canon à la pointe de PE, 
avec quelques Habitans qui gardoient 
11 Côte & empêchoient la defcente. Le 
Grand Diable voyant qu'il n'avançol: 
en rien , fut contraint pour fe délafler 
d'aller piller en terre ferme l’HabitatiOr 
du fieur Miragouine, qui étoit aban- 
donnée. Dans ces entrefaites arriva Gé 
Penfacola un Diablotin qui étroit of 
Pinkre pour aider le Grand Diable 
Dès qu'ils furent réunis, ils recommel | 


Ou 
(D 


de la Loufiane: | 

AU x 9 , ?, 1 

Cerent à canoner l’Ifle qui leur répon- 
dit vigoureufement. 

. Dans le tems que ces deux Bâti- 

mens eflayoient en vain de prendre no- 


tre Ifle, on vit paroïtre une Efcadre de 


"cinq Vaiffeaux,dont quatreavoient Pa- 
:villon Efpagnol, & le plus petit le por- 


toit de France en Berne, comme s’il 


eût été pris par les quatre autres. Les 
"François y furent trompés auffi bien 
que les Efpagnols ; les François re- 
“connurent le petit Vaiffeau qui étoit 
la Flute La Marie, commandée par le 


brave M. Japy ; & les Efpagnols per-. 


fuadés par ces apparences qu’en leur 


énvoyoit du fecours , députerent deux 


Officiers dans une Chalouppe à bord 
du Commandant ; mais ils ne furent 
plûtôt arrivés qu’ils furent faits 
Prifonniers. 
+ C’éroit en effet trois Vaifleaux de 
guerre François & deux de la Compa- 
ignie commandés par M, de Chame- 
lin : ces Vaifleaux portoient plus de 
“huit cens Soldats, & une trentai- 
me d'Oficiers , tant Supérieurs que 
Subalternes , tous anciens & bons fer- 
viteurs du Roi, pour refter à la Loui- 
fiane. Les Efpagnols ayant reconnu 
“leur erreur , s’enfuirent à Pen‘facola 


E i 


100 Fiffoire | 
_- porter la nouvelle de ce fecours arrivé | 

aux François. : 4 

L’Efcadre mouilla devant l'Ifle, mit M 
Pavillon François & falua laterre, qui M 
lui répondit avec fon canon & des cris “ 
redoublés de vive le Roi. L'on tira le# 
Saint Philippe du Trou Major & onle 
joignit à l’Efcadre; on fit encore em- 
barquer des troupes, & on laifla la 
Marie devant l'fle Dauphine, à caufe 
de fon extrême pefanteur. 

Le fept Seprembre le vent s'étant 
trouvé favorable, l’Efcadre mit à la 
voile pour aller à Penfacola ; on mit à 
terre chemin faifant près de Rio Perdido 
les troupes qui devoient attaquer fur le 
Continent, après quoi les Vaifleaux 
précédés d’un bateau qui leur indiquoit 
la route entrerent dans le Port ; ils: 

mouillerent & s’affourcherent malgré. 
_ plufieurs décharges de canon du Fort, 
qui eft deflus l’ffle Sainte-Rofe, Les! 
Vaifleaux ne furent pas plutôt affour- 
chés,que l’on fe canona de part & d'au: 
tre : nos cinq Vaifleaux avoient à com- 
battre deux Forts & fept Voiles qui 
étoient dans le Port ; mais le grand 
Fort de la terre ne tira qu’un coup de 
canon fur notre armée, dans laquelle 
le Gouverneur Efpagnol ayant apper= 


/ 


de li Louiïfiane. op 
çu plus de trois cens Naturelscomman: 
dés par M. de Saint Denis, dont la 
. bravoure étroit très- connue, eut fi peur 
de tomber entre leurs mains qu’il ame- 
ha le Pavillon & rendit la Place. 
L'on combattit encore environdeux Les François: 
… heures ; mais la groffe Artillerie de KP Le 
notre Chef d’Efcadre faifant grand fra- cola. 
cas, les Efpagnols crierent plufieurs 
fois fur leurs Vaiffleaux : améne Le Px- 
_villon ; mais la frayeur les empêchoit 
_ d'exécuter cetordre ; il n’y eut qu’un 
Prifonnier François que ofa le faire à 
leur place ; ils abandonnerent leurs 
Navires en laiffant des mêches qui dans 
-peu de tems y auroient mis le feu. Les 
* François Prifonniers dansl'entre-pont, 
_nentendant plus le moindre bruit, fe 
douterent de leur fuite, monterent,dé+ 
-couvrirent le defflein des Efpagnols ; 
- Oterent les mêches , empêcherent äinf 
que le feu ne prit aux Vaïffleaux, & en 
avertirent le Chef d'Efcadre ; le petit 
Fort ne tint plus qu'une heure , au 
bout de ce tems il fe rendit, faute de 
poudre ; le Commandant vint lui-mé- ) 
- me remettre fon épée à M. de Chame- 
fin qui lembraffa, lui rendit fon épée, 
6e lui dit qu'il fçavoit faire la différence 
d’un brave Officier d’avec celui qui ne 


E üj 


» 


1ô2 . Hiffoire | | 
l'étoit pas ; il lui donna fon Vaifleam 
pour prifon , au lieu que le Comman- 


ï 


dant du grand Fort fut un fujet de ri<. 


fée pour lés François. _ 


L'on fit Prifonniers de Guerre tous. 
les Efpagnols des Vaïfleaux & des! 


deux Forts ; mais les Déferteurs Fran 
çois au nombre de quarante tirerentaü 
fort ; & onen pendit la moitié aux 
vergues du Vaïffleau ; les autres furent 
condamnés à être forçats de la Com- 
pagnie pendant dix ans dans le Pays, 
Le même jour on apperçüt en mer 
un grand bateau qui venoit droit à 
Penfacola ; on fe douta qu'il étoit Ef< 
pagnol : on mit le Pavillon de cette Na- 
tion ; il y fut trompé, il entra dans le 
Port, y mouilla & falua la flamme : 


mais il fut bien furpris, lorfque le. 


Grand Diable, qui nous appartenoit 
alors, lallongea , & ne répondit à fon 
Salut que par une décharge de mouf- 
queterie & par des cris de, Vive le 
Roi de France. Le Capitaine fe rendit, 
après avoir laiffé tomber dans la mer 
une boëte de plomb ; un Soldat qui le 
vit fe jetta à la mer & rapporta la boë= 
te. On y trouva une Lettre du Gous 


verneur de la Havane à celui de Pen 
{acola, par laquelle il lui marquoit, que, 


| de la Louifiane. 10% 
fe doutant point que la valeur des Ef 
| im ne les eût rendus Maîtres du 
Pays des François, & qu'ils ne les euf= 
{ent tous fait Prilonniers , il ordonnoit 
… faute de vivres deles envoyer travailler 
. Aux mines. il | 
… Ces ordres rendus publics n’adou- Demolition de 
. cirent point le fort des Prifonniers Ef- ddr 
pagnols : il fe trouva fur ce bateau 
. beaucoup de rafraïchiffemens qui firent 
… plaifiraux Vainqueurs. M. de Chame- 
bin fit démolir les deux Forts, & l’on 
ne conferva que trois ou quatre mai- 
… fons avec un Magazin ; ces maifons 
. devoient fervir aa logement de l’Ofi- 
… cer, du Corps de Garde,& du peu de 
. Soldats qu’on y laïffa ; le refte des Co- 
Jons fut tra nfporté à l’Ifle Dauphine, 
& M. de Chamelin partit pour repaf- 
fer en France. un | 
. Cette guerre de Penfacola m’a oc: 
_cafonnéune digreffion que l’on me par- 
donnera , fi l’on veut faire attention 
que je ne pourrois la pafler fous filen- 
ce, puifqu’elle eft arrivée de mon tems, 
 & pour ainfi dire fous mes yeux,& dans 
le tems que je demeurois près de la 
nouvelle Orléans ; c’étoit d’ailleurs 
| dans les commencemens que la Colonie 
SÉtablifloit dans cette grande Province 


E iv 


ro4 | Hifhire 

dont je donne ici l’Hiftoire, & que le 
Habitans de ce Pays faifoient une partie 
des troupes qui furent au Siége de ce” 
Pofte, qui efl fur le même Continent , j 
_& fi peu éloigné des limites de notre" 
terrein , que les Efpagnols entendent 
les coups de fufil que les François ti=" 
rent, lorfqu’ils les avertiffent par ce fi- 
gnal, qu’ils viennent pour traiter des! 
Marchandies, 


= 


l 


; | 
| 
; 


LE er Lo 
Z = 


de la Louifianes IO$ 


CHAPITRE VIE 


|  Calumet de Paix des Tchirimachas # 
… Leur Harangue au Commandant Gé- 
_ neral: Avarture fi finguliere. 


| À à REs avoir quitté, comme je l'ai 

dit plus haut, mon Habitation 
qui n'étoit Eélotioée de la Ville que d’u- 
ne demie lieue, je vins enfin demeurer 
à la Capitale pendant deux mois. 

J’eus occafion pendant ce féjour de 
fatisfaire ma curiolité au fujet du Calu- 
met de paix(1 1) dont j'avois beaucoup: 
_ entendu parler & à nos anciens Habitans 
François ; 3 je vais en rapporter le mo- 
tif , les cérémonies & la harangue ae 
le plis de précifion qui me fera pof- 


fible.. 


( 1) Le Calumet de Paix eft un tuyau de: 
pipe Jong, au moins d’un pied & demi ; il eft: 
garni d’une peau du col d’un Canard bran- 
chu , dont le plumage de diverfes couleurs: 
et trés-beau , & l’extrémité eft une Pipes 
Au même bout elt attaché une efpèce d’é- 
ventail de plume d’Aiglie blanc , en forme 


de quart de cercle: au “bout de chaque plu-- 


me eft une houpe de poit teint en rouge 
éclatant, Vautre bout dul tuyau eft à nud 
Pour pouvoir fumers | 


| E y 
à fé us 
/ NN , 


4 


$ 


1 


* 


106 Hifloire 
Dès avant mon arrivée à la Eoui<# 
fianne on étoit en guerre avec la Na=" 
tion des Tchitimachas , parce qu'un” 
homme de cette Nation s'étant retiré” 
dans un lieu écarté fur le bord du Fleus : 
ve S. Louis, avoit affafliné M. de S. 
Côme Miffionnaire de cette Colon- 
nie ; il defcendoit lé fleuve, & avoit: 
crû pouvoir en fureté fe retirer dans le 
cabanage de cer homme pendant la nuit 
juiqu’au lendemain. M. de Biainville 
s'en étoit pris à toute la Nation de cet 
affaffinat ; & pour ménager fon monde, | 
Pavoit fait attaquer par plufieurs peu- 
Les Tchitima- ples alliés des François ; la valeur n’eft. 
Do nr pas la plus grande qualité des Naturels, 
fafin pour  @& les Echitimachas s’en piquent en- 
pce LR core moins que les autres ; ils eurent. 
donc du defflous , & la perte de leurs 
meilleurs Guerriers les força à dernan- 
der la Paix ; le Gouverneur la leur - 
ayant accordée à condition de lui ap- 
porter la tête du meuririer, ils fatisfs- 
rent à cette condition , & vinrent pré-. 
fenter à M. de Biainville le Calumet de 
Paix, leur ayant promis de lerecevoir 
pour les François. | 
Je fçus leur arrivée & le moment 
de la cérémonie, que le Commandant 
Général avoit arnnoncé; je m'y ren-. 


de la Louifiane. 107 
dis, parce que dans ces circonftances, 
il eft à propos qu’il foit accompagné 
d’une petite Cour ; c'eft l’ufage & cela 


fait honneur au Gouverneur, Mon Ef- 


clave y vint avec moi pour voir fes 


parens ; j'en fus d'autant plus aife, que 


j'efpérois qu’elle m’expliqueroit dans 
la fuite la harangue & les cérémo- 
nies de cette. Ambaflade folémnelle : 


tout cela m'étant nouveau, je défi- 


rois n'inftruire de ce que je croyois 
en mériter la peine. 


. J’étois chez M. de Biainville,lorfqu’ils 


arrivèrent fur le Fleuve dans plufieurs 


Pirogues. (1) Ils avançoient toujours 


en chantant la chanfon du Calumet, 


qu'ils agitoient au vent , & en ca- 
dencéÿ pour annoncer leur Ambaña- 


… (x) Pirogue eft un tronc d’arbre plus ow 
moins gros, creufé en forme de Bateletz 


celles des Naturels contiennent depuis deux 


_ jufqu'à dix perfonnes ; avant qu'ils euflent 
 Pufage des haches qu'ils ont eues des Fran- 


çois , 1ls les creufoient par le moyen dufeu , 
ayant foin de garnir avec du mortier les en- : 
droits qu'ils vouloient conferver. Les F'ran- 
Gois en font auffi des très-grofles d’un feuf: 


tronc d'arbre ; il y en avoit une dans l'Ha- 


tation du Roi, qui apporta de 3oliéues {ur 
le Fleuve 50 Négres, à la vérité très-près 
les uns des autres, 

| E vj 


#o6 Hiffoire | 
de qui en étoit une effletivementé 
_compofée du Porte-parole, comme Île 
nomment ces Peuples, ou Chancelier ; 

& d’une douzaine d’autres hommes. 

Dans ces occafions ils font parés de 

ce qu’ils ont de plus beau à leur goût, 
& ne manquent jamais d’avoir en mai 
yn Chichicois, (1) pour l’agiter auft . 

en cadence. 

Il n’y avoit pas plus de cent pas 

de l'endroit où ils débarquerent, juf- 

. qu’à la cabane de M. de Biainville x 
cependant ce peu deterrein fufft pour 

Yes tenir en chemin près d’une demie- 

heure, en marchant toujours felon que 

Ja mefure & la cadence les régloient : 

is ne cefferent cette mufique que lorf- 
qu'ils furent auprès du Commandant. 

Ce fut alors que le Chef de cetteProu= 

Cérémnte du pe, qui étoit le Porte-parole, lui dit: 
Calumet de te voilà donc, & moi avec toi ? Ce : 
ie Gouverneur lui répondit fimplement 


(r) Chichicois eft une. Calebafle percée 
parles deux bouts, pour y mettre un petit 
bâton , dont un bout dépañle pour fervir de 
manche ; l'on met dedans de gros gravier. 
pour faire du bruit; au défaut de gravier, 
on y met des fêves ou hzricots fecs ; c’eft 
avec cet inftrument qu'ils battent la mefure: 
en:chantants. | 


\ 


de la Louifrane: rüq 
bar un oui. Ils s’afirent enfuite par 
terre, appuyerent leurs vifages fur leurs 
mains, le Porte-parole fans doute, 
pour fe recueillir avant de prononcer 
{a harangue, les autres pour garder 
Je filence, & tous pour reprendre ha- 
line fuivant leur coûtume. Dans cet 
intervalle, on nous avertit de ne point 
rire ni parler pendant la harargue 3 
ce qu'ils auroient regardé comme un 
grand mépris de notre part. 

Le Porte-parole , quelques momens: 
après, fe leva avec deux autres ; l’un 
 emplit de tabac la pipe du Calumet,. 
l'autre apporta du feu, le premier al- 
_ Juma la pipe; le Porte-parole fuma 
 & le préfenta après lavoir efuyé, 
à M. de Biainville pour en faire au- 
tant : le Gouverneur fuma, nous en: 
_fimes tous de même les uns après les: 
autres ; & cette Cérémorie finie, le 
Vieillard reprit le Calumet, le don- 
na à M. de Biainville afin quil le: 
gardat. Alors ce Porte-parole refta. 
 feul debout, & les autres Députés 
_ fe raflirent auprès du préfent qu'i's 

avoient apportés au Gouverneur: il 
confiftoit en peaux de Chevreuils:, 
£ en quelques autres paflées en blanc. 
Le Porte-parole étoit revêtu. d’une 


410 Hifhoire 
robe de plufieurs peaux de Caftorg 


avoir cinq quañts de large en tous fens: 
elle étoit attachée fur l'épaule droite 
& pañloit fous le bras gauche: il fe 
{erra le corps de cette robe, & com- 
mença la harangue d’unair majeftueux, 
en ces termes, & addreflant la pa 
role au Gouverneur: 
gene» Mon cœur rit de joye de me voir 
dés Tchitima- 5 devant toi, nous avons tous entendu 


(#3 


H 


al 


coufues enfemble, & qui pouvoient M 


cp 
* 


shas. » la parole de Paix que tu nous | 


» as fait porter: le cœur de toute 
» notre Nation en rit de joye Jjuf- 
» qu’à treffaillir ; les Femmes oubliant 
» à l’inftant tout ce qui s’eft pañlé , ont 
» danfé, les Enfans ont fauté comme 
» dejeunes Chevreuils, & courucom- 
» me s'ils avoient perdu le fens. Ta 
» parole ne fe perdra jamais ; nos cœurs 
» & nos oreilles en font remplis, & 


_» nos defcendans la garderont auñi 


» long-tems que l’ancienne parole du- 
» rera (1). Comme la Guerre nous 
» a rendus pauvres, nous avons été 
» contraints de chaffer pour t’appor- 
»ter de la Pelleterie, & de prépa- 
(1) C'eft ainfi que les Peuples nomment 


a Tradition, qu'ils ont grand foin de confers 
ver fans auçune altération, | 


bn + ” 
te 
es 


RP 


| de la Louifiane: f1F 

» rer les peaux avant de venir; mais 

» nos hommes n’ofoient s'éloigner à 
_ » la chafle à caufe des autres INa- 
-»tions , dans la crainte qu’elles n’euf- 
. » fent pas encore entendu ta parole, &c 
» parce qu’elles font jaloufes de nous; 
» nous ne fommes même venus qu’en 
» tremblant dans le chemin, ju'qu’à 
» ce que nous euflions vû ton vifage, 

» Que mon cœur & mes yeux font 
» contens de te voir aujourd'hui, de . 

_»te parler moi-même, à toi-même, 

» fans craindre que le vent emporte 
» nos paroles en chemin! 

» Nos Préfens font petits, mais 
» nos cœurs font grands pour obéir 

à ta parole. Quand tu parleras , tu 
» verras nos jambes courir &c fauter 

» comme celle des Cerfs, pour faire 
» cé que tu voudras. 

Ici l'Orateur ou Porte-parole fit 
une pole; puis élevant la voix, ik 
reprit avec gravité : 

» Ah que ce Soleil eft beau au- 
»jourd'hui, en comparaifon de ce 
» qu'il étoit quand tu étois fâché con- 
» tre nous ! Qu'un méchant homme eff 

dangereux ! Tu fçaisqu'un feul a tué 

» le François, dont la mort a fait tom-. 
» ber avec lui nos meilleurs Guer- 


ET Hifioire "4 
. »'riers; il ne nous refte plus que des” 
æ Vieillards, des Femmes & des En-" 
LA A f Pi 
» fans ; tu as demandé la tête du mé: 
» chant homme pour avoir la Paix 5 « 
» nous te l'avons envoyée, & voilæ « 
»le feul vieux Guerrier qui a ofé 
# Pattaquer & le tuer (1); n’en fois: 
» point furpris, il a toujours été un: 
+ vrai homme , & un vrai Guerrier = 
» il eft parent de notre Souverain, 
>» & fon cœur pleuroit jour & nuit; 
» parce que fa femme & fon enfant. 
» ne font plus depuis cette Guerre 5: 
» mais il eft content & moi aufli au- 
æ jourd’hui, parce qu'il a tué ton En- 
» nemi & le fien. Auparavant le So 
» leil étoit rouge, les chemins étoient 
» remplis de ronces & d’épines, les: 
» nuages étoient noirs , l’eau étoit trou- 
> ble & teinte de notre fang , nos: 
x Femmes pleuroïent fans cefle, nos. 
> Enfans crioient de frayeur, le gi- 
» bier fuyoit loin de nous, nos mai- 


= 


(1) C’étoit le Pere de mon Efclave qui’ 
avoit été prife dans cette guerre , & il: 
croyoit qu’elle étoit morte ainf que fa mere :. 
mon Efclave étoit avec d’autres filles & n’o- 
{oit rien dire ; j'étois à portée de pouvoir la‘M 
regarder , & je la voyois tantôt fourire-&: " 
tantôt verfer des. larmes. 


à de la Louifiane: Yr3 
# fons étoient abandonnées, & nos 
æ Champs en friche , nous avions tous. 
æ le ventre vuide, & nos os paroif 
» foient. de ; 

- » Aujourd'hui le Soleil eft chaud 
» & brillant, le Ciel eft clair, iln'y 
a plus de nuages, les chemins font 

_» nets & agréables, l’eau eft fi clai- 
» re que nous nous voyons dedans, 

# le gibier revient, nos Femmes dan- 

> fent jufqu’à oublier de manger , nos 

“> Enfans fautent comme de jeunes 

» Faons de Biche, le cœur de toute 
» la Nation rit de joye, de voir qu’au 
» jourd’hui nous marcherons par le mê: 
>» me chemin, que voustous, Fran 
.» çois ; le même Soleil nous éclaire- 
æ ra: nous n’aurons plus qu’une mé- 
> me parole, nos cœurs n’en feront 
> plus qu’un, nous mangerons enfem- 
» ble comme freres ; cela ne fera-t-il 
» pas bon, qu’en dis tu? 

À ce Difcours prononcé d’un ton 
ferme & afluré, avec toute la grace 
& la décence, j'ofe même dire, avec 

toute la majefté poffible, M. de Biain- 
ville répondit en peu de mots, en 
Langue vulgaire qu’il parloit avec fa- 
cilité ; ils les fit manger, mit en fi- 
-gne d'amitié fa main dans celle du Chan: 


" " 
, à , 1 


14 Hifloire ÿ 
celier, & les renvoya fatisfaits. “4 
nr dre _ Au fortir de cette cérémonie, je ne. 
L'Auteur eft du m'attendois guères à ce que je devois. 
D avoir le plus à craindre dans ces cire 
confiances, qui étoit de perdre mom 
Efclave, après avoir donné congé à 
mes engagés 3 cette fille me joignit 
tout de fuite , & m’«bordant avec une 
joie qu'ileft difficile d’exprimer : » C’eff 
æ mon pere, me dit-elle , qui eft l3 
» c'eft lui qui à tuéle méchant, je te 
sprie que je lui parle : je lui dis ; 
>» vas vite, & amenes-le chez moi ; je 
veux lui donner la main & lui faire um 
préfent ; elle y courut fur le champ de 
toutes fes forces; fon pere étoit extafñé 
de la joie qu’ilavoit de revoir fa fille g. 
il quitta fa compagnie & vint chez mot 
avec elle peu de tems après que'je l’eûg 
envoyée vers lui. ‘1% 
Malgré le peu de tems qu’elle mit à 
aller chercher fon pere,j’en eus de refte 
pour craindre qu’il ne la redemandit} 
& que par faveur on ne la lui rendit $ 
car c’étoit lui qui avoit tué l’affaffin du 
Miffionnaire dont le meurtre avoit ac 
cafionné la guerre, comme la mort. dæ 
coupable avoit donné lieu à la paix ÿ 
d’ailleurs la fœur aînée de mon Efcla-« 
ve étoit femme du Souverain de cetté” 


de la Louifiane. 115 
Nation. Mais cette crainte fut vaine 
heureufement pour moi, puifque fielle 
m'eût quitté, je me ferois trouvé {ur 
mOn départ pour les Natchez fans do- 
meftique, - ; 
. Son pére vint en ma maifon, je lui 
fis le meilleur accueil qu’il eût püû ef- 
pérer; cependant il lui propofa de la 
Éire racheter par fa Nation; & fielle 
y eût confenti, jé n’aurois pas été dans 
de pareilles circonftances , le maître de 
Ra garder : mais elle déclara qu’elle ne 
vouloit point me quitter. J’avois eu le 
bonheur de trouver en eile un excellent 
Sujet ; je l’avois traitée avecbeaucoup 
de douceur,elle s’étoit attachée à moi, 
& avoit perdu l'habitude de vivre &e 
d'aller prefque nue comme dans fon 
pays. Elle dit donc à fon pere qu’il 
-marchoit èn homme mort, & par fon 
grand âge , & parce que les parens 
du méchant qu il avoit tué ne manque- 
roient pas de venger fa mort par la 
 fienne, que d’ailleurs fa mere étant 
morte elle fe trouveroit fans appui, 
que j'étois fur le point d'aller m’éta- 
blir aux Natchez, & que s’il vouloit 
aller demeurer chez fes parens de cette 
Nation, elle fe trouveroit ainfi dans 
fon voifinage, & feroit en état de lui 


4 


116 : Hifhire : 

procurer tous les fecours dont ellé 
étoit capable. Le pere fentit la force 
des raifons de fa fille, & qu’elle avoit 
pris fon parti. C’eft pourquoi il lui dite. 

» C’eneft fait , je fuis trap vieux pou# 

>» refter avec toi: que pourrois-je faire 

>» pour ton Maître à préfent ? Si j'étois 

>» plus jeune, je demeureroïs chez luis 
>» jirois à la chafle & à la pêche , je fes 
> rois un champ de bled,&c tu me ver 
æ rois mourir auprès de toi; mais tu 
» m'a dit que ton Maïtre alloit bientôt 

> s’établir aux Natchez, je vais y paf 

» fer le refte de mes jours chez de mes 
>» parens qui font les tiens, & je mour: 
>» rai chez eux près de toi: tu n’asqu'à 
» appeller ton Maître , & dis lui qu'a 
» vant de partir je veux lui céder mon 
» autorité {ur toi. » 1 
: En effet j'avois dit plus d’une fois à 

cette fille, que fi elle voulait s’attacher 

à moi, je lui ferviroïs de pere; elle l’a= 

voit répété au Vieïllard, qui me céda 

£es droits fur fa fille en la plaçant entre 

nous deux , me portant la main droite: 

fur fa tête, & mettant la fienne par 

Ce Vicltard deflus ; il prononça enfuite quelques 
or paroles, qui fignifioient qu’il me la dons 
nu noit pour ma fille. Après cette cérémoss 
7 nie,&avoir pañé unehuitaine chez mois 


—_ 


#1 de la Louifiane: | AE 
il alla rejoindre ceux de fa Nation, 
qui étoient fur le point de partir, & 
D ér retourné avec eux , il fut, 
comme il l’avoit promis , demeurer 
aux Natchez, ou nous apprîmes depuis 
qu’il étoit murt peu de jours après qu’il 
kr Arrivé. - . etes | 
* Au départ du pere de mon Efclave 
nous nous trouvions tous trois aflez 
contens, & moi en particulier d’être 
afluré d’une perfomne fidéle & atta- 
chée à mes intérêts , & qui d’ailleurs 
ayant des parens aux Natchez, ne 
pourroit que m'être utile dans mon nou- 
vel établiffement , pour les Ouvrages 
les plus preffés que j'aurois à y faire par 
le moyen des Naturels ; enfin le tems 
étant propre pour mon départ je m'y 
difpofai. ; | 


CHAPITRE VIII 


Départ de l'Auteur pour les Natchez & 
Defcription de ce Voyage : Difficulté 
de convertir les Naturels : Etablifle= 
ment de l’Auteur aux Natchez, 


2. Etems de mon féjour à la nou= 
4 velle Orléans commençoit à me 
paroitre long, lorfque j’appris Parrivée 
des Neyres, Quelques jours après cette 
cette nouvelle , M. Hubert m’en ame- 
na deux bons que l’on m'avoit accordés 
par répartition : c'étoit un jeune Ne- 
gre àgé feulement de vingt ans, & fa 
femme qui étoit de même âge ;ilsne 
me revenoient enfemble qu’à treize 
cens vingt livres. 

Je partis deux jours après dans une 
moyenne Pirogue avec eux feulement, 
fur ce que mon Efclave me dit que 
nous irions même plus vite que les 
bateaux qui venoient avec nous , par= 
ce qu’elle étroit forte, qu’elle gou= 
verneroit & rameroit, Ou nageroit en 
même tems ; que pour moi qui tirois” 
bien, je n’avois qu’à emporter beaucoup. 


Lt Eli 
; } 
1 « WG 


D © dela Louilane ‘119 
de poudre & de plomb, & que je trou- 

verois plus de gibier à tuer qu’il n’en 

faudroit pour nous & pour les Frans 

gois qui remontoienc dans les bateaux? 

‘que pour réuflir à cette chafle, il fallois 

ê fervir de Pagaïes & non de rames 

qui par leur bruit font fuir le gi- 

Dier (1). . 

Je communiquai cer avis à des Voyas 

geurs qui me dirent qu’elle avoit rai- 

| je Le fuivis , je mis tous mes effets 

dans le bateau de la Compagnie, je 

me réfervai mon lit, une mallette, 

lune poile, une broche , une marmite , 

une cafferole, de la munition de bou- 

che & de chañle , & matente. F’avois 

beaucoup de poudre dans un petit baril, | 

êc je crûs que quinze livres de plomb TAuteur res 
me fuffiroient pour tout le voyage 3 ves. Lonis, 
mais l'expérience que je fisen remon- pe”, ne 
tant le fleuve m'infruifit que pour un 
Pays auffi rempli de gibier il falloit fai- 

re une plus grande provifion de plomb 

fi on vouloit s'amufer à tirer,{ans même 

aller chercher le gibier hors de la route 

que l’on tient. À peine fûmes nous ar- 


… (x) Pagaïe eft une petite rame dont on fe 
 fert pour ramer en devant, fans toucher à la 

Pirogue : les Divinités des Fleuves en tien- 
ment ordinairement une en main, 


€ 


126 Hifloire | 1 
rivés à la conceffion de M. Paris du 
Vernai, que je fus obligé d’en em 
prunter quinze autres livres,prévoyants 
par la quantité que j’en avois ufé de= 
puis vingt-huit lieues, que je n’en au= 
rois point trop d’en prendre encore aux 
tant. En conféquence de ce que j'avois 
éprouvé, je ménageois ma provifion! 
que je regardoïis comme très petite,& 
je ne tirois alors que ce qui pouvoit 
être propre à nos repas» comme Cas 
nards fauvages , Canards branchus 3 
Cercelles, Becfcies & femblables. Je 
voulus tuer entrautres un Carancro 
pour pouvoir l'examiner de plus près 
que je n’avoisencore pü faire ; je le ti- 
rai à balle de même que les Outardes % 
les Grues & les Flamans (1) ; je tirois 
auñli fort fouvent de jeunes Crocodiless 
dont la queue donnoit aux Efclaves de: 
quoi faire de friands repas, de même 
qu'aux François & Canadiens rameurs, 
quoique d’ailieurs mes Efclaves ayant 
la garde du gibier,ne s’en laifloient pas 
manquer. 

Ces Crododiles me font revenir li 
dée d’un monftrueux de cette efpece 


(1) Je parlerai de ces Oifeaux dañss la Def 
cription que je donnerai en fon lieu des Ois 
feaux de la Louifiane. 


, que 


fé de la Louifiane. 125 
Mae je tuai dansce voyage. Mon Efcla- 
ve l’apperçut(r)la premiere, il fe chauf- 
_foit au Soleil fur le bord du Fleuve àdix 
pieds environ plus haut que la furface de 
l’eau ; nous voguions près de la terre, 
& fi la peur leur fait précipiter dans 
Veau, nous avions jufte fujet de crain- 
dre qu’étant vis-à-vis denous , fa mafle 
énorme ne nous eût fait tourner & peut 
être noyer , fur-tout dans un Fleuve 
auf profond qu’eft celui-là. Après ces 
réflexions que j'eus bientôt faites, on 
arrêta fans bruit, je coulai une balle fur 
mon plomb, je ne voyois que fa tête & L’Auteur tne 
mon Le étoit affez gros : je le vifai a au 
Vœil, & de fuite après mon coup illong, a 
ouvrit fa gueule qui auroit englouti un 
‘ demi muid, la referma à l’inftant & ne 
fit plus aucun mouvement. 
… Je mis à terre un peu au deffous pour 
Pachever en cas qu'il eût encore don- 
mé quelques fignes de vie, maïs je le 
“trouvairoide mort. Les bateaux arri- 
verent dans cet intervalle ; M. de Me- 
“ham qui en commandoit un, voulut le 
mefurer , fa longueur fe trouva de dix- 
neuf pieds, fa têce de trois pieds & 


(1) Les Naturels ont toujours les yeux aler= 
tes , par l'habitude qu'ils ont d’etre fur leurs 
gardes dans les bois & dans leurs voyages, 

Tome I. i 


fon odeur mufquée. M. de Meham me“ 
dit que deux ou trois ans auparaw 
vant, ilenavoit tué un de vingt-deux! 
pieds de long. Quand j’aurois été ins 
crédule à ce fujet, je n’aurois pu V’é= 
tre en cette occurrence: d’ailleurs Je 
Pavois appris par des témoins oculairessl 
Au refte on peut s'imaginef que c'és 
toit un très-vilain Lézard aquatique ê& 
un monftre affreux (1). 1 
A près plufieurs jours de navigation 
nous arrivames à Tonicas le lende= 
main de Noël ; nous n'avions point ef= 
rendu la Meffe depuis notre départs 
faute de Prêtres qui n'étoient point 
communs dans cette Province : nou 
entendimes ce jour-là celle de M: d'Ar 
vion des Mifions Etrangeres. fl nou 
fit beaucoup de carefles, & nous reçu 

… grandement ; fa bonne réception & le 
_#ollicitations nous furent une occafioi 


d’y pañer le refte des Fêtes. Je mi 


_ (1) On verra la defcription du Crocodi 
pa fon lieus | 


de la Louifiané: T2 
#ormai à lui-même fi fon grand zéle 
pour le falut des Maturels faifoit beau- | 
coup de progrès; il me répondit pref- Me me 
que la larme à l’œil, que nonobftant le Rares de té 
profond refpeét que ces Peuples lui Louifiane. 
portoient, à grande peine pouvoit-il 
obtenir de batifer quelques enfans à 
Particle de la mort , que ceux que 
_ étoient en âge de raifon s’exculoient 
-d'embrafer notre fainte Religion, fur 
_ce qu'ils difoient être trop vieux pour 
s’accoutumer a s'aflujettir à des régles 
fi difficiles à obferver ; que le Prince ( 1) 
depuis qu’il avoit tué le Médecin qui 
traitoit fon fils unique dela maladie 
dont il étoit mort, avoit faitré{olution 
. de jeûner tous les vendredis de fa vie , 
fur les vifs reproches qu'il lui avoit 
faits de fon inhumanité. Ce grand Chef 
ne manquoit pas à la priere que M. d'A- 
vion faifoit foir & matin, les femmes 
& les enfans y affiftoient aflez régulié- 
rement, mais les hommes qui n’y ve= 


/ 


. (1) Les Princes fouverains de ces Nations 
fe nomment grands Chefs. Ainf que l’on 
me foit point furpris fi l’on fe fert dans cette 
Eliftoire de ce mot pour exprimer le nom de 
Celui qui les gouverne ; c’eft l’interpréta- 
“tion que l’on a donnée au terme qui dénote 
celui qui a en main la fouveraine Puiffance. 


11 


24 Hijtoire “4 
noïent pas fouvent , prenoient plus de 
plaifir à fonner la cloche ; du refte ils. 
ne laiffoient manquer d'aucune chofe ce 
zélé Pafteur, & lui fournifloient touts 
ce qu'il témoignoit lui faire quelques 
plaifir. 
/ 


Nous étions encore éloignés de vingt= 


Û 


cinq lieues du terme de notre VOyages 
qui étoit le Canton des Natchez. Nous”, 
partimes des Tonicas pour achever 
notre route, furlaquelle nous ne vimes 
rien qui puifle intéreffer le Lecteur, fi 
ce n’eft plufieurs Ecores qui tiennenë 
enfemble : ily a entrautres celui que 
l’on nomme l'Ecore Blanc, parce qu’on 
y trouve plufieurs veines de terre blansi 
che, grafle & très-fine, avec laquellen 
j’ai vû faire de très-belle poterie. Sur lé 
même Ecore on voit des veines d’ocren 
que les Natchez venoient prendre pouf 
 barbouiller leur poterie, qui étoit afeZ" 
jolie ; lorfqu'etle étoit enduite d’ocresn 
elle devenoit rouge après fa cuiflon. M 
Nous arrivâmes enfin aux Natchegs 
après avoir fait quatre-vingt lieues 
Nous mîmes à terre au débarquement” 
qui eft au pied d’un Ecore quia de 

| cens pieds de haut, fur la cime duqué j 
Débarquement eft conftruit le Fort Rofalie, ‘entoufé 


du Pofte des : | 
Narchezs  (eUlement de pieux en terre 3 Vers 


de La Louifiane. | Foi 


OCR fs FAR 
. Milieu eñ montant on trouve le maga- 
fin vers quelques maifons d’Habitans ; 
qui s’y font établis, parce que la mon- 


tée n’eft plus froide en cet endroit: c’eft: 


 auffi pour la même raifon qu’on y a 


_conftruit le Magafin. Lorfque lon eft 


au plus haut de cet Ecore, on découvre 


_ tout le Pays qui n’eft qu’une belle & 


grande plaine entre-coupée de petites 


_monticules , fur lefquellés les Habitans 


avoient bâti & formé leurs Habitationsz 
le coup d'œil en étoit charmant, 

* Quoique cette grande côte foit fur 
le bord du Fleuve, Peau du Fort & 
toute celle qui tombe fur le haut de 


certe Côte par les pluies, va fe rendre 


à une lieue plus bas dans une petite ri- 
viére, qui fe jette dans le fleuve à qua= 
tre lisues du Fort ; ce qui me parut 
aflez extraordinaire. 
En arrivant aux Natchez je fus très- 
bien reçu chez M. dela Loire de Fiau- 
court Garde Magazin de ce Pofte; it 
tious régala de gibier qui abonde en: 
cet endroit. Ds le lendemain j achetai 
une maïfon près du Fort pour loger 
M. Hubert & fa famille en arrivant. 


jufqu'a ce qu’il eût bâti fur fon Habi.- 


Il m'avoit aufli prié de choifir deux 
F ii} 


Habitation de 


EPA uteur, 


LT 


x 26  Hifhoire 


terreins commodes pour former deux 


| 


Habitations confidérables,dont une de- 


voit être pour la Compagnie & l’autre 


pour lui. J’y fus dès le fur-lendemain 


de monarrivée avec un ancien pour me 
conduire & m'indiquer les endroits, 
pour en même tems choifir un terrein 
pour moi; je le trouvai dès le même 
jour, parce qu’il eft plus facile de choi- 
fir pour foi que pour les autres. 

Je trouvai fur le grand chemin du 
principal village des Natchez au Fort, 
à mille pas de ce dernier, une cabane 


de Naturels fur le bord du chemin, en-. 


tourée d’un terrein défriché;j’achetai le 


tout par le moyen d’un Interprête.Je fis 


cette acquifition avec d’autant plus de 


plaifir, que j'avois fur le champ de quot . 


me loger avec mes gens & mes effets 5 


le champ défriché étoit d’environ fix. 


arpens pour faire un jardin & planter du 


tabac, qui étoit alors la feule denrée: 


qui occupâtles Habitans, L'eau étoit 


a e 3 ° d’ 
toit excellent, J'avois d'une part un 


près de ma cabane & tout mon terrein « 


côteau en pente douce ; boifé & fouré 
de cannes qui viennent toujours dans 


étoit une futaye de Noyers blancs de 


_les terreinslesplus gras ; derriere étoit 
une grande prairie, & de l’autre côté 


PE) 
A 


di 


1 
#4 


| de la Louifiane. 127 
plus de cens cinquante arpens, avec 
de l’herbe deflous jufqu'au genouil. 
Fout ce terreinétoit généralement bon, 
la terre noire & légere ; il contenoiten 
tous quatre cens arpens d'une melure 
plus grande que celle de Paris. 
Je pris les deux autres terreins 
que M. Hubert m’avoit chargé de 
lui chercher, fur le bord de la petite 
riviere des Natchez, chacun à demie 
lieue du grand village de cette Na- 
tion , à une lieue du Fort, & mon ter- 
rein {e trouvoit au milieu de ces deux 
 Habications & du Fort, &bornoitles 
… deux autres, Je fus enfuite me loger 
fur mon terrein dans la cabanne que 
Javois achetée du Naturel, je mis mes 
gens dans une autre qu’ils fe firent à 
côté de la mienne, de forte que je me 
trouvai logé à pèu-près comme nos 
Bucherons en France, lorfqu’ils tra- 
 vaillent dans les bois. 
_ À peine fus-je inftallé fur mon Ha- 
bitation je fus voir avec l’Interprête 
les autres Champs que les Naturels 
-avoient défrichésfur mon terrein; je 
les achetai tous à la réferve d’un feul 
.que le Naturel ne voulut jamais me 
vendre: il étoit fitué de façon à me 
convenir , jenavoisenvie , & je lui aus 
F iv 


‘28 Hifloire 


rois payé bien plus cher, mais il me fut 


impofhble de le faire confentir à ma vo- 
lonté. Il me fit dire que fans le ven- 
dre, il me l’abandonneroit aufli-tôt 
que j’aurois étendu mon défriché juf- 
qu’auprès du fien, au lieu qu’en reftant. 
auprès de moi fur fon terrein, je le 


trouverois toujours prêt à me rendre 


fervice , & qu'il iroita la chafle & à la 
pêche pour moi. | 
Cette réponfe me fatisfit , parce 


qu'il m’auroit fallu plus de vingt Né-. 


gres avant que j'eufle pû l’approcher 3 
on m’aflura d’ailleurs qu’il étoit hon- 


nête homme; & bien loin d'avoir ew. 


occafion de me plaindre de fon voifina- 
ge, j'enai eu au contraire toute forte 
de fatisfaction. | 


Rs 


D CHAPITRE: IX. 


 L'Aureur ef} attaqué d’uné Stciatique x 
Entretiens [ur deux Points d’Aftro= 
nomie : L’ Auteur eff guéri par ur: 
Médecin Naturel. 


] L n’y avoit pas encore fix moisque. 
L je demeurois aux Natchez, que je 
reflentis des douleurs à une cuifle ; ce 
qui ne m'empéchoit cependant point 
d'agir aflez facilement à mes affaires. 
J'en parlai au Chirurgien Major qui 
m'en fit craindre les fuites. pour les. 
éviter ,il me dit qu’il falloit me faigner 
& que l’humeur fe détourneroit. La. 
chofe arriva comme il l’avoic dit, mais: 
lhumeur fe jetta fur l’autre cuifle, &. 
s’y fixa avec tant de violence , que. je 
ne pouvois plus marcher qu'avec des- 
douleurs extrêmes. Je fis confulter les: 
Medecins & Chirurgiens de la. nou- 1’Auteur cyn2 
 velle Orléans , qui me confeillerent de qe 2. pu 
prendre des bains aromatiques ; & que en fe fa 
s'ils étoient inutiles il falloit repañler.en Sciatique. 
France pour y prendre les eaux & m'y 
baigner. Cette réponfe me fatisfit d’aue. 
Fy 


130 Hifhoire : 


tant moins queje n’étois point pour cex ; 
la afluré de ma guérifon, & que ma fi- w 


tuation préfente ne me permettoit point 
de repañler en France. Je crois que cet- 
te miférable maladie provenoit en par- 


tie de la pluie que j'eus fur le corps’ 


pendant prefque tout notre voyage, 
& que ce pouvoit être auf quelque 


fruit de la guerre & des fatigues que 


-Javois effuyées dans plufieurs campa- 
gnes que j'avois faites en Allemagne. 

Comme je ne pouvois fortir de ma 
bicoque , plufieurs honnêtes gens du: 
voifinage avoient la bonté de venir de 
tems en tems me tenir compagnie; j’a- 
vois déja quelques bons voifins, puif- 
que le jour de notre arrivée qui étoit le 
$ Janvier 1720, nous nous trouvâ- 
mes au moins douze à table chez M. 
de Flaucourt, chez lequel nous fimes 

es Rois. 

Du nombre de ces charitables voi- 
fins étoit le R. P. de Ville ; ce digne 
Religieux étoit plein d’érudition, il 
étoit membre d’une Société qui a pro- 


duit un fi grand nombre de Sçavans, : 


que fa Science ne fut point pour moi un 


fujet d’étonnement. Ii m'honora fou- 


vent de fes vifites, & je profitai de mon 


mieux des vives lumieres qu'il répan= w 


LE 
el Épr 


: FT & 
a l'A f 
+ 


# _ de la Louifiane. Î3r 
doit dans nos converfations : il at- 
. tendoit que la glace qui alloit venir 
du Nord fût païlée pour monter aux 
-Tlinois ; cette relâche me procurabeau- 
coup de fatisfaction , elle adoucit l’en- 
-nui inféparable de la folitudé où ma 
maladie me retenoit, & le chagrin 
. que me donnoit l’évafñon de mes deux 
D. 
… Dans ces entretiens que nous avions 
“enfemble fur toute forte de fujets, & 
dans lefquels je me faifois un devoir 
d'écouter beaucoup , & de faire plus 
de queftions que de donner des dé- 
_cifions, nous tombâmes un jour fur les: 
fyftêmes du Monde. Le R.P. de Ville, 
qui fçavoit que j'avois fait mon Cours: 
de Mathématiques, m'interrogea à fon 
tour, & voulut fçavoir mon fentiment 
fur cette queftion : Comment peut - on 
accorder le fyflême de MM, de V Ara- 
démie Koyale des Sciences avec lE- 
criture Sainte ? æ Ces MM., conti< 
»nua-t-il , prétendent que le Soleil eft 
» au centre du Monde, & que la Terre 
» & les autres Planétes tournent au- 
“tour du. Soleil ; le fyftême au con- 
sitraire de l'Ecriture dit , que la Terre 
»“ellllau centre, & que le Soleil & 
les autres Planétes tournent autour 


F v] 


Li 
M < 


Ç 
s) 
à 


132 Hifhoire 
» de la Terre ; de quelle maniere petis. 
» fez-vous que l’on peut concilier ces 
» deux fvftêmes qui paroiflent fi op=" 
» pofés ? » Je lui. dis que jele priois 
de prêter attention à une idée qui me 
venoit, & qui pourroit donner quelque 
Accord des éclaircifflement à fa propofition. » On 
qeux Dfèmes » ne peut douter , lui dis-je, que l’'U- 
tions du Soleil » nivers ne foit une Machine , dont 
& de la Terre, » toutes les Parties font intimement. 
» liées les unes aux autres; & il eft 
» inutile dans l’occafion préfente de fe 
» défendre , comme quelques-uns ;: 
» en difant que Dieu parloit aux hom- 
» mes felon leur maniere de penfer s, 
» difons donc plutôt, que Dieu étant 
» l’Auteur de cette Machine, il en. 
», connoifloit parfaitement toutes les. 
» parties, & le Méchanifme, & qu'il 
» in pira à Jofué d'arrêter la Machi- 
» ne du Monde, par fon premier mo- 
p bile : c’eft-à-dire que le Soleil étant. 
» au centre du Monde & tournant fur 
» lui-même, donnoit le mouvement à 
» toutes les parties de l'Univers ; or il 
-» eft de la prudence d’un fage & fçavant. 
2 Méchanicien d'arrêter fa machine par 
+ le premier mobile plutôt que par une. 
x pléce éloignée, qui doit avoir un 
» mouvement beaucoup plus rapide: 


»' 


Rd 


ñ de la Eouifiane: ‘ 733% 
> ainfi Jofué ordonnant au Soleil de: 
-» s'arrêter , ordonnoit à toute la Ma- 
.» chine du Monde de fufpendre for 
> mouvement; & ilfuivoit en ce point 
… »lordre de la Méchanique; ainfi il pa 
… »roïtquele fyftéme de l’Académie n’eft 
» point contraire aux Livres faints ». 
Le P. de Ville me dit qu’il n’avoit ja-. 
mais [à ni entendu dire ce que.je venois: 
de lui dire ; mais que mes raifons lui pa- 
_roifloient juftes, & d’autant plus fa- 
 tisfaifantes , que par ce moyen l’on 
pouvoir accorder les deux fyflêmes ; 
n’y ayant plus rien dans l’un qui re- 
_ pugnât à l’autre. Depuis mon retour: 
en France, j’eus occafion étant à Fon- 
tenai-le-Comte en Poitou , d’en par= 
ler en 1747 aux RR, PP. Roufleau &. 
agras , anciens Profefleurs de Phi- 
. lofophie, qui parurent fatisfaits de ma. 
façon de réfoudre cette difficulté. 
… Le P. de Ville revint peu de jours. 
“après, @& me dit que notre derniere: 
… converfation lui avoit occafionné plu- 
- fieursréflexions À ftronomiques;qu'el- 
Je l’avoit jetté entr’autres {ur l’éloigne-- 
ment que l’on donne ordinairement de: 
la Terre au Soleil, que l’on dit étre 
de trente millions de lieues ; que cette: 
 diffance étant immenfe, elle rendeis 


De {a diftance 
de la Terre au 
poleile 


34 0 HN 
inconcevable la diftance des autres 


… 


à 


. 1h 
L: | 
\ ] 
CNY, 


FX 


{ 
S 


Planétes à la Terre; & me pria de 


lui dire mon fentiment à ce fujet. 


Je lui répondis que je n’étois point 


1 4 j 
4 
a 


Aftronome ; que cependant j'allois lui 
obéir , & lui faire part de mes réfle 


xions, depuis ma folitude involontaire, 


» Je ne crois pas, lui dis-je, que 


» la Terre foit à beaucoup près fi éloi-. 
» gnée du Soleil que l’on veut nous. 


» le faire croire. Je ne prétens-pas 
» vous faire un jufte calcul de la dif- 
» tance que je donnerois de la Terre: 


» au Soleil, fuivant mon idée ; mais: 
> feulement vous faire comprendre à: 


æ peu près en deux mots la grande 
» différence de l’éloignement qu’on lui. 
> donne ordinairement, de celui que 


> je préfume qu’on doit lui donner. 


» Pour connoître cet éloignement, il 


2 n'y auroit qu’à multiplier la circon- 


» férence de la Terre par trois cent 
» foixante-cinq jours & quart, un peu. 


»> moins qu’elle eft à faire {a révolu- 


» tion annuelle , & pour lors Îe raïon 


>» de fon Orbite fera la diftance qui fe 


» trouve entr’elle & le Soleil. Le R.. 
P. de Ville me dit que je lui ouvrois 


les veux fur le moyen de connoitre : 


la vraye diftance de la Terre au So- 
Jeil. 


ss 


nt 
16e 


# de la Louifiare: 3 


- Cependant mon mel ne diminuoit 


Je pris la réfolution de me fervir à cet 


que l’on m'indiqua, & qui me dit qu'il 
me guériroit en fuçant l’endroit de ma 
douleur. Il me fit quelques fcarifica- 
tions avec un éclat tranchant de cail- 
lou, toutes de la grandeur d’un coup 
de lancette , & difpofées de façon qu'il 


pouvoit les fuçer toutes à la fois; ce 
qu'il fit en me caufant des douleurs. 
extrêmes ; il fe repofoit de tems à autre: 


apparmement pour me faire valoir fon: 
“travail, & me tint ainfi l'efpace de 
demie heure. Je lui fis donner à man- 
LE .0. 14 CE \ 3 . / 

ger & le renvoyai après lavoir payé, 


Jufage étant trop bien établi dans tous 


“pays de payer ceux qui traitent les ma= 
…ladies, quoi qu'il en puifle arriver. 

… Le lendemain je me fentis un peu: 
loulagé ; je fas me promener dans mon: 
“champ ; on me donna confeil dans ma: 
“promenade de me mettre entre les 
mains des Médecins Natchez, que l’on 
4 (1)' Jongleur eft parmi les Naturels un: 
… Chirurgien, Devin, & même Sorcier felon: 

le Vulgaires. 


poinc , ,& plus il fe prolongeoit, plus 
j'en apprehendois de fâcheufes fuites. 


effet d’un Chirurgien ou Jongleur (1), 


L’Auteur fé 
fait traiter de- 
fa Sciatique 
par un Jon» 
gleure 


F3 6 Hire ? 
me ditavoir beaucoup de fcience > 
qui faifoient des cures qui tenoient dus 
miracle: on m’en cita plufieurs exem= 
ples qui me furent confirmés pär des! 
perfonnes dignes de foi. 

Que n’aurois-je point fait pour ma 
guérifon: © Entre les mains de qui ne: 
me ferois-je point mis, vû les dou 
leurs que je reflentois ? Le reméde: 
d’ailleurs étoit très-fimple felon lex= 
plication que l’on m'en fit ; il.ne s’a- 
gifloit que d’un cataplafme ; on l’ap- 
pliqua fur la partie fouffrante, & au 
bouc de huit jours je fus en état d’al- 
ler au Fort. Je fus parfaitement guéri 
puifque depuis ce tems je ne m'en fuis: 

nullement reflenti, Quelle fatisfaction 
pour un jeune homme qui fe trouvé: 
en pleine fanté après avoir été con- 

| , traint de garder la maifon l’efpace de” 

LAutèur gué-Quatre mois & demi , fans avoir pü: 

rit de fa Sci” fortir un inftant! Mes amis que j’al« 

tique : fon Né-.-. ! : Fe HN | 
gremewr. LOIS remercier, m'en féliciterent, &° 
j'étois aufli joyeux que peut l'être un: 
Maitre qui vient de perdre un bon. 

Nécre.. 

Mon Négre venoit de mourir d’une 
fluxion de poitrine, qu’il avoit.attra- 
pée dans fa fuite pendant ma maladies, 
ja jeunefle &. fon défaut d'expérience: 


f Le la Louifiane. 127 
Mi firent faire cette folie, efpérant de 
“pouvoir vivre dans Îles Dos ; mais ik 
“trouva des Tonicas (1), Nation Amé- 
ricaine à vingt lieues des Natchez; ils 
lemmenerent à leur Village: mon E£ 
clave & fa femme furent rernis entre 
les mains d’un François,chez lequel ils 
travaillerent , &c par ce moyen gagne- 
rent bien leur vie. M. de Montplaifir 
qui venoit aux Natchez me fit la gra- 
(ce de payer leurs vivres, en donna 
une décharge, & me les amena, dont 
je lui eus grande obligation. 

à M. de Montplaiir étoit fans con- 
redit un des plus aimables Cavaliers 
de la Colonie; tout le Monde lui ren- 
Joit cette juflice; la Compagnie l’a- 
poit fait venir de Clerac en Gaico- 
one, pour répir fon Habitation aux 
Natchez , y faire cultiver du Tabac 
& montrer aux Habitans à le fabri- 
quer , la Compagnie ayant appris que 
ÉPole en produifoit d’excellent .. 
que les Habitans de Clerac en pof- 
Hédoient parfaitement la culture & 
la maniere de le bien façonner. 


Ë Le 1) Les Tonicas ont toujours été amis des 
L François. 


Bornes de la 
Louifianee 


CHAPITRE X. 


Deftription Géographique de la Eouis 
Jiane : Climat de cette Province. 


| C: Omme je n'écris que les chofes 
dont je fuis témoin, ou que j'ai 
appriles par mes découvertes & mes 
expériences, je tâche de les rappor- 
ter dans leur tems: ainfi il étoit né 
ceffaire que je fûfle établi dans le 
Pays, avant d’en donner une con- 
noïfflance aufli exacte que je voulois 
que füt la Defcription Géographique 
particuliere & détaillée de la Loui- 
fiane, Qu’on re foit donc point fur- 
pris, fi je ne lai point mife plürôr 
dans le Corps de cette Hifioire. 

La Louifiane fituée dans la partie 
Septentrionale de l'A mérique, eft bor- 
née au Midi par le Golfe du Mexi- 
que, au Levant par la Caroline, Co- 
lonie Angloife, & partie du Canada. 
au Couchant par le nouveau Mexi- 
que, au Nord en partie par le Cas 
nada : le refte n’a point de bornes ; 
& s'étend juiqu’aux Terres inconnue 


Occident 


270 


2680 


——— 


288 


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pus 7 dan la Carte 
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Cette belle Riviere ë EMepr CCI (el 


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Le >agb a ZT de la/Aontan. 
: qui fut donnée un J'eur agp d 2 st 


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Colonie Française 


avec le Cours du Fleuve S'Louis, 
les Riveres Adjacentes, 
Les Ntons des Naturels ls Btablissemr 
et les Mines. | 
Par lAukur de l'Histoire 
de cette Province - 


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4 dr 
“._ de La Louifiane. 139 


[LS nes de la Baye de Hud{on. On 


donne environ deux cent lieues 


# | :. x Climat de (a 
Climat de la Louifiane varie 4j gane, 


que l’on en peut dire en général, 
P que fa partie Méridionale n’eft 
brûlante comme celles de PA fri- 
, qui font fous la même latitude, 
ue fes parties Septentrionales font 
S froides que celles de l'Europe, 
eur correfpondent. La nouvelle 
ans qui eft par les 30 degrés , 
à que la côte la plus au Nord 


A“ 1 CE ? e 
MNatchez où j'ai demeuré huit ans, 


UE 


Bonté de ce 
Climat pour Îa 
AATÉe 


#40 Hifloire 6 
dante. J’attribue à deux caufes'e t 
différence de climat d’avec V’A friqu 
& l’Europe; la premiere eft la quäf 
tité de Bois quoi qu’épars, qui cou 
vrent le Pays, & le grand nombf 
de Rivieres ; les uns empêchent qu 
le Soleil n’échauffe la terre, & le 
autres répandent une grande humidi. 
té: de plus la continuité des terre 
qui s'étendent vers le Nord; d'onñi 
fuit que les Vents qui en viennen 
font beaucoup plus froids que sil 
avoient en chemin traverfé les Mers 
car on fçait que fur la Mer, lair nef 
jamais fi chaud ni fi froid que fur" 
Terre; ceft ce que l’on peut vérifie 
fur tous les Pays dont on connoît el 
climat & la pofition, | 4 
Ainfi on ne doit pas être furpri 
que dans la Louifiane Méridionale ul 
vent de Nord oblige en été de s’h& 
biller!, ni qu’en hyver un vent de Mi. 
di permette de fe découvrir. Dan: 
un tems la féchereffe du vent, & dan: 
l’autre la proximité de la Ligne, er 
font les caufes naturelles. 4 
On pañle peu de jours à la Loui: 
fiane fans voir le Soleil ; ce n’eft que 
par orage quil y pleut ; le mauvais 
tems n'y dure point, & une demis 


” 
T7 
ES 


_ dela Louifiane. t4t 
re après il ny paroït plus : mais 
$ rofées font très-abondantes , & reme 
acent avantageufement les pluyes. 

Ainfi lon croira fans peine que 
r y eft parfaitement bon; le Sang 
eft beau ; les hommes s’y portent 
ien, peu de maladies dans Îa force 
e l’âge, point de caducité dans la 
ieillefle, que l’on poufle beaucoup 
lus loin qu’en France. La vie eft lon- 


les © 


sw 

Ce Pays eft fort arro“é , mais bien 
lus en des endroits qu’en d’autres. Le 
leuve S. Louis partage cette Colo- 
ie du Nord au Sud en deux parties 
refque égales. Les premiers qui en 
firent la découverte par le Canada, de 
nommerent de Colbert , pour faire hon- 
neur à ce grand Miniftre , qui étoit 
pour lors en place; il eft nommé par 


quelques Sauvages du Nord Meaét- 


Pere des Rivieres , d’où les François qui 
veulent toujours frangçifer les mots 
étrangers , ont fait celui de Miffiffipis 
d'autres Naturels, fur-tout vers le bas 
du Fleuve, le nomment Balbancha : 
enfin les François en dernger lieu l'ont 
nommé Fleuye S, Louis. 


Chaffpi, qui fignifie à la lettre vieux 


Du Fleuve Si - 


Louis, 


| 145 Hifhoire Fi 
: ti de te Plufieurs Voyageurs ont tehté int 
__ *.  tilement d'aller à fa fource, qui 
néanmoins connue , quoiqu’en difer 

quelques Auteurs mal informés ; voi 

ce qui eft de plus certain fur la foute 

de ce grand Fleuve de Amérique Sy 
tentrionale. 1 

M. de Charleville, Canadien & pi 

rent de M. de Biainville, Commap 

dant Géneral de cette Colonie, m' 

dit que dans le temsde l’établiffemer 

” des François, la curiofité feulement* 

voit engagé à remonter ce Fleuve ju 

qu’à fa fource ; que pour faire ce voy 

ge , il avoit armé un Canot d’écorced 

Bouleau, pour pouvoir plus facile 

ment le tranfporter en cas de befoir 

Etant ainfi parti avec deux Canadien 

Saut S. Ans & deux Naturels, des marchandifes 
des des munitions de guerre & de bou 
che , il remonta le Fleuve trois ceñs 

lieues vers le Nord , au-deffus des Il! 

linois : il fe trouva en cet endroit 4 

Sault que lon nomme de S. Antoine 

Ce Sault eft un rocher plat qui travel 

fe le Fleuve, & lui donne une chuüte 

de huit à dix pieds de haut feulement 


(1), il fit le portage de fon Canot & 
(1) Dans le Journal GŒconomique, Sep: 


fembre 1751, page 135. ligne 1, au-deflous; 


de la Louifrane: 14% 

fes effets ; s'étant enfuite rembar- 
1é au-deflus de ce Sault, il continua 
“remonter ce Fleuve encore cent 
dues vers le Nord, où il trouva des 
houx en chafle (x). 
. Ce Voyageur avoit un air de can- 
eur qui le faifoit aimer des Naturels, 
fi bien que des François , & fa pro- 
ité le faifoit encore plus eftimer lorf- 
“il étoit connu. [Il avoit beaucoup 
oyagé parmi les Nations du Canada, 
c{e faifoit parfaitement entendre par 
pnes : par le moyen de ce talent & 
es Langues qu'il fçavoit, il auroit pù 
voyager chez toutes les Nations des 
Naturels de l'Amérique. 

Les Sioux péu accoutumés à voir M. de Charle- 
des Européens, furent très-furpris de Mate: 
“e voir , & lui demanderent où il al- lieues 
toit ; 1l leur fit quelques petits pré- 
lens , & leur fit entendre que fon in- « 
tention étoit de remonter jufqu’a la 
lource du grand Fleuve. Les Sauva- 
es font naturellement portés à cher- 


hfezau-deflus, ibid. page 139. fept à huit toi- 

fes, lifez huit à dix piede. fi 
. (r) Les Sioux habitent à quelque diftance 

du Fleuve , & cent lieues plus haut que le 

Sault S. Antoine. Quelques-uns difent que 

Gette Nation habite Les deux cOtés du Fleuves 


Li 


44 Hifloire 


Sur ces éclairciflemens on peut afsi 


cher des pays meilleurs que ceux qu 
habitent, & connoiïffent les prodit 
tions de tous les climats, parce@| 
les voyages ne leur coûtent rien 34 
n’ont garde de s'établir dans des co 
trées dont le Sol n’eft pas fertile ,M 
où le gibier n’eft pas abondant; au 
les Sioux connoïffent certainement 
terres qui font plus éloignées. Ceu 
ci donc dirent à M. de Charlevill 
» Où veux-tu aller ? Ce pays eft tré 
» mauvais ; tu auras grande peine 
> trouver du gibier pour vivre ; À 
> a très-loin , puifque nous compto 
æ qu'il y a ue loin de la fourcet 
> cette grande Riviere jufqu'à le 
» droit où elle faute, que de cet € 
» droit jufqu’à la grande Eau. » (1 


rer que ce Fleuve doit avoir quim 
À feize cens lieues de fa fource à fe 
embouchure , puifqu'il y a huit ce 
lieues du Sault $. Antoine à la Me 
Cette conjecture eft d’autant plus pt 
bable , que loin dans lesterres du Not 
il fe jette dans ce Fleuve quantité € 
Rivieres d’un cours aflez long ; qi 
mên 

(1) C'eft ainfi que ces Peuples nomme 
la Mer: | 


F de la Louifiane: r4$ 
fnême au-deffus du Sault S. Antoine , 
on trouve dans ce Fleuve jufqu’à trente j 
& trente-cinq brafles d’eau » & de la Me nu, 
largeur à proportion , ce qui ne peut ve S. Louis ; 
venir d’une fource peu éloignée ; je SePuis fa four> 
puis ajoûter que toutes les Nations des Mer? 
Naturels , qui l'ont appris de ceux qui : 
Ont le moins éloignés de la fource j 
penfent de même à cet épard. On peut 
Honc à préfent ftatuer fur la longueur 
Ne la Louifiane , puifque l'ontient déjà 
kize cens lieues du Fleuve S, Louis: 
Îl eft aifé de comprendre par tout 
€ que je viens de dire, pourquoi on 


Wau contraire on donne le nom de 
lviere aux eaux de fource > qui per- 
ent leurs noms en même tems qu’elles 
: perdent dans le Fleuve. 

Reprenons ce Fleuve depuis fa four: 
= juiqu'à la Mer. Quoique M. de 
barleville n'ait point vû la fource du 
leuve S. Louis , il apprit qu’un bon 
ombre de Rivicres y conduifoient 

Tome I, 


€46 Hifioire 0 

leurs eaux ; il en a vües même au-def 

{us du Sault S. Antoine , qui avoien 

plus de cent lieues de cours , & qui 

venoient des deux côtés fe rendre dans: 

ce Fleuve ; il n’en fçavoit point le 

nom, ainfi je ne parlerai que de: 

celles qui fontau-deffous du Sault S. 

Antoine , & qui font connues.  N 

Il eft bon d’obferver qu’en defcens 

dantle Fleuve depuis le Sault S. An- 

toine, la droite fe trouve à l’'Oueft 

(ou Couchant}), & la gauche à l'Efl 
(ouLevant). La premiere Riviere qu'on 

ii trouve depuis le Sault & quelques lieues 
RE plus bas, eft la Riviere S. Pierre 
ange Croix, & vient de l’'Oueft; plus bas à ’Ef 
eff la Riviere Sainte Croix: elles fon 
toutes deux pañlablement grofles ; 4 

s’en trouve quantité d’autres beaucou] 

plus petites dont le nom n’import 

point. On rencontre enfuite celle d 

Moingona qui vient de POueft (1) 

environ deux cent-cinquante lieues au 

deflous du Sault ; elle a plus de cent 

cinquante lieues de long. Depuis cett 

Riviere jufqu’à celle des Illinois, 

fe jette dans le Fleuve quantité W 

petites Rivieres ou Ruifleaux à dro 


(1) Cette Riviere eft en partie falées 


de la Louifiane: 147 | 
fe & à gauche. Celle des Illinois Riviere des 
vient de l’Eft. & prend fa fource fur Minois. 
les Frontieres du Canada; fa lon- 
gueur eft de deux cent lieues. Li 
_ La Riviere du ÂMiflouri vient d’en- Riviere du 
wiron huit cent lieues, courant du Mifouwi. 
MNord-Oueft au Sud-Eft ; elle fe dé. 
charge dans le Fleuve, quatre à cinq 
lieues au-deflous de celle des Illinois. 
Cette Riviere en reçoit beaucoup d’au- . 
tres, en particulier celle des Can- Riviere des 
zés, qui a plus de cent-cinquante lieues pa 
de cours. De la Riviere des Illinois, 
& de celle du Miffouri, on compte 
icinq cent lieues jufqu’à la Mer, & 
trois cent juiqu’au Sault S. Antoine, | 
Du Mifouri jufqu’à l'Ouabache, il y Riviere dOuss 
a cent lieues; cette derniere fe nom- 
me ordinairement ainfi , quoiqu’on 
lui donne plufieurs autres noms ; c’eft 
par cette Riviere que l’on va en Ca- 
mada, depuis la nouvelle Orléans juf- 
qu'à Quebec. Ce voyage fe fait en che de là 
témontant le Fleuve depuis la Capi- oran © 18 
tale jufqu’à POuabache, que l’on re- Quebec. 
onte de même jufqu’à la Riviere des 
Miamis ; on continue cette derricre 
juiqu'au Portage : dès que l’on ef 
arrivé à cet endroit ,jon va chercher 
des Naturels de cette Nation, qui 


1110 G 1j -- 


Riviere 
d'Ohyo, 


148 Hifloire \ 
font le Portage l’efpace de deux lieues®n 
le chemin fait, on trouve une petité 
Riviere qui tombe dans le Lac Erié} 
où l’on change de voiture: c’eft-à= 
dire, que l’on a remonté en Piros 
gues , & que l’on defcend le Fleuve 
S. Laurent jufqu'a Quebec en Canots 
d'écorce de Boulleau. On eft de mê= 
me obligé de faire des Portages fur 


ce dernier Fleuve , à caufe des Saults 


ou Cataractes qui s’y trouvent en plus 
fieurs endroits. | 

Ceux qui ont fait ce Voyage m'ont 
dit qu’ils comptoient dix huit cent 
lieues depuis la nouvelle Orléans, 
jufqu’à Quebec. Quoiqu’à la Loui- 
fiane, on regarde l'Ouabache comme 
la principale Riviere de celles qui 
viennent du côté du Canada, & qui 
réunies dans un même lit, forment la" 
Riviere à laquelle on donne commu 
nément le nom d'Ouabache, cepen: 
dant tous les Canadiens voyageurs 
affürent que celle que l'on nomme O: 
hyo & qui fe jette dans l’Ouabache, 
vient de beaucoup plus loin que cette 
derniere, ce qui devroit étre une rai 
fon de lui donner le nom d’Ohyo: 
mais l’afige a prévalu. | 

Depuis l'Ouabache & du même cô» 


il de la Louifiane. 149 
“té jufqu'à Manchac, on ne voit que 
très-peu de Kivieres & très petites , 
qui fe jettent dans le Fleuve, quoi- 
quil y ait près de trois cent cinquante 
lieues de l'Ouabache à Manchac ; ce 
qui fans doute paroïîtra extraordinaire 
à ceux qui ne connoiflent pas le Pays. 
. La raifon que l’on en peut don- 
ner paroît toute naturelle & fe rend 
fenfible : dans toute cette partie de 
la Louifiane qui eft à PES du Fleu- 
ve S. Louis, les terres font telle- 
ment élevées dans le voifinage du 
Fleuve, qu’en beaucoup d’endroirs les 
eaux pluviales s’écartent des bords du 
Fleuve, & vont tomber dans des Ri- 
vieres qui fe déchargent direétemenr 
dans la Mer ou dans les Lacs: une 
autre raïon très-vraifemblable, c’eft 
que depuis lOuabache jufqu’à la Mer, 
il ne tombe de pluye que par ora- 
ge; ce qui eft compenfé par les ro- 
fées abondantes , pour ce qui regar- 
de les plantes qui n’y perdent rien. 
L'Ouabache a trois cent lieues de 
cours, & l’Ohyo prend fa fource 
cent lieues plus loin. 
- En continuant la defcente du Fleu< 
ve S. Louis, depuis lPOuabache juf- 
u’à la Riviere des Arkanfas, l’on 
| G ü] 


150 Fliffoire 

ne remarque que peu de KRivieres 8h 

affés petites, dont la plus confidé-M 

Mas rable eft celle de S. François, quik 

1ancois. : ne ty 4 

; n’eft éloignée que de trente & quel 

ques lieues de celle des Arkanfash 

C’eft fur cette Riviere de S. Fran< 

çois, que les Chafleurs de la nou 

velle Orléans vont tous les hyvers! 

faire la provifion de Viandes falées 

de Suif, & d'Huile d'Ours pour ap= 
provifionner cette Capitale. 

Riviere des. La Riviere des Arkanfas qui eff 

Pants srente-cinq lieues plus bas & à deux 

cent de la nouvelle Orléans, eft ain«. 

fi nommée à caufe de la Nation des 

Naturels de ce nom, qui habitent fes 

bords un peu plus haut que fon con- 

fluent dans le Fleuve. Le cours de 

cette Riviere eft de trois cent lieues, 

fa fource eft à la même laritude que 

Santa-Fé du nouveau Mexique, dans 

les Mortignes duquel elle tire fes 

eaux; elle remonte un peu lefpace 

de cent lieues vers le Nord en fais 

Riviere blan- fant un coude applati, fe retourné 

A de-là vers le Sud-Eft & jufqu’au Fleus 

ve: elle a une Catarate ou Saultà 

plus de moitié de fon cours; quel= 

ques-uns la nomment la, Riviere blans: 

che, parce que dans fon çours elle 


0 de la Louifiane. 17. 

fecoit une Riviere de ce nom. La 

pointe coupée eft environ quarante 

4h plus bas que la Riviere des 

Arkanfas : c’eft un long circuit que 

le Fleuve faifoit, & quil a abrégé 

en. coupant cette pointe de terre. 
Au deflous de cette Kiviere er 

defcendant, on n’apperçoit gueres que 

des Ruiffeaux ou de très-petites Ri- 

wieres , excepté celle des Yazous, duree 

foixante lieues plus bas; cette Ri- "7" 

viere n’a qu'environ cinquante lieues 

de cours, & les Bateaux ne peuvent 

la remonter bien loin; elle a pris {on 

nom de la Nation que je viens de 

nommer, qui habitoit fur fes bords 

avec quelques autres toutes aflés foi- 

bles, qui y'habitoient aufi (1). 

_ Depuis cette perite Riviere, on 

n'en rencontre que de très-petites 

jufqu’à la Riviere Rouge ; on l’a nom- 

mée dans le commencement Riviere 

de Marne, parce qu’elle eft à peu- | 

prés grofle comme la Marne qui fe Riviere rouge 

jette dans la Seine ; les Na@chito- 

Ches habitent fes bords, & on la 


Cr) Vingt-huit lieues au-deflous de la Rie 
viere des Yazous eftun grand Ecore de grais 
touge: vis-à-vis cet Ecore font le grand & 
le petit Gouftre, 

‘À. G iv. 


xs2 Hifloire 
connoffloit fous le nom de cette Naë 
tion ; mais fon nom ordinaire & qui 
lui eft reflé, eft celui de Riviere 
rouge. Elle prend fa fource dans le 
nouveau Mexique , fait un coude vers. 
le Nord de même que celle des Ar 
Kkanfas, fe rabat enfuite vers le Fleu2m 
ve, en fuivant le Sud-Eft; on lui 
donne deux cent lieues de cours. AM 
dix lieues environ de fon confluent, 
elle reçoit la Riviere Voire ou des 
Ouachitas, qui prend fa fource aflés s 
prés de celle des Arkanfas; cetté 
fource, dit-on, fait une Foutebe af 
fés près de fa fortie, dont un bras tom“ 
be dans la Riviere des Arkahfs® ; le | 
plus gros forme la Riviere noire. Vingt 
lieues au-deffus de la Riviere rouen 
eft la petite pointe coupée. Une lieues 
plus bas que la petite pointe coupée” 
font les petits Ecores. 

De la Riviere rouge jufqu’à la Mer! 
on ne voit que quelques petits Ruif=s 
feaux 3 mais on trouve à l’Ef à vingt 
cinq lieues feulement au-deflus de la 
Nouvelle Orléans, un Chenal (x 1) qui 


(1) Chenal eft un chemin que les eaux e 
font elles mêmes, à la différence de Canal 

qui eft un écoulement ou pañlage des eaux 
_ fait par mains d'hommes, 


i dela Loufrane à 182 * 
eft à fec aux eaux bafñfes : les de 


. dement du Fleuve ont fait ce Chenal ; 


SE 


que l’on nomme Manchac, au- deffous ur 

des terres hautes , qui fe terminent Le Cheval " 

+ près de là. Il fe rend dans le Lac de 

Maurepas, de-là dans celui de S.Lac Maurepite 

é Louis, duquel }; j'ai parlé dans la def- 

cription des lieux où j'ai pafé à mon ar- 

rivée. Je laiffe le Fleuve de Manchac 

., pour un moment ; j'y reviendrai après 
_Que j'aurai donné les noms de plufieurs 

Kivieres qui prennent leurs fources à 
V'Eft du Fleuve S, Louis, & qui tom- 
bent dans le Chenal. 

_ Il court à PEft-Sud-Eft ; on y a 

pañlé autrefois, même en remontant : 

mais il eft aujourd’hui fi rempli de bois 

morts, qu'il ne commence à avoir de 

Veau qu à l'endroit où il reçoit la Ri- Riviere PA 
viere d’Amité , qui eft affez grofle , & mir 

qui a un cours de foixante-dix lieues 

_dansun fort beau Pays. 

Il tombe une trés petite Riviere 

_ dans le Lac de Maurepas, qui eft à 

_ V'Eft de Manchac. En fuivant l'E, 

on pe pañler de ce Eac dans FenUe 

de S$. Louis, par une Riviere que for- 

_ment les eaux de celle d’Amité. En 

fuivant le Nord de ce Lac, fe trouve 

h a l'ER la petite Riviere Tandgi.pao , Riviere Td, 

Tome L G v. gispaoe 


Lac Se Louise 


7 AE  Hiffeire 7, ©0004 
ou du bled grèlé: de-là fuivañt toujours & 
 Quéfonaé,  l'Eff,;on arrive à la Riviere de Quefonc- 


Riviere de 


te, ou des Chataignes-Glands 3 élle eff 


longue & belle, & vient.des Chatkas. 


Riviere de En pourfuivant la même route , on 

Cafin-Bayouc rencontre celle de Ca/tin Bayouc 5.on 

… peut fortir enfuite du Lac par le Che- 

 nal qui borde la même terre,& fuivant 

Perles. | 
tombe dans ce Chenal, | 

Plus loin fur la côte, qui -eft de 


« 


Riviere aux PEÎT on voit la Riviere aux Perles, qui 


l’Oueft à PE /on trouve la Baye S. 
Louis , dans laquelle fe rend unepeti- | 
te Riviere de cenom ; en avançant en- 


core on rencontre la Riviere des Paf- 


Riviere des ka-Osoulas s:On arrive enfin a [a Baye 


Paska - Ovous : à 
las de la Mobile, qui a plus de trente 


Rial lieues de profondeur dans les terrés, où 


bile. elle reçoit la Riviere du même nom, 
Riviere de 1 Qui à environ cent cinquante lieues du 
Mobile, Nord au Sud ; toutes celles dont je 
viens de parler , & qui ne fe jettent 
point dans le Fleuve, vont de même du 


Nord au Sud, 


@ 
+ HP 


de lu Louifiane. 1ç$ 


CHAPITRE XI. 


Due de La Deftription Géographique : 
La baffe Louifiane eft une Terre rap- 


portee. 


 T E reviens a Manchac où j'ai laiflé 
J le FleuveS. Louis. À peu de dif- 
tance de Manchac on rencontre la Ri- 
wiere des Plaquemines ; elle eft à 
lOueft, c’eft plütôt un Bayouc qu'u- 
ne Riviere. Trois ou quatre lieues plus “+ 
bas eft la Fourche. Ceite Fourche eff 1e chenal de 
un Chenal à l'Oueft du Fleuve, par le- la Fourche, 
“quel s'écoule une partie des eaux des 
débordemens du Fleuve. Ces eaux paf- 
fent par plufieurs Lacs , & delà à la 
Mer par la Baye de lAfcenfion. Pour paye de par. 
“ce qui eft des autres Rivieres qui font cenfon 
à l'Oueft de cette Baye, perfonne 
“de la Colonie n’a jamais püû dire leurs 
‘noms ; ainfi je les nomme fur la Carte 
“comme les Géographes. 
. Les eaux qui tombent dans ces Lacs 
ae font pas feulement celles qui paffent 
par ce Chenal, mais encore celles qui 
D de ce Fleuve lorfqu’il déborde 
de côté & d'autre ; car de toute l’eau 


G yj 


4 } 6 : H: Effites | 

qui fort du Fleuve fur fes côtés perpens 

diculaires , il n’en rentre jamais une 

goutte dans fon lit, ce qui doit s'en-M 

tendre feulement dans les terres bafles , « 

c’eft-à-dire cinquante à foixante lieues4 

de la Mer du côté de l’'Eft, & plus de 

* CENT lieucs du côté de l Que. | 

On s’étonnera fans doute qu ur 

Fleuve qui s’eft débordé ne reçoivem Ï 

Les eaux qui pl us dans la fuite fes eaux , ni en tout 
HS à ni en partie. Le fujet de cette furprifes 
rentrent ja. ft très-raifonnable, puifque lon VOIth 
ci partout le contraire arriver, & quem 

des autres Pays Etrangers on n’a jamaishl 

appris une nouvele de cette nature. | 

J'en ai été furpris,& jen en fuis pass 

refté à une furprife flérile ; j’ai fait mes 

efforts dans toutes les occafions qui {en 

font préfentées, pour ne pas demeurer“ 

dans une ignorance plus chagrinante 

& beaucoup plus à charge,que les pei-b 

nes que l’on fe donne pour la décou=} 

verte des objets qui nous étonnentk 

avec ralfon. J’ai donc étudié avec ap 

plication ce qui pouvoit caufer un cf 

qui me paroïfoit réellement extraordi=, 

aire, & je crois l’avoir trouvé. À 

Testerres de. Depuis Manchac jufqu’à la mer il Y 

pr dre à apparence, & même des preuves, qué 


epronées, toutes les terres que l’on y voit & x | 


L L 


de la Louifiane, 157 
Von y cultive font des terres rappor- 
tées, au moyen des vafes que le Fleuve 
. charie par fon débordement annuel,qui 
commence au mois de Mars par la fon- 
de des neiges du Nord, & dure envi- 
-ron trois mois. Ces terres vafeufes 
 produifent aifément des herbes &c des 
 rofeaux. Quand le Fleuve déborde 
 Pannée fuivante , ces herbes & ces ro- 

_ feaux arrêtent une partie de ce limon, 

en forte que les herbes qui font derrie- 
re ne peuvent plus en retenir une fi 

… grande quantité , puifque les premieres 
en ont arrêté la plus grande partie, & 
par une conféquence néceflaire , les 
autres plus-éloignées & à proportion 
qu'elles font écartées du Fleuve,en peu- 
vent beaucoup moins retenir : de cette 
forte la terres’élevant par fucceffion de 
. tems,les berges ou bords du Fleuve fe 
font trouvés plus haut que les Côtes 
perpendiculaires du Fleuve : de même 

… auffi ces Lacs voifins qui font des deux 
côtés font des reftes de la mer, qui ne 

+ font pas encore remplis. Les autres 
. Fleuves ont des bords fermes & conf- 

 truits des mains de la Nature; c’eft une 

terre qui eft la même que celle du Con- 
tinent, & qui y a toujours été adhéran- 
te : ces fortes de bords au lieu de s’aug- 


sol 


158 Hiffoire | 
menter, diminuent ou en s'affaifant, ou) | 
même en s'écroulant dans le lit du“ 
Fleuve : les bords du Fleuve S. Louis 
au contraire croiflent & ne peuvent di 
minuer dans les terres baffes & rappor=" 
tées, parceque la vafe qui tous les ans! 
eft dépofée fur les bords, les augmen- 
te, ce qui fait encore que le Fleuve 
fe retrécit , au lieu de manger les terres” 
&c de s’élargir comme font tous les au-. 
tres Fleuves connus. Il ne doit donc 
lus être fi furprenant que les eaux du 
Fleuve S. Louis une fois forties de fon 
lit ne puifent plusyrentrer. Le 
Par continuation du même fujet & 
pour prouver l'augmentation des ter- 
res, je rapporterai ce qui eft arrivé 
près de la nouvelle Orléans. Un Habi- 
tans fit creufer un puits à une petite 
diftance du Fleuve pour fe procurer 
une eau/plus claire ; on trouva à vingt 
pieds de profondeur un arbre couché, 
qui avoit trois pieds de diamétre: la 
hauteur de la terre étoit donc augmen- 
tée de vingt pieds depuis la chute cu 
l'arrêt de cet arbre, tant par la vafe 
rapportée, que par la pourriture des: 
feuilles qui tombent tous les hyvers 8, 
que le Fleuve charie en une quantité. 
inconcevable, En effet ilentraîne beau: 


de la Louifiane. 159. 

‘Æoup de vafe,parce qu’il coule l’efpace 
de douze cens lieues au moins au tra- 
vers d’un Pays qui n’eft que terre, ce 
que fa profondeur prouve d’abondant. 
‘11 charie une infinité de feuilles, de 
cannes & d’arbres , qu'iltranfporte fur 
fes eaux, dont la largeur eft toujours de 
plus de demie lieue , quelquefois de 
cinq quarts de lieue. Ses bords font 
couverts de beaucoup de bois,quelque- 
fois d’un lieue de largeur de côté &e 
d'autre depuis fa fource jufqu’à fon 
embouchure. Rien donc de plus aifé à 
imaginer , que ce Fleuve enmene & 
roule avec {es eaux une quantité pro- 
digieufe de vale, de feuilles , de can- 
nes, & d'arbres qu’il déracine conti- 
nuellement, & que la mer rejettant 
toutes ces matieres , elles doivent né- 
cefflairement produire les terres dont il 
-eft queftion & qui croiflent fenfible- 
ment. À l'entrée de la pale du Sud-Eft 
on avoit conftruit un petit Fort que 
. l'onnomme encore la Balife ; ce Fort 
étoit bâti {ur un Iflot hors de l’embou- 
Chure : en 1734.ilétoit en cet endroit, 
& j'ai appris qu’ilétoit à préfent à une 
demie lieue dans le Fleuve : la terre 
depuis vingt ansa donc gagné cet ef- 
pace dans la mer, Reprenons mainte- 


569 Hifloire ESS 
nant la fuite de la Defcription géogré2u 
phique de la Louifiane. | D. 
La côte eft bornée à POueft par law 
” Bye $, Ber- Baye S. Bernard où débarqua M. de 
Rare la Salle ; il tombe une petite riviere 
dans cete Baye, il y én a quelques autres 
qui déchargent leurs eaux entre cette w 
Baye & celle de l’Afcenfion, les Co-* 
lons ne fréquentent prefque point cette M 
_ côte. Du côté de l’'EfE la côte eft bor-# 
née par le Kio perdido, que les François 
nomment par corruption Riviere aux 
. Aio perdido. Perdrix, Kio perdido fignifiant Riviere 
perdue que Îles Efpagnols nommerent 
ainfi à propos, puifqu’elle fe perd fous: 
terre , & reparoiît enfuite pour aller fe 
jetter dans la mer un peu à V'Eft de la w 
Mobille , fur laquelle s'étoient établis. 
les premiers Colons François. 
Depuis la Fourche jufqu’à la mer ,il 
h’y a aucune riviere ; il n’eft pas même 
poflible qu'il y en ait après ce que j'ai 
rapporté : ontrouve au contraire à peu 
de diftance de la Fourche un autreChe- 
nal à PE, que on nomme Bayouc de 
Le Sueur ; il eft plein de vafes molles & " 
communique avec les Lacs qui font à 
ES: : 11 
= Aux approches de la mier,ontrouve« 
a environ huit lieues de la principale « 


| de la Louifiane. 167 
émbouchure du Fleuve S. Louis, la 

Pañe à Sovole, & une lieue plus bas la 

Pafle à laLoutre;ces deuxPaflesne font Pañes pous 
que pour des Pirogues. Dès cette en- Re et * 
“droit il n'y a plus de terre à pouvoir Louis, 
mettre le pied , parceque ce font des 

Marais tremblans jufqu’a la mersc’eft-là 

auffi que l’on trouve une pointe qui fé- 

pare les embouchures; celle de la droi- 

te eft nommée la Pafle du Sud,elle por- 

te fa pointe de l’Oueft deux Hieues plus 
loin en mer queles pointes de la Page 
du Sud-Fft qui eft à gauche de celle du 
Sud, Dans les commencemens les Na- 
vires entroient par la Paffe du Sud-Eff, 
‘mais avant d'y defcendre, on trouve 
à gauche la Paffe de 'Eft qui eft celle 
par laquelle on pañle à préfent. 

. À chacune de ces trois Paffes , il y a 
une barre comme à toutes les rivieres 
du monde ; celles ci ont trois quarts de 
lieue de large, fur lefquelles il n’y a que 
uit à neuf pieds d’eau : maisil y a un 
Chenal qui coupe la barre, lequel étant 
fujet à changer fouvent , le Pilote Cô- 
tier eft obligé de fonder tous les jours 
pour s’affurer de la Paffe ; ce Chenal a 
dix-fept à dix-huit pieds d’eau en eau 

bañle (1). | 

:(1) JE ne parlerai point desIfles qui fon£ 4 


Barre du Flege 
ve $, Louise 


its 


162 | Éifioiré in 
Cette Defcription doit fuffire pouf! 


faire connoître que l’attérage eft diffs 
cile 3 la terre d’ailleurs paroît à peiné 
à deux lieues en mer , ce qui fans doutéi 
fut une occafion aux Efpagnols dé 
donner à ce Fleuve le nom de Rio-ef> 
condide, Riviere cachée. Ce Fleuve eff 
prefque toujours trouble, ce qui pro 
vient des eaux du Miflouri, puifqu’a 
vant cette jonction l'eau du Fleuve efls 
très-claire. Je né dois pas oublier de 
dire qu'aucun Navire ne peut entref 
ni refter dans le Fleuve lorfque les eaux: 
font hautes , à caufe du nombre pro= 
digieux d'arbres & de la quantité de 
bois mort qu’il entraîne , lefquels 
joints aux cannes , aux feuilles, au li=. 
mon,& au fable que la mer rejette à la: 
côte, augmentent continuellement les 
terres & les fait avancer dans le Golfe 
du Mexique comme un bec d'oi- 
feauit 
Divifion dela Je fercis naturellement porté à divi- 
en {er la Louifiane en haute & baffle. à cau- 
fe de la grande différence, quant au 
ford de la terre,qui fe trouve entre les: 


fréquentes dans le Fleuve S. Louis; ce ne 
{ont à proprement parler que desIflots qué 
produifent quelques arbres, quoique le ters 
sein ne foit qu’un fond de fable, + 


“ Û Ÿ 
4 


de la Louifiane 163 
deux principales parties de cette vafte 
contrée. La haute feroit celle où l’on 
trouve des pierres , dont les premieres 
fe rencontrent entre les rivieres des 
Natchez & des Yazouts, qui forment 
un Écore de grais très- fin, & la borne- 
toit à Manchac où finiflent les terres 
hautes. La baffeLoufiane s’étendroit de- 
1à jufqu’à la mer. Le fond de la terre 
fur les côteaux eft une glaïle rouge &c 
eft fi compacte, qu'elle pourroit fer- 
vir de fondemens folides à tous les 
édifices qu'on voudroit y élever. Cette 
glaife eft couverte par une terre pref= 
que noire & légere, d’un excellentrape 
port. L’herbe y croît à la hauteur du 
#enouil, & dans les fonds qui fépa- 
rent ceswfoibles coilines, elle eft plus 
haute que le plus grand homme. Vers 
Ma fin de Septembre on met le feu aux 
unes & aux autres fucceflivement, & 
au bout de huit ou dix jours l'herbe 
nouvelle a déja crû d’un demie pied. 
On jugera facilement que dans de tels 
pâturages les troupeaux s’engraifflent 
extraordinairement. Le Pays plat eft 
aquatique, & paroît avoir été formé par 
tout ce quiarrive vers la mer , comme 
j'ai dit ailleurs.J’ajouterai qu’affés près 
es Nadtchitoches, on trouve des 


E | 
_Æ64 Hifloire 00 
bancs de Coquilles de Palourdes telles 
que celles dont eft formée l'Ifle aux 
coquilles. Cette Nation voifine dit 
que leur ancienne parole leur apprend 
que la mer venoit autrefois jufqu'à cet 
endroit ; les femmes de cette Nation 
en vont amañler , elles en font de la 
poudre qu’elles mêlent avec la terre 
dont elles font leur poterie , qui eft re= 
connue pour la meilleure. Cependant 
je ne confeilierois point de fe fervir in* 
différemment de ces coquilles pour cet 
ufage, parce que de leur nature elles 
pétillent au feu ; j'ai donclieu de pen- 
fer que celles que l’on trouveaux Nacts 
chitoches n’ont acquis cette bonne qua 
lité, qu’en fe déchargeant de leurs fels 
par un féjour de plufieurs fiécles qu'el= 
les ont fait hors de la mer. ‘10 
Si l’on peut ajouter foi à la tra 
dition de ces peuples, & fi l’on veut 
raifonner fur les faits que J'ai rapportés, 
on fera naturellement porté à croire , 
comme tout dans ce Pays le démontre, 
que la bafle Louifiane eft un Pays ga. 
gnéfur la mer, & dont le premier fond” 
eft un fable cryftallin, blanc comme la 
neige, fin comme la farine , & tel que 
celui qui fe trouve tantau Levant qu’au, 


Couchant du Fleuve S. Louis, & il 


ch de la Louifrane. 165$ 
be faut point raies que dans les 
fiécles à venir la Mer & le Fleuve n’en 
faflent une terre femblable à celle de la 
bañle Louifiane. Le Fort de la Balife port de 16: 
nous fait connoître qu’un Siécle fuffit Balife. 
pour étendre la Louifiane de deux lieues 
vers la Mer. 
Telle eft la Defcription géographi- 

: que j'ai crû devoir donner dans un 

étail aflez particulier , pour faire con- 
noitre cette Province à ceux qui pour 
roient y voyager, ou qui, fans {ortir de 
France, pourront s'inftruire à leur aife 
de la qualité de cette Colonie & de fa 
fituation. 


; ‘ cor 


CHAPITRE XIL 


Voyage de l'Auteur au Biloxi : Eraz 
bliffément des Conceffions : L’ Auteur 
découvre deux Mines de Cuivre : Sons 
retour aux Naichez : Phénoméne. 


A feconde année de mon établifs 

fement aux Natchez, je partis 
pour la nouvelle Orléans ; je voulois 
vendre moi même mes marchandifes 
& denrées , au lieu de les vendre à des 
Marchands voyageurs qui fouvent veut 
lent fe faire payer un peu trop cher de 
leurs peines. Une autre raifon me fai. 
foit encore entreprendre ce voyage. 
javois appris par des voies certaines 
que l’on interceptoit toutes les Lettres 
qui partoient pour France, n’ofant me 
confier à perfonne pour mes Lettres, 
je ne voulois m’en rapporter qu’à mois 
même. 

Avant de defcendre le Fleuve, j'als 
lai au Fort pour demander au Coms 
mandant sil n’avoit point de Lettres 
pour le Gouvernement : nous n’étions 
pas grands amis avec ce Commandant 


# 


M de la TLouifrane. ‘67 
des Nätchez , qui vouloit faire fa cour 
au Gouverneur aux dépens d’autrui. 
[lavoir des Lettres à envoyer à M, de. 
Biainville ; jele fçavois , il me dir qu'il 
nen avoit point: je me fis donner par 
le Commis principal un billet qui por- 
joit ce refus à ma demande : le même 
Commis me pria d'emmener dans ma 
voiture un forçat de la Compagnie, & 
me donna un autre billet pour me faire 
payer des vivres que j’aurois fournis à 
ce forçat pendant le voyage. Je ne me 
preflai point, & je m’arrêtai de tems 
en tems pour vifiter mes amis qui de- 
meuroient le long du Fleuve ; de cette 
Morte Le Commandant eut tout le tems 
d'envoyer fes Lettres & d’écrireauGou- 
Verneur que J'avois refufé de les pren- 
dre. PL | 

‘k Lorfque je fus à la nouvelle Orléans need 
Jappris qu'il étoit arrivé des Concef- plufieurs Cona 
fionnaires au nouveau Biloxi : je ju- ginors % 
geai donc à propos d'y aller , tant 
Pour vendre mes denrées, que pour 
trouver quelque moyen für de faire 
tenir mes Lettres en France. Arrivé au 
Biloxi, je fus faluer M, de Biainville : 
ce Gouverneur me demanda fi j’avois 

des Lettres pour lui, je lui répondisque 
je les avois fait demander, mais qu’on 
me les avoit refufées. Il me dit avec 


{ 

| 
j 
4 


468 Hifloire | 
froideur que je n’avois point voulu me 
charger : pour toute réponfe je lt: 
, montrai le certificat du Commis prins 
cipal , à quoi il ne put répondre que 
me difant que du moins je ne pouv@j 
nier que J'eufle emmené furtivemen 
un forçat de la Compagnie. Je lui ré” 
pliquai que le Commandant des Nat” 
chez lui en impoloit ; & pour le lu 
prouver, je lui fs voir le billet du Com 
mis principal , par lequelil prioit MMA 
les Directeurs de me rembourfer les 
vivres du forçat que j'avois bien vou 
lu defcendre , & qu’il renvoyoit, par 
ce quil lui étoit inutile, Cette explin 
cation & ces réponfes par écrit le mi 
rent , comme on peut bien s'imaginer 
de très mauvaife humeur. Je me retis 
rai : dès le jour même je rencontrai MA 
d’Artapuette d’Iron Lieutenant dû 
Roi, quim'invita d'aller fouper ches 
lui, je ne püs m'en défendre, par@ 
qu’il me dit que tous les Cheïs di 
Conceflions y foupoient pour la mês 
me ralfon pour laquelle il m'invt 
toit. Je m'y rendis d’autant plus vos 
lontiers que je préfumois que J’auroi: 
la fatisfattion de voir ces Conceflion* 
naires qui étoient tous mes amis. Su 
la fin du fouper nous tinmes confei 
poul 


É ! s1 


de la Louifiane, 169 

Pour découvrir le moyen de faire par- 
venir nos Lettres en France ; nous le 
trouvâmes , & nous nous en fervimes 
par la fuite. | 

Le Biloxi eft fitué vis-à-vis l'Ile 
aux Vaiffleaux, & à quatre lieues de 
cetre Îfle, Je n’ai jamais pû deviner 
pour quelle raifon on fit dans cet en- 
droit le principal Etabliffement de la 
Colonie, ni pourquoi on vouloit y bâ- 
‘ir la Capitale; rien ne répugnoit plus Etablifement 
au bon fens , puifque non-feulemenr 4 Biloxi. 
es Vaiffeaux ne pouvoient en approe 
her que de quatre lieues , mais encore, 
qui génoit le plus, c’eft qu'on ne 
bouvoit rien apporter des Navires 
(uen changeant trois fois de ba- 
éaux de plus petits en plus petits ; 
ncore falloit-il aller à Peau plus de 
ent pas avec des petites charettes pour * 
lécharger les plus petits bateaux. Ce 
ui devoit encore éloigner de faire l’'E= 
bliffement au Biloxi, c’eft que le ter 
in et des plus ftériles, ce n’eft qu’un 
ible fin, blanc & brillant comme la 
eige , fur lequel il eft impoffible de 
üre croître aucun légume ; on y étoit 
1outre extrêmement incommodé des 
its qu ÿ fourmillent, & fe logent 
ans le fable , & dans ce tems ils ron- 
Tome I, | H 


NL 


- 


170 | Fifloire | 
geoient jufqu'au bois des fufils ; la di 
ferte y avoit été fil grande, que plus 
de cinq cens perfonnes y étoient mOr= 
es de fan, le pain y étoic fort cher 
& la viande très-rare; il n’y avoit que, 
le poiffon dont cet endroit abonde 
qui y fût afflez commun. | à 
Éette difette provenoit de l’arrivée) 
des Conceflions qui étoient venues tOUs 
tes enfemble, de forte qu’il ne s’y trous 
va pas affez de vivres pour les nourrit, 
ni de bateaux pour les tranfporter aux 
lieux de leur deftination, commedà 
Compagnie y éroit obligée. Ce qui en 
fauva quelques-uns, fut la grande quai: 
tité d’huitres qu’ils trouvoient fur le 
côte , encore étoient-ils obligés d'êtrt 
dans l’eau jufqu’à la cuifle à une por 
, tée de carabine du bord. Si cet alimef! 
en nourrifloit plufeurs , ilen rendo! 
malade un grand nombre, ce qui étoi 
encore occafionné par le long tem 
qu'ils reftoient dans l’eau. | 
publiffmens Ces Conceflions étoient celles d! 
a M. Law , qui devoit avoir quinz! 
cens perfonnes , pour la former , com 
pofées d’Allemans, de ;Provençaux! 
&c. Son terrein éroit défigné au: 
Arkanfas ; il avoit quatre lieues quar 
rées , & toit érigé en Duché 


de la Louifiane: 17 


i avoit les Equipages pour une Com- 
pagnie de Dragons , des Marchan- 
difes pour plus d’un million : M. Le- 
vans en étoit l’Adminifirateur |, & 
avoit une chaife roulante pour Vi. 
iter les différens Poftes de la Con- 
“ccffion. Mais M. Law marqua, la 
Compagnie sempara de toutes les 
“Marchandies & Effets ; les engagés 
relterent en petit nombre aux Arkan- 
Ds , puis furent tous difperiés &c mis 
en liberté : prefque tous les Allemans 
s'établirent à huit lieues au-deffus & 
à l’Oueft de la frere Cette Core 
| ceñion perdit près de mille perlonnes 
“a l'Orient avant de s’embarquer, & 
plus de deux cens au Biloxi. | 
La Conceffion de M. le Blanc, Mi- 
niftre, s'établit aux Yazoux ; L avoit 
\pour : Affociés MM. de Belle. Ifle, d'A 
feld &: de la Jonchere ; par la fuite 
“elle eut la Lerre Hhdcte aux Nat- 
‘chez. 
Celle de Koly aux Natchez ; eile 
avoit acheté celle de M. Hubert 
Celle de M. d'Artaguette au Da- 
ton rouge, à ving - fix lieues de la 
Nouvelle Orléans. 
Celle de M. Paris du Vernai aux 
D coul , à vingt-huit lieues de la 


Capitale, | Hi 


H À 


ET2.. Hifloire | È 
. Celle de M. Paris de Montmartell 
aux Jilinois, compofée de Mineurs», 
pour exploiter Les Mines de ce Can- 
ton. 

Celle de Mézieres aux Ecores blancs, 
\ trente-neuf lieues de la Nouvelle 
Orléans. | il 

Celle de Meufe à la Pointe Cous 

ée , une lieue plus haut. 0 
* Celle deVillemont fur la Riviere Noi= 
reà cent vingt lieues de la Capitale, 

Celle de Chaumont aux Paska Os 
goulas, fur la Riviere de ce nom... 

Celle d'Epinay aux Cannes brûlées; 
À dix lieues environ de la Capitale. : 

Je ne parle point de celles qui étoient 
venues en même-tems que moi en 1718; 
ce détail feroit plus ennuyeux qu’inf- 
trudif, Toute cette mifére dont j'étois 
témoin au Biloxi , me détermina à als 
ler à quelques lieues fur cette côte paf- 
fer une huitaine chez un ami qui me 
reçut avec plaifir ; nous montames à 
cheval pour vifiter l'intérieur du Pays 
à quelques lieues de la Mer 5 je trous 
vai les campagnes affez belles , mals 
bien moins fertiles que le long du Fieu: 
ve; elles fe fentent un peu du voifina- 
ge de la côte, qui n'a prefque point 
d'autres plantes que des Pins à perte 


Es L'ECeRS 


NOR) 
5 


de vüe & quelques Cédres rouges & 
blancs. | 
… Lorfque nous fümes dans la plaine 


de la Louificne. À, 172. 


Découverte 


? de deux mines 


Je furetai tous les endroits que je crûs du Cuivre, 


mériter mes regards « je trouvai après 
ICét examen deux Mines de Cuivre, 
dont le mérail étoit apparent ; elles 
Ipeuvént être à une demie lieue de dif- 
tance l’une de l'autre ; il eft à croire 
qu’elles font très-abondantes, puil- 
qu’elles fe decélent de la forte fur la 
Ri de la terre. 

… Quand je me fus affez promené, & 
que Je ne prévis plus que je pouvois 


trouver de quoi fatisfaire ma curiofité, 


deux bateaux de la Compagnie qui fe 
préparoïient à partir pour la Nouvelle 
Orléans, & une grofle Pirogue qui ap- 
(partenoit au R. P, Charlevoix, Jéluite, 
| 3 le nom eft très-connu dans la Ré- 
publique des Lettres ; je retournai 


IComptois avec raifon avoir une place 
dans les bateaux de la Compagnie ; 
mais M. Hubert à qui le R, P. vint 
faire fes adieux, le pria de me pren- 
dre avec lui, & que je lui tiendrois 
compagnie ; il y confentit ; mais Je 
Pengageai à donner auffi pañlage à M. 
H ii 


lavec lui à la Nouvelle Orléans : je 


Retour ds 


14 . : à : . l’'Auteur aux 
je retournai au Biloxi , où je trouvai Nacchez 


Phénomène 


cfa at 


Flaucourt, qui m’avoit prié de le pren“ 


ment fondé, que perfonne ne pouvoit 


paru dans la Province, duratroisjours. 


à. 
p" 


174 Hifloire, 44 
de S. Gilles , frere de M. de la Loirez 


dre avec moi ; parce qu’en arrivant den 
France , on eft embarraflé, fur-tout 
dans un pays neuf, comme étoit alors 
Ja Louifiane. des | 

Peu de tems après mon retour du 
Bioxi aux Natchez , il furvint un 
Phénomêne , qui effraya toute la Pro= 
vince ; l’effroi étroit d’autant plus jufte= 


en deviner la caufe, ni en prévoir les 
effets, que l’on craint toujours malgré 
la force du raifonnement, qui devient 
inutile lorfque l’on n’a aucune connoif- 
fance du fujet. 

Tous les marins pendant huit jours 
on entendoit un bruit fourd quoique 
fort, depuis la Mer aux Illinois , qui 
montoit du côté de l’'Oueft ; l'après: 
midi on l’entendoit defcendre du côté 
de l'Eft, le tout avec une vitefle in- 
croyable ; & quoique le bruit parüt 
appuyé fur l'eau, elle ne frémifloit 
point, & on ne fentoit fur le Fleuvel 

as plus de vent qu'auparavant. Cet 
effroyable bruit n’étoit que le prélude 
de la tempête la plus violente ; cet! 
Ouragan le plus furieux qui eût jamais 


A de la Louifiane. T7 
Comme 1l montoit du Sud Oueft au 
MNord-Eltt , il allongeoit tous les éta- 
bliflemens qui étoient le long du Fleu- 
Ve ; on s’en reffentoit à quelques lieues 
| 4 ou moins fort , fuivant que lon 
létoit plus où moinséloigné ; mais dans 
Nes endroits où paf le Fort de FOu- 
tagan , il renverfa tout ce qu’il ren- 
contra dans fon chemin, qui étoit dé 
a largeur d’un bon quart de lieue, en- 
forte que l’on eût pris pour une ave- 
ue faite exprès, l'endroit où il avoit 
pañlé , qui étoic totalement applati, &e 
avoit les côtés droits. Les plus gros 
arbres étoient déracinés , & leurs bran- 
Ches brifées à platte terre, de même 
que les rofeaux des bois; dans les 
prairies l'herbe même, qui n'avoir alors 
Que fix pouces de haut, & qui eft 
fort fine, ne püût fe garantir d'être 
foulée, flétrie & collée à terre. 

Le fort de l’Ouragan pañla à une 
liéue de mon Habitation , néanmoins 
ma maifon qui étoit de pieux en terre, 
eut été renverfée , fi je ne l’eufle 
promptement appuyée avec un arbre, 
le gros bout en terre, & cloué à la 
maifon avec une fiche de fer de fept à 
huit pouces de long: plufieurs bâti- 
mens de notre Pofte furent renverlés: 


H iv 


176 Hifloire | 
mais nous fümes heureux dans cette” 
Colonie que le fort de cet Ouragan. | 
ne pañla pas directement fur aucuñ” 
Pofte , & quil traverfa obliquement” 
le Fleuve fur un pays totalement in-4 
habité. H arriva vers le mois de Mars” 
en 1722. ; | 

Comme cet Ouragan venoit de Ia’ 
partie du Sud, il gonfla tellement las 
Mer, que le Fleuve refoula contre fon 
courant , jufqu’à monter à plus de quin- 
ze pieds. 


CHAPITRE XFIT. 


Premiere Guerre avec les Natchez : 

| Caufe de cette Guerre: Les Natu- 

… rels apportent le Calumet de Paix 
a l Auteur. | 


| A même année fur la fin de l'Eté, 
JZ_ nous eûmes la premiere Guerre 
avec les Natchez. Comme j'ai déclaré 
que je parlerois plus de cette Nation 
que de toute autre, parce que Je Pai 
plus particulierement connue, J'efpere 
que l’on me: di‘pentera de rapporter ce 
qui s’eft pañfé ailleurs. Ce n’elt pas que 
je nenaye eu quelque connoiffance , 
mais on rifque toujours beaucoup à 
faire fond fur les relations d'autrui, dans 
des aFaires de la nature de celle- ci,où il 
eft difficile de s’exempter de partialité. 
Je ne puis même toucher celles qui fe 
font palées fous mes yeux fans ufer | 
d'une grande réferve. 

Quoique les dérails de cet établiffe- 
ment des François à la Louifiane puif- 
fent paroître aflez indif-rens à ceux 
qui viendront après nous, je rencontre 

\ 


- 4 


Li 
‘ : ’ V2 


17 ‘hs Hifoire 4 
cependant , à mefure que j'écris , tous: 
les dangers qui étonnent les Ecrivains. 
des Hiftoi res Modernes. Les morts de 
les vivans font également à ménagers 
& la vérité que l'on connoît eft d’une 
dé: icatefle à à exprimer qui fait tomber 
la plume de la main de ceux qui Pai 
ment. Je ferai néanmoins mes eHorts 
pour donner une efquifle fidelle de ce. 
uieftarrivé aux Natchez, où fe font 

pañlés les plus grands € évenemens de la 
Coionie : ce que je ne dirai point fe 
trouvera quelque jour dans les Mémoi= 
res que l’on publiera & qui exifienr ac= 
tuellement en manufcrits, comme ceux 
de M. de S. Denis, & quelques autres 
_ dont jai profité pour la découver= 
te dela Louifiane, 

Elément Les François s’établireng aux Nat: 

es François 

aux Marcher, CHez- fans aucune contradiction de la 
part de ces peuples, qui loin même de 
les traverfer , leur rendirent beaucoup 
de fervices. & leur furent d’un lecours 
très-eflentiel pour avoir des vivres ; 
ceux que la Compagnie des Indes avoit 
envoyés avec fa prémiere Flotte ayant 
été retenus à la nouvelle Orléans. Sans. 
les Naturels ils feroient péris de faim 
& de mifere ; car quelqu’exceilent quen 
fo: t'unnouveau Pays, il faut Jef arte 


LA 
, ( 
L 08 
… RER 
{ à 1 L 
* 4 


/ 


à de la Louifiane 179 
tout au moins la premiere moiïflon : en 


rations pour fiire précifément ce qu’il 


ilfaut vivre, & la Compagnie l’avoit 
bien reconnu , puifqu’elle avoitenvoyé 
avec les huit cens hommes qu’elle fai- 
Lit pañler à la Louifiane de quoi les 
mourrir trois ans de fuite. Les Ceflion- 
maires & Colons réduits à traiter ( ache- 
er par échange ) des vivres avec les 
Natchez, virent par-là difiper leurs 
lavances & ne pürent former un établiffe- 
ment aufli confidérable qu'ils l’auroient 
Air, s’ils n’euflent point perdu leur fang 
le plus pur par ces faignées auffi fré- 
 quentes que néceffaires. | 

» Cependant il en réfulta un bien: 
Ceft que les Natchez attirés par la fa- 
cité de traiter des marchañdiies aupa- 
ravant inconnues chez eux, comme fu- 
fils, poudre, plomb , eau-de-vie, lin- 
ge, draps & autres chofes femblables, 
au moyen d’un échange de toutce dont 
ils abondoient , s’attacherent de plus en 


Je défricher , l'enfemencer & attendre 
effet il faut être bien jufte dans fes opé- 


faut du premier coup & n'avoir point 
lärecommencer. Mais pendant ce tems 


Les Natcherz 


plus aux François & feroient reftés mis des Fran 


amis très-utiles, fi le peu de fatisfac 
tion que leur donna le Commandant du 


H v] 


Oise 


| L. 
T186:  Hifhoire ., 
Fort Rofalie de la mauvaife action” 
d’un de fes Soldats n’eût alliéné leurs 
efprits. Ce Fort couvroit l'Hebitation: 
des Natchez & protégeoit celle de 
Sainte Catherine, qui étoit fur le bord, 
Fort négligé, de la petite Riviere des Natchez. Mais: 
la défenfe & la protection étoient quels 
que chofe de bien mince, car ce Fort 
n’étoit que de palifflades, ouvert par 
fix brêches, fans foffé , & n’avoit qu’une: 
très-foible garnifon. D'un autre côté 
les maifons des Habitans, quoiqu’en 
affez grand nombre, n’avoient aucune! 
force par elles-mêmes ; les Fabitans 
difperfés dans la Campagnes chacun au 
milieu de fes champs, loin de fe prêter 
une force mutuelle , commeils auroient 
fait s'ils euflent été réunis , avoient 
chacun au premier accident befoin de 
fecours. 

Un jeune Soldat du Fort Rofalie 
avoit fait quelques avances à un vieux. 
Guerrier d’un Village des Natchez (r} 
qui devoit lui donner en retour du 
bled. Vers le commencement de lHy- 

Caute de ceue Ver de 1723, ce Soldat logé près dus 
Guerre, Fort,le vieux Guerrier y fut le voir, le 

(1) Ce Village étoit celui de la Pomme 
Blanche: chaque Village a {on nom parti 
curer, | | ju Si LÈt2 


= “ 


Re. 
TROT RIT ne 


: de laLouifrane. 192 
Soldat lui demanda fon bled. Le Natu- 
rel répondit doucement que le bled 
‘n'étoit pas encore aflez fec pour l’égrai- 
‘ner , que d’ailleurs fa femme avoit été 
malade, & qu'il le payeroit aufli-tôt 
qu’il feroit poffible. Le jeune homme 
qu content de cette réponfe menaça 
Je vicillard de lui donner des coups de 
“bâton. Auffi-tôt celui-ci qui étoit dans 
la cabane du Soldat, fut indigné de 
cette menace & lui dit qu’il vint voir 
dehors lequel feroit le plus fort. Sur ce 
défi Le Soldat criant à Paffaffin appelie 
la Garde à fon fecours.LaGarde accous 
frut , & le jeune homme la prefla de ti- 
rer fur le Guerrier qui retournoit à fon 
| Village d’un pas ordinaire , un Soldat 
fut affez imprudent pour le faire. Le 
| vieillard tomba du coup. Bien-tôt le 
“Commandant fut averti de ce qui ve- 
“noir de fe pañler, & fe rendit fur le lieu, 
où les témoins, car ilyen avoit de 
“François & de Natchez, oùlestémoins, 
dis-je, Pinftruifirent du fait. La jufti- 
ce & la prudence vouloient qu’il fit fu- 
Dir au Soldat un châtiment exemplai- 
re, maisil len quitta pour une répri- 
mande , après laquelle les Naturels fi- 
rent un brancard & emporterent leur 
Guerrier qui mourut la nuit fuivante 


ra 


\ À L fe /f LE 
H$3 Hifioiré.... ©} MALE 
de fes bleflures, quoique le fufil n’eûeu. 
été chargé que de gros plomb. Les 
La vengeance eft la paflion domi- 
ÿ ; + à lé ML 
nante des peuples de l'Amérique : ainfks 
l’on ne doit point s'étonner que la mort 
de ce vieux Guerrier ait foulevé tout” 
fon village contre les François, lereften 
de la Nation dans ce commencement 
ne prit point part à la querelle. | 
Le prernier effet du reflentiment des. 
Hôftilité des Natchez tomba furun François nom- 
Natchez,. Le mu PUR DE 
mé M. Guenot, qu’ils furprirent re- 
\ e F e ) 
tournant du Fort à Sainte Catherine, 
& furun autre Habitant qu’ils tuerent, 
dans fon lit. Bientôt après ils atraque- 

F A + e 3 e e e 
rent tout à la fois Habitation de Sain- 
te Catherine , & celle qui étoit fous Le 
Fort Rofalie. C’étoit dans cette der- 
niere que j’avois établi ma demeure. Je” 
me vis donc expolé, ainfi que beau- 
coup d’autres, à payer de mesbiens , 
& peut-être de ma vie la témérité d’un 
Soldat & la trop grande douceur de 
fon Capitaine, Mais comme je connoif- 
fois déja le caraétere des peuples à qui 
nous avions affaire, je ne défefperaïs 

. o Le 
point de fauver l’un & l'autre. Je me 
barricadai dans ma maïfon ; & m’étant 
mis en état de défenfe, loriqu'ils vin=" 
À rent la nuit, feion leur coutume, pour” 


l 


4. 
% 
1 “HSE ER ifiane. 187 
me furprendre, ils n’oferent m'atta- 
De 
| Cette premiere entreprife que je ju- 
} geai bien devoir être fuivie d’une & 
«même de plufieurs autres, me fit pren- 
Mr le parti, dès que le jour fut venu, 
! de me retirer fous le Fort, aïinfi que 
faifoient tous les Habitans, & d’y por- 
“rer toutes les provifions que J'avois en 
mon logis. Je ne pus exécuter mon 
“deffein qu’à moitié : mes Efclaves ayant 
commencé par tranfporter le meilleur, 
da peine fus-je arrivé fous le Fort, que 
le Commandant me pria de me mettre 
à la tête d’un détachement d'Habitans 
pour aller au fecours de Sainte Cathe- 
rine, [Il y avoit déja envoyé toute fa 
Garnifon, ne fe réfervant que cin 
hommes pour la garde du Fort, & ce 
Hécours ne fuffloit pas pour dégager 
Habitation que les Naturels en grand 
por prelfoient vivement. | 
Je partis fans différer. Les coups de 
fu fe faifoient'entendre de loin, mais 
Je bruit ceffa auffi-tôt que j je fusarrivé, 
F & les Naturels parurent s’être retirés ; 
ils m'avoient fans doute découvert dans 
Ma marche , & la vûe d’un renfort que 
Me Éonduifois leur en avoit impolé. 
L’Offcier quicommandoit le dérache- 


484 Hifloire | - 
” _ ment de Ja Garnifon, & que jerelevois} 
retourna au Fort avec fa Troupe, & le 
Commandement m’étant ainfi dévolus 
je fs affembler tous les Negres, & leur 
ordonnai de couper toutes.les brouf- 
failles , qui couvrant la Campagne fa- 
voriloient l'approche de l’'Ennemi juf= 
qu'aux portes des maifons de cette con: 
ceflion, Cette opération fe fit fans aus 
cun trouble, fi ce n’eft une douzaine de 
coups de fufl que les Naturels tirerent 
des bois où ils étoient cachés au-de= 
lä de la Riviere, car la plaine des envis 
rons de Sainte Catherine étant abfolu= 
ment nettoyée de tout ce qui pouvoit 
les mafquer, ils n’oferent plus y pa= 
ln MROIEre : 
Négocktions Cependant le Commandant du Fort 
Rofalie faifoit agir auprès du Serpent 
Piqué , afin que ce grand Chefde Guer- 
re calmât cette partie de fa Nation, &t 
procurât la paix. Comme il étoir de 
nos amis, il y travailla efficacement, 
& les hoftilités ceflerent. Lorfque j'eus 
pañlé vingt-quatre heures à Sainte Ca= 
therine, je fus relevé par un nouveau 
détachement d'Habitans que je relevall 
à mon tour le lendemain. Ce fut à cet: 
te feconde garde queje montai, que Île 
Village avec qui on étoit en guerres, 


s- 
Dot > 


/ 
“ES. 
TS 


H 10 x 
"ia - 
DA 
l'E: 


- 


se de la Louifiane. RÉ RES 
M'envoya par fes députés le Calumet boire 
de Paix. Mon premier mouvement fut Cal umet de 
de le refufer , {çachant que cet honneur Paix à Au 
étoit dû au Commandant du Fort, & 
ilme paroifloit d’autant plus délicat de 
Pen priver que nous n’étions pas trop 
bien enfemble. Cependant le danger 
évident d'occafionner la continuation 
de la Guerre en le refufanc, me déter- 
mina à l’accepter , après néanmoins 
lavoir pris l'avis de ceux qui étoient 
avec moi, qui tous le jugerent à pro- 
Ipos pour menager ces peuples à qui le 
Commandant étoit devenu odieux. 
« Je leur demandai ce qu'ils vou- 
Joïent , ils me répondirent en trem- 
Dlapt , la paix : » Cela eft bon, leur 
mrépliquai-je , mais pourquoi m’ap- 
portez - vous le Calumet de Paix ? 
» C’eft au Chef du Fort qu’il faut le 
# porter pour avoir la paix. Nous 
» avons ordre, me dirent-ils, de te 
>» l’apporter d'abord, fi tu veux le re- 
» cevoir en fumant feulement dedans 3 
» nous le porterons après au Chef du 
22 Fort , mais fi tu ne veux pas le rece- 
» voir, les ordres portent que nous 
» n'avons qu'à nousenretourner. « 

Je leur dis donc que je voulois bien 
fumer dans leur Calumet , à condition 


186 Hifloire | 
qu’ils iroient le porter au Chefdu Forts 
Ils me firent une harargue, elle dura 
peu, quoi qu’elle für très- fateufe ; on 
me difpenfera de la rapporter pour la 
raïfon que l’on peut aifément deviner 
Je répondis à leur harangue , qu il 
étoit bon que nous reprifions notre 
façon de vivre enfemble, & que les 
François & les hommes Rouges OU= 
bliaflent entierement ce qui s'étoit 
_pallé, qu'à mon égard j'avois du cha= 
grin de navoir plus de maïifon, 
mais que j'en alloïis bâtir une très 
promptement , & qu ’aufli-tôt que j'y 
La Maïfon de {erois logé ’oublirois que lancienne 
LP à avoit été dde enfin qu’ils n’avoieñt 
a porter le Cohunct au Chef du 
Fo ort & de là aller dormir chez eux. 

Telle fut l’iffue de la premiere Guers 
re que l’on eut avec les Natchez qui ne 
dura que trois ou quatre jours: 

Dès le lendemain je fus vifité par le 
Serpent Piqué , qui me demanda fi j’a= 
vois tou ours le cœur gros de ma mai 
fon brûlée, qu'il alloit parler à (à 
Guerriers pour me couper du bois é£ 
en faire une autre, Je lui dis quecen É2 
toient point fes Guerriers qui avoients 
brûlé ma mailon &c mes vivres. El mew 
répondit : » jet’entens , demain tu fes 


‘4 de la Louifiane. 127 

» ras content, trouves-toi de bon matin 

> dans l'endroit où tu veux bâtir, je 

D my rendrai avec les Guerriers du 

# Village de la Pomme, & tu leur diras 

» ce que tu as envie de faire. | | 

… En effet, il fe tranfporta avec une 

trentaine d'hommes fur le terrein que 

je lui avois indiqué : je fus aflez occu- 

pé pendant tout ce jour à faire abbat- 

tre des arbres, les jours fuivans je fs 

travailler pour la couverture. On ne fait 

Joint travailler ces Naturels fans leur Les Naturels 
urnir au moins la nourriture néceflai- PERS LE 
te, mais le Serpent Piqué avoit pour- bätirune autre 
yû à tout ; d’autres Naturels venoient cHrR at 
& apportoient à manger plus qu'il n'en 

falloit pour les travailleurs & pour les 

Efclaves. Aïinfi je fis en peu de tems 

Une maifonque j’achevai avec deux Né- 

gres mâles qui m'étoient arrivés. 

M, Les Natchez lui donnerent le nom 

de Maifon forte, parce qu’elle étoit à 

Pépreuve de la balle & qu'il y avoit des ” 
meurtrieres de tous les côtés. 

» Le Commerce ou la Traire fe réta- 

blit comme elle éroit auparavant, & 

ceux quiavoient fouffert quelque dom- 

mage ne penferent plus qu’à leréparer. 

Quelque tems après on vit ariver de la 

nouvelle Orléans le Major Général que 


«. 
LA 
4 


183 Hifhoire # 
le Gouverneur dela Louifiane envoyoït 
pour ratifier cette Paix. Ille fit, &a 
fécurité de part & d'autre devint auffil 
parfaite que fi l’on n'avoit jamais rien 
eu à déméler. FA | 
Il auroitété fort à fouhaiter que les 
chofes fuflent reftées fur un fibon pied. 
Placés dans un des bons & beaux Pays” 
du monde, en liaïfon étroite avec les 
Naturels de qui nous tirions beaucoup 
de connoiffances {ur la nature des pro 
ductions de la terre & fur les animaux 
de toute efpece dont elle eft peuplée, 
ainfi que des Pelleteries & des vivres, 
& aidés par eux dans beaucoup d'ou 
vrages pénibles, nous n'avions beloïn” 
que d’une paix profonde pour former“ 
des établiffemens folides , capables de 
nous faire oublier l'Europe : maislan 
Providence en avoit autrement of= 
donné. le | 


de La Louifiane: 189 


f 


CHAPITRE XIV. 


Serpent à jonnettes monftrueux : Phés 


Li _noméne extraordinaire, 


"Hyver, qui furvintpeu après cet 
"A te guerre fut fi rude, qu on ne fe 
fouvenoit point d’en avoir vû d’auffi 
froids. 

Il tomba du verglas en affez grande 
abondance pour étonner les plus vieux 

Natchez à qui ce grand froid parut 
nouveau. Je ne puis attribuer qu’à la 
violence de ce froid , la caufe pour la- 
qu'elle s'arrêta fur mon terrein un 
monftre plus gros que l’on eût encore 
apperçu dans le Pays. 
0 Tous les matins mes chiens alloïent 


‘abboyer à la même place, {ur un cô- 


teau oppofé à celui ou j'étois bäti ; 
le bois étoir fi fourré que je ne pou- 
vois raifonnablement m'expofer à y 
aller, parce que je pouvois être fur- 
pris par l'animal contre lequel mes 
chiens abboyoient fi régulierement,fans 
pouvoir trouver aucun mogen de me 
rire ; mes chiens quoique très= 


Grand froid 


qui étonne Île 
Naturels, 


190 Hifioire . DR 
hardis n’ofoient avancer, ainfi je n'&= 
vois garde d'entreprendre plus qu'ils! 
n’en faifoient. TER 

Un Natchez qui, comme je Pa 
dit, n'avoit pas voulu me vendre fa 
cabane & fon camp à mon arrivées, 
étoit encore {ur le même terrein;ñil 
vint chez moi, je lui dis que mes 
chiens alloient tous les matins dans" 
Je Bois voifin de fa maifon, & 
aboyoïient très-longtems au même en 
droit; que pour découvrir ce quel 
pouvoit être, il me feroit plaifir d'y 
aller lorfqu’il entendroit mes chienss 
Il me le promit, ajoûtant qu'il me 
rapporteroit ce qu'il auroit vü. Dés 
le lendemain matin mes chiens 4e 
rendirent à l'ordinaire dans le Boiss 
& aboyerent de même ; ils ceffleretit 
quelque tems, | uis recommencerent, 
Je conjeéturai que mon voifin y avoit 
été, par l'intervalle de laboyement de 
mes chiens qui l’auroient reconnu ; Je 
le vis arriver peu de momens 10 
fort efloufflé, maïs encore fi faifi de 
la frayeur qu'il avoit eüe, qu'il ref 
fembloit plutôt à un homme moft 
qu’à toute autre chofe. 1360 

Je lui demandai ce qu'il avoit:54il 
me répondit qu'il avoit eu une AM 


a de la Louifiane. 19 
grande peur, qu'il avoit peine à en 
revenir ; qu'il étoit allé aufli-tôt & 
très-doucement à mes chiens, dès 
qu'il les avoitentendus; qu'ils s’'étoient 


avoir un peu excités, ils avoient re- 
Commencé en avançant un peu; qu'a- 
lors il avoit entendu un horrible fif- 
lement, & vû remuer le corps d’un 
Serpent à fonnetes auffi gros que lui ; 

CE NO / 3e 3 7 
qu’il en avoit été fi effrayé quil s'é- 
toit enfui, & qu'il en étoit encore 
fa; qu'il alloit quitter fon champ & 
demeurer au grand Village, parce 
que fi cet animal fentoit une fois la 
chaleur, il dévoreroit quelqu'un de 
fa mailon. 

Je lui demandai fi ce qu'il me di- 
Loit étoit bien vrai, parce que je n’a- 
Vois jamais oui dire qu'il y eût de fi 
pros Serpens à fonnettes ; il me ré- 
pliqua que cela étoit très-xral, que 
je pouvois m'éclaircir par moi-même 
s’il étoit vrai ou faux; que comme 
je tirois bien & que je n'aurois point 
peur , je le tuerois aifément ; que pour 
ui il n’éroit nullement fûr d’en faire 
de même, parce quil le craignoite 
TL me quitta en m’affürant que dès 
Pinflant il alloit partir & changer de 
demeure, 


ths à fon arrivée; mais qu'après les 


Serpent à Sonÿ 
nettes MOonf- 
TIUCUXS 


192  Hifhoire 4 
Je fis enfuite de cette nouvellé! 
mes réflexions fur le parti que j'avois 
à prendre pour me défaire de cal 
animal , dont le voifinage me déplais 
{oit fort; je crus qu'il y auroit de 
la témérité d’aller pour le furprendres 
que plutôt en agiffant de rte 
je courrois rifque d’être furpris mois 
même ; l’épaiffeur da Bois n'empôl 
chant de le voir .aflez-tôt pour tirer 
& de me défendre ou de me fauver 
felon qu'il conviendroit dans l’occas 
fion. ‘à x TN 
Nous étions fur la fin de Fhyvers 

la quantité de feuilles qui étoient 
tombées tant des arbres que des 
cannes dont ce Bois étoit fourrés 
couvroit la terre de plus d’un piedk 
d'épaifeur; je réfolus d’y mettre le 
feu, & je n’attendois plus qu’un vent 
favorable qui püt porter vers ce monf= 
tre le feu que je mettrois de mot 
côté. Il furvint un vent dont je pro“ 
fitai pour exécuter mon deffein; il 
étoit fort , & poufla le feu avec tant 
de_violence qu’il brûla les cannes 8 
les brouffailles. Quand les cannes vers 
tes font échauffées par le feu, Pais 
qui eft renfermé entre les nœuds fe” 
dilate , & les fait peter comme de 
+ ASENNNESS 


_ de la Louiliane. 19 
Æoups de fufl; de forte que l'on eût 
dit en entendant ce bruit, que c’étoit 
deux Armées dans le plus fort du 
Combat. | 

: Je penfois qu'un fi grand feu le 
Mrouveroit encore engourdi & le bré- 
Meroit, ou lui feroit mal à ne pou- 
voir aller bien loin. Je fus curieux 
lle lendemain de voir louvrage du 
lfeu ; je pouvois alors vifiter ce Bois 
ravec moins de peine & de rifque ; je 
menait mes chiens qui me firent voir. 
Ma retraite du Serpent; tout étoit 
brûlé, mais l’animal n'y étoit plus. . 
Le Dimanche fuivant j'appris par un 
ÆHabitant qui demeuroit au-defous de 
moi, que dans le tems que le feu 
étoit dans mon Bois, il étoit dans 
Non champ avec plufieurs Natchez; 
pour le préparer à recevoir la femen= 
ce; qu'ayant entendu un bruit dans 
le Bois voifin de fon champ & in- 
quiets de ce que ce pouvait être, ils 
an virent {ortir un Serpent d'une grof- 
leur énorme, que la crainte les avoit 
aifis, qu'ils avoient jetté leurs pios 
ches & s’étoient enfuis de toutes leurs 
“orces jufqu’au delà de la Ravine : 
que s'étant retournés pour le confi- 
Me. ils le virent entrer dars le 


TomL I 


$ 
194 Hifloire * 
Bois oppofé avec tant de vitefle } 
qu'ils ne purent difcerner fa longueurs 
qu'il paroïfloit avoir été épouvanté 
du bruit des cannes auxquelles j’avois 
mis le feu, qu il y avoit apparence 
qu'il en venoit , & que le chemin | 
qu'il avoit pris, le conduifoit à la 
Cipriére (1). 
Phénomène Nr lautomne de cet année, le 
grrraordinäire, is un Phéroméne qui Épouvanta forts 
les Superftitieux ; il ét toit en effet fi 
extraordinaire que jamais je n’avoiss 
entendu raconter rien de femblable 
ou même qui en approchàt: ainfi je 
crois devoir le rapporter; les Sça= 
vans pourront exercer leurs talens à 
en découvrir les caufes. * 
Jé venois d’achever mon fouper 
hors de ma maïion, dans le defein 
d’être plus au frais: j'étois tourné 
vers l'Oueft & aflis devant ma table 
à examiner quelques planetes qui pa 
roifloient déja: j'apperçus une lueur qui 
me fit lever les yeux ; à l’inftant je 
vis partir du Midi à la hauteur d’en- 
viron quarante-cinq degrés au-deffus! 
de l'Horifon, une lumiere de la lar* 
geur de trois doigts, qui fila vers le 


(x) Cipriére eft un lieu bas pans de Gi 
pres, de Ronçes, &ce 


PARA , \ 


2. DEEE 
LES 


de la Louifiane. 19f 
* Nord toujours en s'élargiflant, & 
qui fe fit entendre en Gflanc coinme 
la plus groffe fufée volante. Je ju- 
igeai à la vûe que cette os ne 
“pouvoit être gucres au-deilus de l’At- 
mofphère, & le bruit ou fiflement 
. que j'entendois me confirma dans mon 
idée. Quand elle fut de même à qua- 
rante cinq degrés environ , au-deflus 
de l'Horifon du côté du Nord, elle 
s'arrêta & cela de s’élargir ; en cet 
endroit elle paroïffoit large de vingt 
doigts, de orte que- dans fa courfe 
qui avoit été très- -rapide , elle avoit 
formé Ja figure d’une trompette ma- 
rine, & Jaïfloit dans fon pañage des 
-étincelles crès-vivess & plus brillantes 
que celles qui IteRe de deflous le 
_ marteau du Forgeron, & qui s’éte]- 
 gnoïient à melure qu'elles s’étoienc 
Échappées. | 
À cefte hauteur du Nord que je 
viens de dire, fortit du milieu du 
gros bout, un Boulet tout rond avec 
“bruit, & en feu; çe Boulet avoit 
 &viron fix doigts de diamètre, il 
fut tomber fous l’'Horifon au Nord, 
êc renvoya environ vingt minutes 
après, un bruit fourd, mais très-gros, 
& de l'efpace d’une minute au moins, 


si 


O0. Hi iffoire | | 
& qui paroïffoit venir de fort loifis 
La lumiere commença à s’affoiblir du 
côté du Midi, après la fortie du Bou 
let, & fe difipa enfin avant que les 
bruit du Boulet fe fût fait enten= 
dre. | î 
Le Phénomêne fut apperçu vers fan 
fin de beaucoup de perfonnes qui 1e} 
virent avec frayeur ; mais il ny en 
avoit point de mieux placé que mois 
pour le voir depuis fon commence=s 
ment juiqu’à fa fin, de OT 


de la Louifiane. 197 


CHAPITRE XV. 


Le Gasieraeur furprend les Natches 
avec 790 hommes: Difcours du Ser- 
pent Pique au füjet de cette Guerre , 
€ de la Paix qui l’avoir précedée : À 
Le Médecin du Grand Soleil guérit 
L Auteur d'une Fiftule lacrymale : Cu- 
res furprenantes des Médecins Natu- 

_rels: L’Auteur envoye à la Compas 
grie plus de 300 Simples. | 


M. .De Biaïinville au Comeneement 
de l’hyver qui fuivitce Phénomé.- 
ne , arriva dans notre Quartier des 
Natchez fans bruit , & fans que per- 
fonne en fut prévenu que le Com- 
mandant de ce Pofte, qui avoit or- 
dre d’arrêter tous les Natchez qui 
viendroient au Fort ce jour - à, afin 
que la nouvelle de fon arrivée ne püt 
être portée aux Natchez. Il avoit ame- 
né des Troupes réglées, des Habi- 
tans & des Naturels alliés, au nom- 
bre de fept cent hommes en tout. 

L'ordre fut donné, que tous nos 
Habitans des Natchez fe trouvañlent, 

k [ :j 


L4 


1 98 Hifhire | 
à fa porte à minuit au plus tard; je 
m'y rendis, & me confondis dans la 
foule fans me faire connoître. - 
Nous arrivämes deux heures avant 
le jour à PHabitation de Sainte Ca- | 
therine. Le Commandant m ayant en- ! 
_ fin trouvé, m'ordonna de la part du : 
< Roi, de me mettre à la tête des Ha- | 
bitens des Natchez, & de les com- 
mander ; & à eux de m obéir com= 
L'Armée va Mme à lui-même, Nous avançâmes en 
in ile de srand filence vers le Village de la 
l'omine; ? 
Pom me: il eft ailé de voir que tou- 
tes Ces | précauti ions étoient pour fur- 
pret ndre nos Ennemis, qui devoient : 
d'autant moins s'attendre à cette hof- 
tilité, qu’ils avoient fait la Paix avec 
nous de bonne foi, & que M. Paillou 
Major Général étoit venu ratifier cete 
te Paix de la part du Gouverneur. 
Nous marchâämes aux Enremis; on 
inveft t la premiere cabane des Nat- 
chez qui fe trouva feule ; les Tam- 
bours accompagnés du Fifre battirent 
la charge, on fit feu fur cette caba-w 
ne, daus laquelle il n'y avoit que 
trois hommes & deux femmes. | 
L'on fe tranfporta de fuite au Vil-: 
lge, c’eft-à-dire à plufieurs cabanes 
qui fe fuivoient; nous nous arrétà-| 


LE 
5 LS 


de la Louifiane, 159 
» fes À trois qui étoient voifines lu- 
ne de l’autre, dans lefquelles s'étoient 
. retranchés douze à quinze Natchez. 
“ À nous voir, on nous auroit pris 
. pour des gens qui venoient feulement 
pour confidérer ces cabanes. Indigné 
_que perfonne ne fe mettoit en devoir 
d'avertir, je pris fur moi de cerner 
avec ma Troupe les Ennemis pour 
Les prendre par derriere. Ils prirent 
la fuite, je les pourfuivis ; mais il 
- nous auroit fallu des jambes de Che- 
. vreuils pour pouvoir les joindre. Ce- 
pendant je les avois approchés de fi 
près, que pour courir plus fort, il 
_jettoient leurs vêtemens. 
… Je vins rejoindre; je mattendois 
ja être repris de les avoir forcés fans 
ordre; j'avois ma défenfe toute pré- 
“te: je me trompois, on ne me don- 
i na que des louanges. Je n’aurois pas 
rapporté ce fait, fi M. de Biainvil- 
Je ne leût marqué avec plus d’éten- 
. due dans la Relation de cette Guerre 
- qu'il envoya à la Cour, & qui fut 
. mife dans le Journal. 

Cette Guerre dont je ne ferai pas 
d'autre détail, dura quatre jours fur 
ble lieu: M. de Biainville demanda la Moyen de 
“yête dun ancien Chef mutin de cePrix- 

Liv 


200 Hiffoire 


L’Auteur ar- 
rète le Serpent. 


| Fiqué, 


Village, les Naturels la lui donneren 
pour avoir la Paix. 

J'étois un peu éloigné du Village | 
de la Pomme, & je ne voyois jamais” 
gueres de gens de .ce Village; ceuxs 
qui en étoient plus proches en étoients 
vifités plus fouvent, mais depuis cette 
Guerre dont je viens de parler, &. 
la Paix qui avoit fuivi, je n'en vis. 
plus aucun ; & mes voifins plus près, 
d'eux n’en virent qu'un crès - petitu 
nombre, & même très-l onptems après! 
la Guerre finie. Ceux même des au 
tres Villages ne venoient plus que ra-. 
rement, & j'aurois fouhaité en étre 
débarraflé pour toujours, fi nous n’en 
euflions point eu befoin ; mais nous. 
havior ï ni Boucherie ni Poifflonne-+ 
rie; La alloit donc fans leur fecours , 
fe pañler avec ce que la baffe-cour’ 
& les jardins nous procuroient de, 
nourriture: ainfi nous ne pouvionsh 
gueres nous pañler d'eux. | 

J’arrê ai un jour le Serpent Piqué. 
qu: pañlo t fans regarder & fans s’ar-" 
rêter ; il étoit frere du Grand Soleilm 
& grand Chef de Guerre de la Na-4 
tion des Natchez ; & pour aller aus { 
Fort, il ne pouvoit pañer que. pars 
devant ma Maïifon; sil eüt pris t 


C4 
 ! 


1 de la Louifiane, 201 
“chemin de détour il y auroit paru de 
Paffe@ation, & il étoit trop prudent 
“& trop profond politique, pour en 
“agir de ja forte. | 
…. Je l'appellai donc & lui dis: » Au- 
“> trefois nous étions amis, ne le fom- 
>» mes nous plus? Il répondit : Voco, je 
>» nefçais: (1) je repris ainfi : tu venois 
“» chez moi, à préfent tu pañles droit; 
“> as-tu oublié le chemin, ou fi ma 
“» Maïfon te fait de la peine? pour 
“> ce qui eft de moi mon cœur eft 
-» toujours le même pour toi & pour 
#» tous mes amis, je ne fçais point. 
» changer, pourquoichanges-tu donc£ 

Il fut du tems à me répondre, 
& je m'apperçus que je l’embarraf- 
fois par ce que je lui difois. Il n’al- 
Jloit au Fort que quand le Comman- 

. dant lui faïfoit dire de venir: celui- 
ci men avoit parlé, & prié en mé- 

 me-tems de le fonder; vû que lEn- 
terpréte ne lui rendoit point de bon- 
nes réponfes, & qu’il étoit à propos 
de sefforcer de découvrir sil ny 


_  (r) Noco, je ne fcais, eft un terme qui 
veut dire, non qu’on ne fçait point la chofe 
. demandée, mais plutôt qu'on n’a pas envie 
de la dire ou d’en parler. L 
À v 


EN 


202  Hifhoire_ 1 
avoit point chez eux quelque rellek 
| de reflentiment. | | 4 
Difcours 4 [1 rompit enfin fon filence & me 
PAPE ME dit: » je fuis honteux d’avoir été fi 
 long-tems fans te voir, mais je. 
» croyois que toi-même tu étois fà-? 
» che contre notre Nation; parce que 
» de tous les François qui étoient à 
» la Guerre, perfonne autre que toi 
» n’a foncé fur eux. Tu as tort, lui, 
» répliquai-je, de penfer de la forte; 
» M. de Biainviile étant notre Chef 
» de Guerre, nous devons lui obéir, : 
» de même que toi tout Soleil que 
» tu es, tu ferois obligé de tuer ow 
» faire tuer celui à qui ton frere le 
s Grand Soleil t’ordonneroit d’ôter 
æ la vie: bien d'autres François que 
» moi ont cherché l’occafion de les 
» attaquer, comme M. de Biainville 
» l'avoit ordonné; plufieurs François 
» ont foncé fur la premiere cabane; 
» & il y en a eu un de tué du pre- 
» mier coup de fufil .que les Natchez 
æ Ont tiré. 3 
{1 me dit enfuite:» Je n’ai pas 
» approuvé, comme tu fçais, la Guer- 
» re qué nos gens ont faite aux Fran- L 
p çois, pour venger la mort de leur « 
parent, puifque je leur ail fait por= W 


0 de la Louifiane, 3203 
_mter le Calumet de Paix aux Fran- 
- » çois; tu le fçais, puifque tu:as fu- 
… » mé le premier dedans. Eft-ce que 
… les François ont deux cœurs, un 
* bon aujourd’hui & demain un mau- 
» vais? pour ce qui eft de mon fre- 
- » re & de moi, nous n'avons qu'un 
» cœur & une parole: dis-moi donc, 
“ >» fi tu es, comme tu le dis, mon 
æ vrai ami, ce que tu penfe de tout 
» Cela, & ferme ta bouche pour tout 
. autre; nous ne {çavons-tous que 
_» penfer des François, qui après avoir 
» commencé la Guerre, ont donné 
 æla Paix, & l'ont offerte eux-mé- 
_ » mes; puis dans le tems que nous 
. » fommes tranquilles nous croyans en 
. » Paix, on vient nous tuer fans rien 
> dire. ; 
» Pourquoi, continua-t-il d’un air 
» chagrin, pourquoi les François font 
_ ils venus dans notre Terre? nous 
» ne fommes point allés les chercher: 
. » ils nous ont demandé de la terre, 
_» parce que celle de votre Pays étoit 
# trop petite, pour tous les hommes 
- » qui y étoient. Nous leur avons dit 
» qu'ils pouvoient prendre de la ter- 
» re où ils voudroient, qu'il y en 
» avoit aflez pour eux & pour nous, 


Ï y] 


204. Hiftoiré LES 
» quil étoit bon que le même So 
» leil nous éclairât, que nous mar” 


»'Cherions par le même chemin (1), 


» que nous leur donnerions de ceque 
> nous avions pour vivre, que nous 

RUE A A A . fe: 
» les aiderions à fe bâtir, & à faire 
» des champs; nous l’avons fait, ce- ! 


» [a n’eft-il pas vrai À 
» Quel befoin avions-nous des Fran- 


» çoisf avant eux ne vivions-nous « 


> pas mieux que nous ne falfons, 
> puifque nous nous privons d’une 


» partie de notre bled (2), du gi-. 
» bier & du poiffon que nous tuons 
» pour leur en faire part! en quor. 


» donc avions-nous befoin d’eux ? 
» étoit-ce pour leurs fufils ? nous 
» nous fervions de nos arcs & de 
» nos fléches qui fuffifoient pour 


» nous faire bien vivre : étoit-ce pour . 
> leurs Couvertes blanches, bleues où 


» rougesf nous nous pañlions avec 
» des peaux de Bœufs qui font plus 
» chaudes ; nos femmes travailloient 


(1) Ces expreffions fignifient la bonneïn- * 


telligence. 
(2) Ce mot fe prend fimplement pour fi- 
ghifier le Mahiz, qui ef la principale nour- 


riture que le Pays produi.:, & duquel on {e 


{ert, faute de froment. 


É] -  delaLouiflmnez  ‘20f 
bp: a des Couvertes de plumés pour 
= lhyver, êt d'écorce jt meurlers 
‘a pour l'été, cela n’étoit pas fi beau; 
|» hais nos femmes étoient plus labo- 
1 > rieufes & moins glorieufes qu’elles 
_» negont. Enfin, avant l'arrivée des 
> François nous vivions comme des 
> hommes qui fçavent fe pañler. avec 
æ ce quils ont ; au lieu qu’aujour- 
> d'hui nous marchons en Efclaves 
> qui ne font pas ce qu’ils veulent, 
h. À ce difcours auquel je ne m'é- 
tois point attendu, je ne fçais ce 
qu'un autre auroit répondu ; ; mais j'a- 
voue fincérernent que fi à mes pre- 
 mieres paroles il avoit paru embarraf- 
16, je l'étois véritablement à mon 
tour. » Mon cœur, lui répondis-je, 
> Fée mieux tes raifons que mes 
oreilles, quoiqu’elles en foient plei- 
3 nes ; & quoique j'aye une langue 
 æ pour répondre, mes oreilles n'ont 
.» point entendu les raïfons de M. de 
.» Biainville pour te les dire ; rnais 
» je fçais qu'il falloit avoir la tête 
» qu'il a demandée, pour avoir la 
> Paix. Quand nos Chefs nous com- 
» mandent, nous ne demandons pas 
# pourquoi: je ne te puis dire autre 
2 di 3 Mais pour te faire voir que 


206 Fi ifloire 


D je fuis toujours ton véritable ami ‘4 
SE » j'ai ici un beau Calumet de Paix, 
Serpenc Pique, que Je voulois porter en mon Pays; 5. 

» je Îçais que tu as ordonné à tous! 

mtes Guerriers de tuer des Aigles 

» blans pour en faire un, paræ ques 

» tu en as befoin; je te le donne 

» fans deffein, pour te prouver quel 

» rien ne m'eft cher quand il s'agit 

» de te faire plaifir, 6 

J’allai le chercher & le lui donnai ; 
en lui difant qué c’étoit fans deffein 

(1). Les Naturels eftiment autant uf, 

Calumet de Paix qu’un fufil : j’avoisw 

orné celui-ci de clinquant & de fils 

d'argent , que j'avois défaits d’ail-" 
leurs ; deforte que fuivant leur eftime: 
mon Calumet valloit deux fufils. Ïl en 
parut extrémement content , le remit 
avec précipitation dans fon. étui, me. 
ferra la main enriant, & me nomma 
fon véritable ami. | 
Huile d'Ours  /Hyver tira à fa fin, & dans peu. 
les Naturels devoient nous apporter de 

Phuile d'Ours à traiter ; 1 ‘efperois que . 

par fon moyen j’en aurois à traiter de | 


(5 ) Ce terme fans deflein, f gnifie fans ” -| 
intéret , fansautre mauvaife 1 intention ; que M 
celle que l’on fait paroître en parlant ou en 
agiflante 


1 1 
Fos ON -— 
Ge Ph A ne LR ot ETS EMA 25e 


D ©: de la Louifiane. 207 
“a meilleure par préférence ; c’étoit le 
{ul dédommagement que j'attendois 
de mon Calumet. Mais je fus agréa- 
blement trompé ; il m’envoya un Faon 
(1) d'huile d'Ours, fi gros qu’un hom- 
me puiffant & fort fuccomboit fous le 
fardeau ; il me lenvoyoit , me dit le 
porteur , fans deflein , comme à fon 
vrai ami, Ce Faon contenoit trente- 
un pots mefure de ce pays, ou foi- 
xante-deux pintes melure de Paris 5 
les Loix & Coûtumes font les mêmes 
par toute la Louifiane que dans la Ca- 
pitale du Royaume, 
Trois jours après le Grand Soleil Prix ce Phule 
fon frere m’envoya un autre Faon de °°" 
la même huile; jen trouvai quarance 
_pintes dans celui-ci ; ainfi ma généro- 
fité me valut cent deux pintes d’huile. 
La plus commune fe vendoit cette än- 
née vingt fols la pinte, & je pouvois 
être afluré que la mienne n’étoit point 
de celle qui fe vendoit le moins cher, 

Depuis quelques jours il m’éroit ve- 
nu à l’œil gauche une fiflule lacryma- rifule taerya 
le , qui rendoit un humeur de fort #5 venue 
Peu + 1. à uteur, 
mauvais préfage , lorfqu'on la pref- 
C3) Dans la Defcription de l’Ours , on 
“trouvera celle du Fuon, & la maniere de 
le faire, 7 


208 Hifloire 4 
foit : je la fis voir à M. déS. Hitaire 
Chirurgien habile, qui avoit travaillés, 
environ douze ans à PHôtel-Dieu de. 
Paris. : 
Ïl me dit qu’il étoit néceffaire d'y. 
employer le feu ; que malgré cette 
opération ma vûe ne feroit point al 
térée, que je Paurois auffi bonne qu’au-, 
paravant , mais feulement que mon œil. 
feroit éraillé , que fi je n’y faifois tra. 
vailler promptement, los du nez fe 
carieroit. 

Ces raifons me chagrinoient beau 
coup ayant à craindre &à fouffrir, jy 
érois cependant réfolu lorfque le Grand 
Soleil & fon frere arriverent de grand, 

matin avec un homme chargé de gi- 

bier pour moi ; je les remerciai & leur. 
dis qu'il falloit refter à en manger 5 

part, ils l’ac ccépterent. 

Le Grand Soleil s’'apperçut que val 
vois une groffeur à Pœil &: me demanda. 

_en même.tems ce que c’étoit : je le lui 
montrai &c lui répondis que pour le 
guérir on m'avoit dit qu il falloit ÿ 

mettre le feu » Mais que J'avois de la’ 
peine à m'y réloudre , parce que j'ap=. 
préhendois les fuites. Il ne me répondits 
rien, &cfans men avertir ; il ordonna. 

à celui qui avoit apporté le gibier d'a 


! 


11,4 RE: N7 ’ 
RE F ï * 


10 de la Louifiane: 209 
ler chercher fon Médecin, & de lui 

dire qu'il Pattendoit chez moi. Au 

moyen de la diligence du Meffager & 

du Medecin, ce dernier arriva une heu- 

“re après. Le Grand Soleil lui comman- 

‘da de voir mon œil & de faire en forte 

de me guérir : après l'avoir examiné ;, < 

le Medecin dit qu'il me guériroit avec 
“des Simples & de l’eau. J’y accordai 

“avec d'autant plus de plaifir & de faci- | 
# que par ce médicament je ne cou- L 
rois aucun rifque. : 
… Dès le foir mêmele Medecin vint 

‘avecfes Simples pilées enfemble , & ne 

 faifant qu’une feule boule qu’il mit avec 

. de l’eau dansun baffin creux, il mefit Le Medecin 
. pancher la tête dans le baflin, enforte Dé PA 
_que mon œil malade trempoit tout ou-E. 
vert dans l’eau. Je continua pendant 

“huit ou dix : jours foir & mätin, après 

. quoi je fus bien guéri fans autre opéra- 

tion & fans qu'ily parût, & jamais de- 

uis n’en ai eu aucune attaque. 

D. left aifé de comprendre par cere-  ‘- 
ic. combien les Médecins Naturels de 
la Bouifiane font habiles : je les ai vûs 

faire des cures furprenantes fur nos 
François mêmes , fur deux entr’autres 

“qui s’étoient mis entre les mains d’un 


“Chirurgien François qui s’'étoit éta-. 


Cures furpré- 
hantés des Mé- 
decins Natu- 
fCÎSe 


; 


114 
310. Hiflre :: 0 
bli dans ce Pofte. Ces deux malades 
devoient paffer par les grands remedes 
mais après avoir été traités pendant 
quelque-tems , leur tête s’enfla de telle 
forte qu’un d’eux fe fauva du Chirure 
gien avec autant d’agilité que feroit um 
Criminel des mains de la Jufice , s’il 
en trouvoit loccafion favorable. I] fut 
trouver un Medecin Natchez qui le 
guérit en huit jours ; fon RE ref= 
ta chez le Chirurgien François où il 
mourut trois Jours après la fuite du pre+ 
rnier , que j'ai vû trois ans après jouir 
d'une fanté parfaite, | 
Dans la guerre que j'ai rapportée Ja 
derniere , le Grand Chef des Tonicas 
nos Alliés fut bleflé d’une balle qui 
lui perça la joue, fortit de deffous la 
machoire pour rentrer dans le corps , 
d’où elle éroit fur le point defortir vers 
l’omoplate, & étoit reftée entre cuir & 
chair ; fa bleflure étoit difpofée de la 
forte, parce que dans letems qu’on tira 
fur lui , il s’étoit courbé, comme ceux 
de fa Troupe, pour faire le coup de 
fufil. Le Chirurgien F rançois quiven 
avoit foin & qui le panfoit avec gran- 
de précaution, étoit habile , & n'épar-! 
gnoit rien pour fa guérifon : mais les. 
Medecins de ce Chef qui le vifiroienth 


D dela Louifianes 21% 
jus les jours, demanderent au Fran- 


Cois combien dstems il feroit à guérir : 
celui-ci répondit qu'il feroit au moins 
fix femaines. Îls ne répliquerent point : 
jais s’en allerent fur le champ faire un 
fancard , parlerent à leur Chef, le 
mirent deffus , l'emporterent & letrai- 
terent à leur maniere, il ne leur fallut 
que huit jours pour le guérir radicale- 


ment. 

‘ Il ny a perfonne dans la Colonie, 

qui ignore les faits que je viens de rap- 

porter. Ces Medecins ont fait un grand : 

fombre d’autres cures dont la narra- 

tion demanderoit un volume particu- 

lier ; je me fuis contenté de rapporter 

feulement ces trois que je viens de ci- 

ter, pour faire voir que des maux que 

Von regarde ailleurs prefque comme in à 
curables, defquels on ne euéritqu'au 

bout d’un long tems, & après avoir 

beaucoup fouffert, des maux , dis je, 

de cette efpece font guéris fans opéra- 

tion douloureufe & en peu de tems par 

les Medecins Naturels de la Loui- 

fiane. 

La Compagnie d'Occident infor- L'Auteur en: 
mée que cette Province produifoit Lénie . 
quantité de Simples, dont les vertus 300 Simplese 

connues des Naturels leur donnoient | 


LA 
Lu 
NX 


3x2 Hiffotre US 
tant de facilité à guérir toutes forte 
de maladies, donna ordre à M. des 
Chaife qui venoit de France en qualité 
e Directeur Général de cette Color 
nie, de faire faire la recherche des Sim 
ples propres à la Medecine & à la tein: 
ture , par le moyen de quelques Fran: 
çois qui pourrolent avoir le fecret des” 
Naturels. Je fus indiqué à M. de Ia 
_ Chaïfe, qui ne faifoit que d’arriver ,ül 
m'écrivit en me priant de donner més 
foins à cette recherche ; je le fis avéc 
plaifir & m'y livrai de grand cœur, 
parce que je {çavois que la Compagnie 
 faifoit continuellement ce qu’elle pou: 
voit pour le bien de la Colonie. 
Lorfque je penfai avoir fait à cet 
égard ce qui pourroit fatisfaire la Com: 
pagnie, je tranfplantai en terre dans 
des paniers de canne, plus detroïs cens 
Simples avec leurs numéros, & un Més 
moire qui détaïlloit leurs qualités , & 
enfeignoit la maniere de les employer: 
J’appris qu’on les avoit mis dans um 
Jardin botanique fait exprès par ordre 
dela Compagnie. 


we. dela Louifiane 21% 


POCHAPITRE XVI. 


“4 

Voyage de lAuteur dans les Terres de 
… La Louifiane: Il prend des Naturels 
… pour l'accompagner : Tems de [on dés 
“ part: Chaffe aux Dindons : Decou- 
 yreurs: Signaux. 

ŒN Erurs monarrivée à la Loui- 
27 fiane j'avois tâché d'employer 
mon tems à m'inftruire de tout ce qui 
m'étoit nouveau, & je m'étois appli- 
qué à chercher des objets dont la dé- 
couverte pût être utile à la Société. 

. Je réfolus de faire un voyage dans 
les terres. Ainfi après avoir laiflé mon 
Habitation en bon état & donné mes 
ordres À mes gens , après que j’eûs prié 
mon voifin & ami d'avoir l'œil à mes 
intérêts & qu'il m’eût promis d'y ap- 
porter fes foins, je me difpofai à faire 
un voyage dans l'intérieur de la Pro- 
vince , pour connoître la nature du fol 
&z de toutes fes produétions , & pour 
faire des découvertes dont perfonne ne 
parloit ; pour trouver auf s'il étoit 
 poffble , des chofes que perfonne ne 


214 _ Hifhoire E ! 

recherchoit, parce qu’on ne voit rief 

faute de prendre la peine de {ortirs de 

fa maifon, & que lon s’imagine queda 

terre eft obligée de prévenir l’homme 

en tous fes beloins , & de lui préfenter 

toutes préparées les richefles qu'e le 

pofléde, & dont il voudroit Jouir fans 

les avoir, pourainfi dire, achetées au 

prix de {es travaux. US 

Te fus dans l'obligation avant der 

partir, de confulter un ancien Habitant 

fur la fituation de quelques Rivieres 

& fur quelques autres connoiffances 

que je défirois avoir pour plus grande 

füreté pendant certain tems de ma roë: 

te ; ilme décela & communiqua mon 

deffein à plufieurs autres qui comme lui 

vouloient venir faire voyage. Ilme dés 

couvrit aux autres, parce que je n'aVOIS. 

point voulu Padmettre àme tenir com: 

pagnie; mais ilne gagna rien à révélers 

mon fecret, puifque je fus Rexel 

& que je perfiftai dans ma réfolutions 

malgré les vives follicitations que l'on 

me fit & que l’on croyoit capables de: 

m'ébranler, Ces genss’imaginoient fans 

doute que ma fortune alloit deveni# 

L'Auteur ne brillante au moyen de ce voyage ils 
prend point ; (2 ‘3 0 

Fe rencos auroient défiré profiter de ce que Jaus 


pour compa rois pû découvrir, mais ils aurojent eWh 


gnons de voyaa 
2€e 


=” 
À 


#4 
; 
h 


158 
Pt 


tilité du Public ; mais je voulois être 
feul pour me comporter à mon aife, 


demeurer autant de tems que je le ju« 

gerois à propos. Je ne voulois point de 
Compagnie, ne voulant partager avee 

perfonne la gloire des connoiffances 

que j'acquérerois & que je me promet- 

tois dans ce voyage. Ma troifiéme rai- 

[on enfin fur l’exemple, non de M. de 

la Saile , ils nauroient eu aucune bon 

ne ralfon de m’affafliner , mais celui de è 
M. de S. Denis qui étant parti de la 

Mobile avec vingt-cinq hommes ne 

put en emmener que dix avec lui, une 

partie l'ayant abandonné en chemin , 

les autres s'étant établis aux Na@chie. 

toches, M. de S,. Denis avoit trop de 

prudence pour faire marcher de force 

des gens dontle fervice n’auroit pâ que 

lui nuire plutôt que de lui être avanta= 

geux. [Il pouvoit les runir ou les faire 
larcher ; il ne fit ni lun ni l’autre: 
qu'aurois-je donc fait d’une demie dou- 
Zaine d'Habitans,qu’ à la véritéferoient pes Françoïs 
partis de grand cœur, mais qui n'au- n° peuvent fai. 


ÿ ; re de pareil 
roient point eu la conftance d’être fur voyages 


216 2 Hifloires NS 
leurs jambes toute une journée, dé 
monter, de deifcendre, de faire des! 
cajeux pour pañler des Rivieres,de cou= 
cher fur les feuilles , de cabaner tous! 
les foirs, de chafler pour avoir de quoi 
vivre, d’être à leur tour pour aller à Ia 
découverte, qui auroient eu peur dé 
fe perdre , ou qui auroient fui à la vüen 
d'une bête fauvage? Les François n’ont” 
point tant de patience : ils ne font 
point d’ailleurs afiez forts, pour fatis 
guer de façon à porter toutes les uftenis 
ciles néceffaires ainfi que les provis 
fions ; ils m’auroient tourmenté pouf 
revenir, puifqu'ils n’auroient rien v® 
de curieux felon leur maniere de pens 
{er , ils auroient été bien-1tôt dégoûtés 
de manger dela viande d’une main, 6 
de l’autre de la viande féche au lieu de 
pain, il nous auroit fallu quatre lits 
pour fept que nous aurions été: de qui 
nous ferions nous fervis pour les pors 
ter, & lesautres chofes que l’on tranfs 
porte aifément dans les voyages que 
l’on faic dans les Pays habités & civis 
lifés ? D’ailleursn’ayant aucune autos 
rité fur mes compagnons de voyage # 
j'aurois été obligé ou de retourner far 
mes pas, ou de voyager feul ; le pres 
mier m'auroit été infupportable , le 

chagrin 


LEA ES 
RE : 


Ki _ de la Louifiane 217 
“Æhagrin m'auroit accablé, le fecond 
-m'étoit impoflible ; je pris donc avec 
moi dix Naturels que je préférai aux 
ÆFrançois, avec lefquels je n’aurois püû 
exécuter la moindre partie des chofes 
que je n'étois propofées. 
_ Les Naturels font infatigables, ils  L'Auteur 
font robuftes & dociles, ils ont l’ad- CSS ENTE 
dreffe fuffifante pour la chafle ; & com- 
me je devois être feul de François avec 
Eux , je devois aufli m’attendre que 
les perfonnes qui viendroient avec moi 
ne feroient point fi fatiguées que fi nous 
euffions été plufieurs Habitans, On ver. 
ra par la fuite de cette Hiftoire, & en 
particulier dans ce voyage, la différen- 
ce d’un compagnon à un autre, & que 
javois eu raifon de préférer les uns aux 
autres. - ni 
_ Je choïfis les dix Naturels qui me 
parurent de l’humeur la plus traitable, 
& les plus propres à fupporter la fati- — 
ue d’un voyage qui devoit fe faire 
endant l’'Hyver. Je leur fis compren- 
re le deffein de toute l’entreprife. Je 
leur dis que nous éviterions de pañler 
hez aucune Nation, & que nous ne 
ferrions que des terres inconnues & 
ue perfonne n’habitoit , parce que je 
f voyageols.que pour découvrir des 
Tome LI. | 


LS 


218 -  Hftite COOMRANRES 
- chofes dont aucun homme ne pouvoith 
me donner des connoiflances. Certe ex 
plication les fatisfit, & ils me promirente 
que j'aurois lieu d’être content de leur“ 
compagnie.Îls me firent néanmoins en-w 
core une autre objection + ils me dirents 
qu'ils avoient peur de fe perdre dans les“ 
Pays qu’ils ne connoïfloient pas. Pour 
difliper leur crainte,je leur montrai une* 
boullole , & je levai toute la difficulté 
en leur expliquant la maniere de s’en: 
fervir, pour ne point s’écarter de la 
route qu’on devoit tenir. Ils furents 
charmés du moyen facile que je venois 
de leur découvrir pour fe bien condui- 
re, & medirent qu'ils comprenoient cel 
Te que je leur enfeignois. | 
dépare Ppour NOUS partimes dans le mois de Sep- 
voyager aifé. tembre qui eft la meilleure faifon pour 
Pays. “ans ce Commencer un voyage dans ce Pays ; 
| premierement , parce que pendant l’E- 
té les herbes font trop hautes & trop 
embarraffantes pour pouvoir voyager, 
au lieu que dans le mois de Septembre 
on met le feu aux prairies dont alors les 
herbes font féches ; le terrein devient 
uni & facile pour la marche : aufñ voit= 
on dans ce tems des fumées qui durerti 
plufieurs jours & qui parcourent vn! 
long efpace de Pays , quelque fuis cet 


LA 


de La Lou fa ane. 21 g 
Wingt à trente lieues de long fur deux 
Ou crois pieds de large plus ou moins, 
elon que le vent eft plus ou moins vio- 
Jent. En fecond lieu cette faifon eft la 
plus commode pour voyager dans les 
terres , parce qu ‘au moyen de Îa pluie 
di tombe ordinairement après que 
Les herbes font brulées, le gibier fe ré- 
pand dans les prairies & {e! plait à pai- 
fre l’herbe nouvelle , ce qui fait que les 
voyageurs trouvent de quoi vivre plus 
aifément dans ce tems que dans tout 
Autre ; & fi on n'en trouvoit que ra- 
frement dans les contrées que l’on 
traverte, il feroit prefqu’ impoil ble de 
Voyager & de remplir en même tems 
Mon intention en voyageant. 
… Ce qui facilite encore les courfes en 
Automne ou au commencement de 
THyver € eft que les ouvrages pour 
Tors {ont finis, ou au moins le plus fort 
En eff fait ; il n'ya plus qu’à fuivre, un 
peu de foin fuffit pour le refte. 
Quoique nous fuffions aflurés de 
trouver du gibier, je ne laiflai pas de 
füre une petite provilion de vivres 
p'! es premiers jours. Mes Naturels 
Dortolent.ces vivres , les munitions 
pour la chaffe , leurs lits & le mien, du 
Mnge pour moi, la chaudiere avec’ {a 


; KT 


Munitions & 
uftencilcse 


Chevreuils & du Pays, fon naturel étant de courif 


Ch - chi is bi . 
afe au dvoir un chien. J’avois bien entendus 


220  Hifloire L | 
caflerole pour la couvrir,& nous en fers 
vir à faire cuire nos viandes. Pour tou 
te charge j’avois un habit affez léger 89 
mon fufil, j'emmenai aufli un de mes 
chiens, je fçavois qu'il ne me feroit 
pointinutile. 1 
Les premiers jours le gibier fut afle 
rare , parce qu'il fuit le voifinage dess 
hommes, fi on en excepte le Chevreuil 
qui eft répandu par toutes les parties. 


çà & là indifféremment ; ainfi dans ces 
commencemens nous fûmes obligés des 
nous contenter de cette viande. Nous. 
rencontrions fouvent des Perdrix doi 
je ferai la defcription en fon lieu ; les: 
Naturels n’en tuent pas parce qu’ils n 
tirent point au vol , j’entuai quelques= 
unes pour changer de mets; dès le fez 
cond jour pour avoir encore mieux de 
quoi me régaler, on m'apporta un£ 
Poule d'Inde ; le découvreur qui l'avoit 


44 


tué me dit que dans le même endroit il 
enavoit beaucoup d’autres,mais quel on! 
ne pouvoit leur rien faire à moins quel 


parler de la chaffe aux Dindons , mask 
Je ne m’étois pas encore trouvé dañsh 
l'occafon favorable de la faire, je my 
fis conduire par le chafleur & 'emmés 


*. 


»] 
sy ‘à 
ï 


| de la Louifiane. 332 
. fai mon chien, Arrivés fur les lieux 
. nous ne fûmes pas long tems à décou- 
vrir les Dindes qui prirent la fuite 
avec tant de vitefle, que le Naturel le 
. plus allerte auroit perdu fon tems à les 
courir, Mon chien les approcha en peu 
de momens, ce qui les obligea de pren- 
dre leur vol & de fe percher fur les 
premiers arbres ; tant qu'ils ne fonc 
point pourfuivis de la forte, ils fe con- 
tentent de courir & on les à bientôt 
perdu de vüe. Je m’approchai de leur 
retraite, je tual le plus gros, j’en tuai 
un fecond & mon découvreur un troi- 
_fiéme ; nous ne voulumes en tuer que - 
. ces trois, nous en avions fufffamment. 
- Si notre befoin préfent en eütexigé un 
. plus grand ñombre , nous étions les. 
. maîtres de tuer toute la bande, parce 
que pendant tout le tems qu'ils voyent 
des hommes, ils ne quittent point lar- 
bre où ils fe font perchés ; les coups de 
fufl ne les épouvantent point, ils fe 
contentent de regarder celui qui tom- 
. be & de faire un gazouillement craintif 
- lors de fa chûte , de forte que l’on peut 
- aifément les avoir tous jufqu’au der- 
nier, quelque nombreufe que foit leur 
‘troupe. | 
_ Avant de pourfuivre mon VOYage Découvreurés 
ji] 


Signaux, 


dans les terres, ileft bon de direu 


222  Hifhire 


mot de mes découvreurs. J'en avoi 
toujours trois, un devant & deu 
fur les côtés, ils étoient ordinairement 
éloignés de moi d’une lieue & ce 
même efpace les féparoit. Leur ératu 
de découvreurs ne les empéchoit, 
point de porter chacun leur lit & leurs 
Vivres pour environ trente-fix heures. 
en cas de befoin, Quoique ceux qui, 
éto: ent auprès de moi fuflent plus chars 
gés , je les envoyois cependant, tantOtn 
Jun tantôt l'autre ou fur une montagnes 
voifine, où dans un vallon affez pros 
che, & jen avois de la forte trois ou. 
quatre au moins tant à ma droite qu’à ") 
ma gauche, qui découvroient à peu de. 
diftance ; j’en ufois ainfi, afin que je 
n’eufle rien à mere: D rocher du côté de 
la vigiiance, puifque j'avois nn 
cé à prendre la peine de faire des dé 
couvertes, 

Il étoit queftion enfoite de à 
faire entendre les uns aux autres mali 
gré notre éloignement > nous convim= 
mes de certains fignaux qui font abio L | 
lument nécefaires en nas ver] 
fions. 4 


5 


de La Louifiane. 222 


… une fumée, ce fignal étoit l'heure mar- 


quée pour faire une petite alte, pour 


fçavoir fi on fe fuivoit les uns les au- 
tres , & fi on étoit à peu-près à la dif- 
tance dont nous étions convenus, 
Ces fumées fe faifoient aux heures: 
cs je viens de dire, qui font les divi- 
ions du jour felon les Naturels. fls di- 


- vifent les jours en quatre partieségales, 


dont la premiere contient la moitié de 
la matinée, la feconde eft à midi, la 
troifiéme comprend la moitié de la- 
près-midi, & la quatrieme depuis la 
moitié de l'après-midi jufqu’au foir ; 
c'éroit felon cet ufage que nos fi- 
gnaux fe faifoient mutuellement. Sur 
le foir on faifoit dans l'endroit où jeme 


_trouvois,ou dans celui que j’avois choi. 
… fipar préférence, on faïfoit, dis-je 3 


une fumée qui étoit le fignal de rappel 
pour fe rendre au cabanage. | 

Mais quand un découvreur avoit 
trouvé quelque chofe de particulier fe- 


lon que je leur avois dit, & conforme 
aux inftruétions que je leur avois don- 


nées, le fignal d’appel étoit de faire 
deux fumées à une petite diftance l’une 


de l’autre. J’en faifois de même lorfque 
je voulois les avertir de venir à moi. À 


. la premiere fumée on s’arréroit ; fi au 


K iv 


224 Hifhire | 
‘bout du terns marqué on n’en voyoïit, 
point une autre, on pourfuivoit ce que 
Von avoit commencé à faire ; fi au ton- D | 
traire on appercevoit une feconde fu - 
mée, on partoit vers l'endroit d’où ve- 
” noit la fumée , de forte que fouvent on 
fe rencontroit , parce qu'un déçou- m 
vreur, dès qu’il avoit commencé à faire w 
la fecond: fumée , partoit & venoit ga 
devant de nous. 4 


D CHAPITRE XVII. 
» Suite du voyage dans les terres : L’Au< 
eur tue un Bœuf fauvage : Décou- 
vreur évaré: Chevreuil blanc : Décou- 
verte du Gyps : Defiription du lit de 
1’ Auteur : Découverte d’une Mine de 
criflal de roche : Fertilité du Pays : 
Abondance de gibier : Carriere de 
=  Pläire. 


T Ous marchâmes quelques jours 


L'N fans trouver aucune chofe qui 


fixât mon attention par rapport au {u- 


» jet de mon voyage : ma curiofité n’é- 
toit point fatisfaire à mon gré. 
Il eft vrai cependant que j'étois dé- 


_ dommagé d'un autre côté ; nous par-, 


.courions un charmant Pays,qui à bon 
droit auroit pû donner de vraics idées 
de Payfages à nos Peintres les plus 

» doués d'imagination. La mienne étoit 
. très-flattée à la vue des bélles campa- 

 gnes diverfifiées de prairies aflez gran- 

des & crès agréables ; ces plaines 

étoient entremêlées de bofauets plan- 

tés par les mains de la Nature , elles 
K y 


4 de la Louifiane. 225 


Beau Paye 


L’Auteur tue 
un Bœuf fauva- 


FA 


Pourquoïs 


226 Hifloire 


éroient entrecoupées de côteaux allons. 
gés en pente douce & de vallons très" 
fourrés & garnis de bois qui fervent 


de retraite aux animaux les plus crain- 


tits comme les bofquets mettent les « 
RE à couvert des rofées abondantes 


du Pays. | 


: Il y avoit long- tems que J'avois en: 


vie de tuer un Bœuf fauvage de ma 


.n 
RE 


ts 


main ; la viande de ceux que tuoient 
mes compagnons de voyage ne me pa- M 


roifioit pas fi facculente ni d’un gout 
fi fin , que ao être à mon idée la 


viande de celui que je tuerois. Je dis, 


donc en prélence de tous que le pre-M 


mier troupeau de Bœufs, que nous ver- 
rions, je voulois contenter mon envie 
en tuant un deces Boœufs. Nous nerpaf- 
fions point de jour fans en voir plufieurs 
troupeaux , dont les moindres excé- 


doient le AODE de cent trente ou. 


cinquante , ainfi j'eus dans peu Occar 
fion de me fatisfaire. 


Dès le lendemain matin nousen vi-. 
mes un troupeau qui étoit de plus de. 


deux cens; le vent étoit tel que je 
pouvois le défirer ; il étoit devant nous 
& pafloit fut le troupeau , ce qui eft 
un dl avantage à cetre chafle, par- 
ce que fi le vent vient de derriere & 


Ne . de la Louifiane. 257 
… porte fur les Bœufs, ils vous éventent 
… & fuyent avant d’être à la portée du 
… fufñl, au lieu que quand le vent vient 
. du troupeau fur les Chaffeurs, ils ne 
fuyent que quand ils diftinguent de la 
vüûe, Ce qui favorife encore beaucoup, 
c’eft qu’on peut en approcher de très- 
près, parce que le crin frifé qui def- 
cend d’entre les cornes fur les yeux de 
ces animaux eft fi touffu , qu’il leurem. 
barrafle extrêmement la vûe. De cette 
. forte j'approchai d’eux à belle portée, 
 & je choifis celui que je voulus , & j’a- 
vois prefque la témérité de me com- 
parer dans cette occafion à un de ces 
Patriarches de l'Ancien Teftament, 
lorfqu'ils défignoient du milieu de 
leurs troupeaux nombreux , le Bœuf 
& le Chevreau qu’ils vouloient facri- 
fier ou faire manger à leur famille , ils 
y prenoient encore plus de plaifir , fi 
c'étoit pour régaler des nôtes qui leur 
arrivoient. ne 
Je choïfis un des plus gras de ces 
Bœufs,je le tirai au défaut de l’épaule, 
. & il tomba roide mortsles Naturels qui 
me regardoient faire, éroient fur leur 
gardes pour le tirer, fi je ne leufle 
bleflé que légérement ; parce que dans 
le cas d'une légere bleflure, ces anis 
BY} 0 


228 Hifloire 
maux font fujets à retourner fur lé" 
chaffeur qui ne fait que les bleffer, 
Quand ils le virent mort du coup & 
Précaution tous les autres prendre la fuite, ils mem 
pour rende Girent en riant : tu tues des mâles 3 " 
viande bonne “1 1 5 
à manger veux-tu faire du fuif ? Je leur répon-w 
at dis que je l’avois fait exprès pour leur 
apprendre la maniere de le rendre bon 
quoiqu'il fût mâle. à 
Je lui fis fendre le ventre tout chaud M 
& Ôter fur le champ les fuites, on lui 
enleva la boffe , la langue &cles filets, 
Je fis mettre un filet fur la braïfe & 
leur en fit goûter à tous ; ils convin= = 
rent que cette viande étoit fucculente ; 
& d’un très-bon goût. | 
Avantage de Je pris de-là occafion de leur remon- 
tuer des liœufs trer que s'ils tuoient des Bœufs au lieu 
au Jo de tuer de . den cb | » 
des Vaches,  detuer toujours des Vaches, comme 
; ils avoient coùtume, ils trouveroient 
une grande différence dans le profit 
qu'ils en retireroient ; qu'avec les Fran- 
çois ils feroïent bon Commerce du fuif 
que les Bœufs ont en abondance , que » 
la viande du Bœuf eft beaucoup plus 
délicate que celle de la Vache ; un 
troifiéme profit qu'ils en feroient feroit 
de vendreles peaux bien plus cher,puif- 
qu’elles feroient plus belles, enfin que 
lefpece de ce gibier fiavantageux au M 


ES 


à 
%#, 


LA Lo 
es Dh = 


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+ 24 CCR 
Mi L 
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2 
À 
4 “ 


ii 


de La Louilané. 229 


Pays ne fe détruiroit pas, au lieu qu’en 
tuant des Vaches, ils affoiblifloient ex- 


 trémement la race de ces animaux. 
Mes compagnons s’apperçurent que 


 j'aimois la foupe, & quoiqu'ils airmaf- 


. fent beaucoup le pain, ils eurent la 
complaifance de s’en pañler , aimant 
mieux porter le buifcuit long - tems 
que de m'en voir privé; je dis ceci à 


propos d’une foupe que je fis avec du 
bouillon fait d’os à moële du gros 


* Bœuf que j'avois tué. Je la trouvai 
_ d’un goût exquis, mais un peu grafle, 


& 


le refte du bouillon fervit à cuire du 
. gruau de Mahiz que l’on nomme Sags- 


mité, qui valloit à mon goû: les meil- 
Jeurs mets de France ; la boffe auroit 


. été digne de la table d’un Souverain. 


Dans la route que j2 tenois. je fui- 


vois plurôt les Côtes que les plaines : 


“à GA 
au deflus de quelques-unes de ces C6- 


14 5 + / ë 
tes, j'ai trouvé en quelques endroits 


… des monticules qui étoient pelées partie 
par partie,&c qui laifloient voir une glai- 


fe ferme ou matrice pure & de l’efpece 


. ent en Minéralurgie , entendent ce que 


Je veux dire.Le peu d'herbesqui y croif- 
foit languifloit , de même que trois ou 
quatre arbres tous contrefaits & qui n’é= 


Soupe de 
Campagnes 


.… de celle de Gailam; ceux qui fe connoif- 


is couper un de ces arbres & je vis. 
avec furprife quil avoit plus de foi-. 
xante ans. Les environs étoient d autant. 
plus fertiles qui ils s'éloignoient plus.« 
Près de-là nous vimes du gibier de tous 
te efpece & en abondance, & ; jrs vers. 
le fommet. 

Côté de Nous paflâmes le Fleuve. Louis 
ferle nue plufieurs fois fur des Ca) ajeux (1) pour. 
côté de PER vifiter des montagnes qui excitoient. 

ma curiofité. J’ai remarqué que Pun &* 

- _.  Pautre côté avoit chacun leur ayanta=« 

ge ; cependant celui de l'Oueft ef plus, 
arrofé 3 il paroït aufli plus fertile , tant, 

out les minéraux que pour ce qui re 
garde l'Agriculture , à laquelle il fem 


ble beaucoup plus propre que Le cÔtE 


de PER. 
… Découvreur Malgré Îles précautions de nos G— 
égaré gnaux, un d de mesdécouvreurs s ‘Éécarta | 


un jour, parce.que le tems avoit été! 
couvert d'un brouillard , de forte qu’il 
ne revint point le foir au cabanage : 
J'en fus très-inquiet & je ne pûs dor- 
mir, attendu qu'il n’étoit point reve 
nu, quoiqu on eñt répété les fignaux ; 
(x) Cajeueft un radeau fait de plufieursf 


gotsde cannes, croifésles uns fur Les autres 


C'eft un ponton que l’on fait fur ie champ. 


. de la ti uifiane. _ 23% 
© appel jufqu’à la nuit fermée que je fis 
mettre le feu à une prairie bafle qui 

. avoit été Fr argnée , tandis que toutes 

… les autres avoient été brûlées avant no” 

Ditre départ. 

h Dés la pointe ‘ie jour je fis faire un 
. fignal qui fe répétoit à chaque inftant ; 
… Jon continua ce fignal jufqu’e à RAUÉ 
… heures que ce découvreur arriva à no- 
tre > cabanage de la veille, d'où nous 

n'étions point partis pour l attendre. 
Je lui dis à fon arrivée que fon ab= 

- {ence m’avoit caufé beaucoup d’inquié- 

 tude : Je lui donnai un coup d’eau-de- 

. vie, & lui disde ferepoñerun peu avant 

pare de manger. 

Après un quart- -dheure de repos il 

1 fe leva , vint s’afleoirauprès de moi & 

me dit :» Je n’ai pas faim de manger, 

» mais j'ai faim de te parler , Ouvre tes 

x oreilles, « 

_ > Hier un peu après ton fignal du M 

-» milieu du jour ,; je vis beaucoup de bin gi 

» Chevreuils enfemble qui marchoient 
>» d’un pas tranquille comme des Guer- 
. » riers; À leur tête il y avoit un Che- 
æ vreuil tout blanc & aucun ne pañoit 
» devant lui; j’avois déja oui dire à nos 
» Vicillards qu'il y avoit des Chevreuils Up 
æ blancs qui conduifoient les autres , 


. Découverte 
de Gyps 


* Carriere de 
Flatre, 


232 H; ifroire 
» mais je n'en avois jamais vûs. Ils 
» marchoient droit à un vallon fourré 
» comme pour le pafler, je me coulai 


» avec vitefle dans le fond pour les cou- Ë 


x per, mais ils le fuivirent fur la terre 


æ haute fans y defcendre. Je les (aiyii 


+ pendant quelques tems pour effayer. 
» deles couper & de tuer le Chevreuil. 
> blanc,pour t t'en apporter la peau ; ils 
» traverlerent une terre haute qui eftn 
» couverte de pierres aflez petites qui 


» coupoient mes foufiers & mes pieds 3. 


» je les ai laïfés , &jet apportois cesa 
» pierres, & en même tems je me fuis 
D perdu , ce n’a été que Ce matin que 
> j'ai apperçu la fumée bien-loin, 


Je reçus ces pierres avec plaifir ,n 
parce que je n’en avois point encore, 


vûües d'aucune efpece dens le Pays, à 

exception d'un grais dur & rouge qui 
fe trouve dans une Morne fur le bord. 
du Fleuve. Après avoir bien examiné: 
celles que mon découvreur m'appor=, 


toit, Je connus que c’étoit du Gyps 


j'en emporrai que elques morceaux , &c 4 
mon retour chez moi je l'ekaminaih 
plus attentivement ; je le trouvai très: 


clair, t tranff arent & friable, je le cale 


cipai il devint très-blanc : jen fis un. 


peu de marbre faétice. Certe vüe mé ( 


We ro 
CLS LB 
E 21 
14 
\ 


_ de la Louifiane : 233 
“fit efpérer que ce Pays produifant du 
plâtre, il pourroit y avoir ailleurs de 
a pierre à bâtir, au refte le plâtre ef 
- d'une prande utilité. | 
…. Je lui demandai s’il fe fouviendroit 
bien de l'endroit de maniere à pouvoir 
m'y conduire ; il me dit qu'il étoit af- 
furé de le retrouver , je voulois voir 
par moi-même cet endroit : nous par- 
times vers midi,nousfimes environ trois 
… lieues avant d'y arriver ; je me repo- 
- fai fur la montagne , & l’on fut près 
du Bois dans une gorge faire le caba- 
. nage : je vifitai l'endroit, qui me parut 
- Être une grande carriere de plâtre qui 
» feroit un jour plaifir à la Colonie. 
Pour ce qui eft du Chevreuil blanc, 
j'avois entendu dire à mon Efclave Na- 
 turelle,& du même Pays que fon pere, 
- ayant des parents aux Atac-A pas, qu’il 
l'y conduifit avec famere, & qu’en 
chemin ils trouvoient beaucoup de 
Chevreuils par bandes, qu’ils en vi- 
rent une bande entr’autres qui la fur- 
prit fort, parce qu’elle en apperçutun 
» blanc qui marchoit à la tête du trou- 
peau. Son pere lui dit que cela étoit 
rare, mais qu'il en avoit déja vü deux 
- autres à plufieurs années de diftance, 
. Comme je n’ajoûtois pas ab{olument 


534 Hifiotre: 0 k1 
grande foi au reçit que cette fille me f: 
foit alors,je m'en étois informé à desan- 
ciens Naturels qui me dirent que c’étoit, 
la vérité,mais que c’éroit chofe rare,en- 
core n'éroit-ce que dansles Pays qui n’é: 
toient point fréquentés par les Chaf= 
feurs, que l’ufage étoit de nommer cet 
animalblanc,le Noble Chevreuil.Etant 
ainfi prévenu, ce recit.du découvreu# 
ne me furprit point, Il me confrma 
au contraire dans l’idée que j’avois au= 
paravant, ae ne 
Le vent s’étant mis à la pluie, nous 
nous déterminames à nous mettre À 
Cabanage.de COUVErt ; J'y confentis volontiers , me» 
féjour, fentant un peu fatigué, quoique je ne. 
portafle rien ; je préfumai que mes Na“ 
turels qui ne laïfloient pas d’être char 
gés devoient avoir befoin de quelques. 
repos : il faut dans de pareils voyages“ 
fur-tout conduire fes gens avec pru 
dence & humanité. L'endroit où le mau° 
vais tems nous prit étoit fort propre à 
faire féjour. En allant à la chafle of 
découvrit à cinq cens pas dansla gorge 
un ruifleau d’une eau très dlaire, cé 
toit un endroit fort commode (pOur un 
abreuvoir de Bœufs, lefquels étoient 
en grand nombre autour de nous. À 
Mes Naturels eurent bien-tôt conf 
eruits une cabanne bien fermée du cô-. 


# de la Louifiane. 12 
té du Nord, où elle avoit le fond, 
… Comime nous voulions au moins y ref- 
“rer une huitaine, on la fit de façon 
- qu’elle ne laïfloit point pañler le froid ; 
- pendant la nuit je ne reflentois point 
« les rigueurs de PAquilon, quoique je 
… fufles couché à la légere felon l’ufage 
des voyageurs, qui ne logent, comme 
- nous faifions, que fur leur terrein & 
dans leur propre Pays, & qui fans 
. payer partent pour un autre gite & ne 
mécontentent perfonne. | 
} Mon lit étoit compoñé d'une peau LL... 
d'Ours & de deux robes de Bœuf : la au li de PAus 
. peau d'Ours ayant le blanc du côré ture 
_ de la terre portoit fur les feuillages & 
le poil en deflus pour fervir de pail- 
_laffe, une dés robes de Bœuf ployée 
en deux fervoit de lit de plume, la moi- 
tié de l’autre robe de Bœuf {ous moi 
fervoit de matelas, & l’autre de cou- 
. verture ; trois cannes ou branches en 
 demi-cercle,dont l’une à la tête l’autre 
au milieu,la troifieme au deffus despieds 
foutenoient une toile que l’on nom- 
me Berne : cétoit mon impérial & 
mes rideaux qui me garantidoient des 
injures de l’air 8c des piqûres des Ma. 
ringouins. Mes Naturels avoient leurs 
 lics-ordinaires de chaffe & de voyage, 


Lits des Na-qui confiftent en une peau de Chez 
ya“ yreuil & en une robe de Bœuf, ils lés” 


turelsen vo 


AT 


238  Hifhoire 


» 
‘ 
L 


portent toujours avec eux lorfqw’ils 
comptent coucher hors de leurs Vil= 
lages. ; 
Nous nous repofämes pendant neuf 
jours & fimes grande chair en viande 
de Bœufs choifis, en Dindons , Cocqs, 
& Poules, en Perdrix, en Faifans & 
autres ; je tuois ces derniers. les Nas 
tureis n’ayant Jamais pü tirer aucun ôf 
feau au vol, at ANR 
La découverte que j’avois faite du plâ* 
tre m'engagea à chercher après notré 
féjour dans tous les environs & à plu= 
fieurs licues à laronde ; j’étois las enfin 
de battre de fibelles campagnes fans dés 
couvrir la moindre chofe, & ma réfolu* 
tionétoit prife de m’enfoncer dans le 
Nord,lorfqu’au fignal de midi le décou- 
vreur de devant m’attendoit pour me 
montrer une plerre brillante & coupan-* 
te : cette pierre étoit de la longueur & 
de la grofleur du pouce & aufli quarrée” 
qu’un Menuifier auroit pû faire un mor-, 
ceau de bois de pareïlle groffeur.Je pense" 


. faique ce devoit être du criftal de roche: 
“pour m’enaflurer je pris une groffe pier-« 


re à fufil de la main gauche en préfentant 
la tête,je frappai fur la pierre à fufilayeg” 


LI 
+ 2 # 
ë p" 
, L # 
LA spé 


' >” 


à de La Louifiane. 23Ÿ 

ne des arêtes du criftal de même que 

on fait avec un briquet,je fis beaucoup 

lus de feu que l’on n’en eût tiré avec 

plus finacier : chacun de mes compa- 

ons de voyage voulut en faire aus 

Bt, & on ne cefla que lorfque la pier- 

ve fut hors d'état de pouvoir fervir " 
davantage ; cependant malgré la quan- 

“tite de coups que le morceau de criftal 
avoit reçus, 1] n'étoit pas feulement 
Hayé. 

- Nous dinâmes en cet endroit; j’exa- 
“Minai ces pierres & je trouvai des mor- 
ceaux de cette matiere de diverfe grof- 
ur , les uns quarrés, les autres à fix 
faces bien épales & unies comme des 


Ÿ 


glaces de miroirs , très tranfparens , 


4e 

Le 
Æ 

ee 
à 


Criltal de 
roche 


4 aucunes veines , ni taches. Quel- 
“ques-uns de ces morceaux fortojient 
.d: terre comme des bouts de poutres 
. de deux pieds & plus de long, d’autres 
en aflez grande quantité depuis fept 
-jufqu’à neuf pouces, fur tout ceux qui 
“érolent à fix pans ; il y en avoit un très- 
- grand nombre de moyens & de petits. 
« Mes gens en vouloient prendre & les 
“emporter, je les dérournai de ce deflein 
“en leur difant . » A quoi bon fe char- 
“» ger de tout cela ? j'avoue que ces 
.» pierres font aflez belles à la vûe, 


235  Hifloire | 

» mais aufli elles font plus dures que 
» le fer ou lacier le mieux trempés 
» avec quoi donc les travailler f Quel | 
» mérite enfin peuvent avoir ces pier= 
» res, fi elles ne font point travailléesiJe 
» jettai alors tautes ceiles que j’avois,à. 
» l except ion d’une que j'avois cachée, 
> fans qu'ils s’en fuffent apperçus.J'e leur 
» fis jetter les leurs comme des chofes’ 

» qui ne vallent pas la peine de les por= 
» ter. Ma raifon étoit que je craignoïs 

» que quelque. François voyant ces 

» pierres ne gagnât à force de préfens: 

» ces Naturels pour découvrir cet en=i 
» droit. 

De mon côté je remarquai bien! 
lalaritude, & je fuivis (1) en partant un! 
air de vent marqué pour joindre une 
riviere que le connoïflois : je fis cettek 
route fous prétexte d’aller chez une! 
Nation,pour y faire provifion de farines 
froide dont nous manquions & qui eff! 
d'un grand lecours en voyage. 

Nous arrivâmes après fept jours den 
marche à cette Nation chez laquelle” 
nous fümes fort bien reçus. Mes chaf=s 
feurs apportoient tous les jours beau= 


coup de Canards & de Cercelles , & 


(x) Remarque pour retrouver la mine de 
V4 
criftal de roche, 


3 M La Lou ifane, 230 

ne mangeois guères que de ces der- 
Meres ; on nous fit de la farine froi- 
e  & du gruau pour renouveller 
s vivres. Je trairai à de ces Naturels 
| nd pirogue de Noyer noir qui 


4 nous quittâmes contens les uns 
es autres après une huitaine de fé 


Nord plus que je n’avois encore fait , 
pour tâcher de découvrir quelques Mi- 
es. Nous nous embarqu & âmes, & lon 

ème jour de notre route, je fis dé- 
‘ pee tout ce qui étoit dans la piro- 
ue, laquelle je fis cacher dans Peau 
u: ‘étoit ba alors ; de cette forte je 
é craignois point qu'on me la prit. 
De tout ce que nous avions, je fis faire 
le es charges” de fept Bbihes , Car les 
découvreurs ne das que leurs 
fufils & leurs lits, ils changeoïent tous 
les jours, & troisautres les remplaçoient 
pour partager la charge tour-à-tour. 
- Les chofes ainfi difpofées, nous par- 


er vers le Nord. Je remarquai tous les 
jours avec un nouveau à pläifir, que plus 
n ous avancions de ce côté , plusle Pays 


por me fervirè à defcendre la ri 


 J'avois un ne défir d'aller au : 


Fertilité du 


times felon l'intention que j’avois d’al- Pays. 


Le le! 
fe Abondance 2. 


de gibiere 


Ramage des 
Oïfeaux le foir 


& le matin. 


À  Hifhire : 

étoit beau, fertile ré abondant en 
bier de toute efpece ; les troupeaux de 
Cerfs & de Biches y font nombreux, 
on rencontre des Chevreuils a chaque: 
pas ; on ne peut marcher un Jour fans 
voir des troupeaux de Bœufs, quels 
quefois cinq & fix, de plus de cent 
Bœufs chacun 3 les autres efpeces de 
gibier s’échappent à la vüe du voyas 
geur à chaque inftant , comme fi la prés 
£ence de leur Roï leurimprimoit un ref 
pet craintif au point de ne pouvoir 
foutenir {on afpe&. 
Dans les voyages de l’efpece de ces 
lui-ci, on prend toujours fon gîte aus 
près du bois & de l’eau où on s'arrête 
de bonne heure pour avoir le tems de 
faire la chaudiere. A lors au coucher d& 
Soleil que tout dans là Nature eft trans 
quille,on eft ravi du ramage enchanteut 
des différens oifeaux, que l’on diroit 
s'être réfervé ce moment favorable à [à 
douceur & à l'harmonie de leur chant} 
pour célébrer fans trouble & plus à 
Buraile les bienfaits du Créateur ; on 
les voit s'efforcer à l'envie l’un de Pau= 
tre, de rendre leurs aétionsde grace a 
Tout-Puiffant qui leur a procuré une: 
nourriture biénfaifante , & préfervé: 
des ferres des oifeaux de proye, àlak 
vüel 


| _ de la Louifiane: 547 

vâe defquels ces foïbles hôtes des bois 

femblent être anéantis, & regardent 
Péloignement de l’'Epervier comme une 

vie nouvelle de laquelle îls ont grand 

foin de témoigner leur vive reconnoif- 

fanceà PEtre Suprême, par lesairs les 

plus tendres & Ia mufique la plus di- 

werfifiée. | 

De même le lendemain depuis le 

lever de l’Aurore jufqu'à celui du So- 

leil , ils recommencent leurs chanfons 

& font agréablement retentir les bof- 

quets de la joye qu’ils reflentent de ce 

que la lumiere leur eft rendue, au 

moyen de laquelle ils efperent d’échap- 

per aux griffes meurtrieres de leurs en- 

nemis,& de trouver comme le jour pré< 

cédent des vivres convenables, : 
… Mais fi dans les bois & proche des Bruit des of: 
fontaines ou des petits ruifleaux , on pu 
goûte le plaifir d'entendre le chant 
mélodieux des oïifeaux, on n’a qu'à 
faire le cabanage {ur le bord du Fleuve ; 

des Rivieres ou fur le bord des Lacs 5 | 
on eft afluré de pañler une bonne 
partie de la nuit fans dormir, par le. 
tintamare que font lesoifeaux aquati- 

ques , tels que font les Grues, les Fla« 

mans , les Outardes, les Oyes , les Fé- 

rons, les Becs-croches, les Becs-fciss, 


Tome I, 


242 Hiffoire LL: 
les Cercelles , les Canards d’Indes, le& 
Canards branchus &les fauvages fem" 
bles aux nôtres : on eft étourdi de leurs“ 
cris continuels ;les Canards furtout ne 
femblent fe faire entendre fouvent, que 
pour avertir les voyageurs d’avoir tou= 
jours quelque furveiilant pour les in=. 


terrompre de leur fommeil en cas de” 
befoin. | 


- 


VUE 
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CN Ka 's ÿ ” 
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mA) À? L& 
Le 


PICHAPITRE XVIII 


Suite du voyage dans les terres : Décou- 
verte dun village de Caftors gris : 

 L'Auteur les fuit travailler : ILen tue 
un : Defcription de leurs Cabanes. 


F N avançanttoujours vers le Nord, 
nous cCommençames à voir des ban- 
des de Cignes, parcourir Îles airs , s’é- 
lever à perte de vûe & annoncer leur 
pañage par leurs cris perçans. Nous 
fuivimes pendant quelques jours une 
riviere , en marchant toujours fur une 
Côte plate qui accompagnoit la riviere 
en ligne parallele ; nous en ufions ainfi 
pour joindre cette riviere à fa fource , 
afin de la pañfer plus aifément. La con- 
winuation des Bois qui couvrent dans 
ce Pays le bord des rivieres, nous y 
 conduifoit , fans craindre de nous trom- 
per ; notre vie r'étoit point coupée 


par la hauteur des Bois, parce que les 


deux côtes volfines de la riviere étoient 
plus hautes que les Bcis du vallon. Nous 
n'efpérions arriver à la fource que le 
Jendemain, lorfque le découvreur qui 


Li] 


244 Hifloire 
fuivoit : Bois dans lebas , vint à AOUS 
pour me dire qu'ayant vû le Bois s'é- 
chaircir en plufieurs endroits comme 
aux approches d’une Nation, & même 
qu'ayant apperçu plufieurs troncs d’ ar- 
bres , il s’étoit doucement gliflé dans 
le fond du Bois pour découvrir fi quel- | 
qu'un habitoit cer endroit, mais qu'il. 
n'avoit trouvé qu’un village de Caftors, 
que fçachant que je » en avois point en- 
core vûs, il-avoit crû que je ne ferois. 
point faché de les voir. 
Villages de Quoiqu’ il ne fût que trois heures. 
Lalors gris. après-midi, je fis faire le fignal d’ap- 
el , mes autres découvreurs revinrent 
à moi. Nous nous cabanâmes à portée 
de la retraite des Caftors, aflez loin 
feulement pour qu’ ils ne puffent voir 
notre feu : j'avertis mes gens de ne 
point faire de bruit ni de tirer, de peur 
d’effaroucher ces animaux ; je a ûs mé 
me devoir prendre Îa précaution de 
défendre que lon coupât du bois, éc. 
d’en faire chercher pour que lonn “eûp 
as befoin de couper, afin de sachet 
notre arrivée. 

Avant prisftoutes ces précautions A 
nous foupâmes de bonne heure pous 
pouvoir dormir avant le lever de la 
Lune, qui devoit paroître yers onxi 


fl 
F: 
A 


\h 
f 
A 


- de la Louifiane. 24$ 
heures du foir. Dès ayant la nuit, j’a- 
_ Vois eu foin de faire couper des bran- 
ches d’un bois toujours verd. Nous 
- nous levâmes & fûmes fur pied pour le 
tems que la Lune-devoit donner fa 
clarté, nous nous poflâmes dans un 
endroit qui étoit aufh éloigné des ca- 
banes des Caftors, que de la chauflée 
qui retenoit les eaux où eiles étoient. 
J’emportai mon fufl & ma gibeciere 
fuivant mon ufage de ne point mar- 
cher autrement ; mais Je ne fis prendre 
aux Naturels qu’à chacun une petite 


L’Auteur 


hache que portent tous les voyageurs , fit rravailleu 
& qu’ils nomment cafle-tête. Je pris le 1e5 Cañors. 


p'us âgé de ma fuite après avoir mar- 
qué aux autres le lieu de notre embuf. 
cade, & la maniere dont ces branches 
devoient être plantées ; je m’en allaï 
énfuite vers le milieu de la chaufée 
avec monancien qui avoit fa hache, je 
lui fis faire à petit bruit une rigole de 
la largeur d’un pied ; il la commença 
par le dehors de la chauflée en la tra- 
Verfant jufqu’à l'eau ; il fit cet ouvrage 
en levant la terre avec fes mains. Sitôt 
que la rigole fut faite & que l’eau cou- 
la dedans, nous nous retirames promp- 
tement & fans bruit dans notre embuf- 


cade, pour examiuer ce que feroient les 


L iij 


246 Hifloire | 1 
Caftors pour réparer ce défordre. | 
Peu de tems après que nous fumes” 
derriere nos feuillages ; nous entendi- 
Infpefteur des mes l’eau de la rigole qui commençoit 
SHVEEESe à faire du bruit. Un inftant après, urké 
GCaflor lortit de fa cabane & {e préci-« 
pita dans l’eau ; nous ne pouvions le 
connoiître que par le rapport de nos 
oreilles, mais nous le vimes tout de 
fuite fur la levée, nous l’apperçumes 
diffinétement qui vifitoit la rigole, il 
donna fur le champ quatre coups de fa 
queue de route fa force. À peine eut-il 
frappé le quatriéme coup, que tous. 
les Caftors fe jetterent confufément 
à l’eau & vinrent fur la chauffée, Lorf- 
qu'ils y furent tous, un d'eux grom- 
mela & jargonna aux autres qui étoient 
fort attentifs, je ne {çais quel éomman- 
dement, mais qu'ils comprirent bien 
fans doute, puifqu’a l’inftanc ils par- 
tirent & s’en allerent fur les bords de 
lEtang , partie d’un côté, partie de 
l’autre. Ceux qui étoient de notre! 
côté étoient entre nous & la chauflée , 
& nous étions à la jufte diftance qu’il 
_ Leurmantere Falloit pour n'être point apperçûs, .& 
de faire le mor- pour pouvoir les confidérer : les uns. 
torse. —* faifoient du mortier, les autres le cha- 
tranfpoitere AOC ; RueAe 
rioient fur leurs queues qui fervoient 


4 


. 


| de la Louifiané, Sa 
de traiïneaux : je remarquai qu’ils fe 
mettoient deux à côté l’un de l’autre, 


Pun ayant la tête vers la queue de l'au+ 


tre, & fe chargcoient ainfi mutuelle- 
ment, traincient le mortier qui étoit 


aflez ferme fur la levée où d’autres ref- 


toient pour Île prendre, le mettoient 
dans la rigole & l’affermifoient à grands 
coups de queue. " 

Le bruit que l’eau faifoit aupara- 
vant far fa chure cefla bientôt, & la 


"brêche fat fermée en très peu de terms. 
Un Caftor frappa deux grands coups 


de queue; dans le moment ils fe mi- 
rent à l’eau fans bruit , & difparurent. 
Nous nous retirâmes pour prendre un 


- peu de repos dans notre cabane. J’a- 


vois eu envie d’en tuer un, mais j’at- 
tendis au lendemain, parce que je leur 
préparois bien plus d'ouvrage que ce- 
Jui de la nuit & qui fatisferoit plus pare 


faitement ma curiofité : au lieu qu'en 


tirant, étant tous dehors, j’aurois rif- 
, . _ x 

qué de les faire tous fuir dans le bois. 

Nous reftâmes au cabanage jufqu’au 


jour ; mais fi-côt qu’il parut, je fus avi- 
de de me fatisfaire, je laiffai deux de mes 


gens pour faire les charges. Dès qu’ils 


les eurent préparées , ils vinrent nous 


1V 


Les C aftors 


rétablifient la 
brèches 


DE 
ER " 


joindre, car nous n'avions point peu 
des voleurs où nous étions, 
Més Naturels firent tous enfemble” 
une brêche affés grande & aflés profon- 
de pour que je viffe la conftruétion de 
cette chauffée , de laquelle je donnerai 
dans un moment Ja defcription ; nous. 
faifions alors affez de bruit & nousne 
ménagions plus rien, Ce bruit & Peau 
que les Caftors virent baiffer en peu de. 
tems les inquiéta, au point quesJ’en vis 
un à différentes reprifes venir aflez près 
de nous pour examiner ce qui fe paf- 
AOL. ©, nr | 
Comme je craignois que l’eau man- 
quant ils ne priffent la fuire dans les 
Bois, nous quittâmes la brêche, & 
allimes nous cacher tous autour de 
l'Etang pour en tuer un feulement, 
afin de lexaminer de près. Je ferois 
plütôt refté trois jours en cet en- 
droit pour en avoir un, parce que 
je n'avois jamais vû que des peaux 
brunes ou grifess les Caftors dont 
je parle étoient de cette. derniere 
couleur & m’avoient parû plus beauxs 
je voulois en avoir un pour l'examis 
ner. FN 
Les Caltors 1 y en eut un qui fe hazarda 


548 ù H ifloire 


D: 
ne de la Louiliane. 240 
Æ'aller fur la brêche après s’en être viennent pour 
| x ' : , fermer lachau!« 
approché plufieurs fois, & retournés, Ho 
- Comme auroit fait un efpion: j'étois 
embufqué dans le bas & au bout de 
a chauflée ; je le vis revenir, il vi 
fita la brêche, puis frappa quatre 
coups, ce qui lui fauva la vie, par- 
ce que je le tenois en joue: mais 
ces quatre coups fr bien appliqués 
me firent juger que c’étoit le fignal 
d’appel pour faire venir tous les au- 
tres comme la nuit précédente; cela 
me fit croire aufh qu’il pouvoit être 
 linfpeéteur des travaux , & je n’eus 
garde de priver la République des 
Caftors d'un de fes membres, qui 
paroifloit lui être fi nécellaire. J’at- 
tendis donc qu'il y en parüt d’au- 
tres: peu de tems après 11 y en eut 
un qui venoit pañler auprès de moi 
pour aller au travail; ie ne fis aucu- 
ne difficulté de le jetier par terre. 
dans Paflurance que ce r’étoit qu'un: 
manœuvre, Mon coup de fufil les fc 
retourner à leurs cabanes plus promp- 
tement que n’aurclent fait cent coups tds 
de la queue de leur fufpecteur. S:- nent Va 
tôt que j'eus tué ce Caftor, j'appel. fuire. 
aimes compagnons; & trouvant que 
Veau ne s'écouloit point aflez vite. 


L v 


ER 


250 Hifloire . 
je fis aggrandir la brêche & vif 
le mort. | 
Defcription Je remarquai que ceux-ci fs 
des Caftors plus petits d’un tiers que les bruns 
ou ordinaires , rnais ils font faits de 
ss même façon; ils ont la même têé-m 
, les mêmes dents tranchantes, les“ 
Done barbes, les jambes aufii cour- 
tes, les pates également garnies des 
griffes & de membranes Où nageoi- « 
res, & font à proportion en tout 
femblables aux autres: la feule difé- 
rence eft que ceux-ci font d’un gris 
cendré & que ie grand poil qui dé= 
pale le duvet, eft argenté. Après 
toutes les defcriptions que lon a don- 
nées des Caftors, ce que je viens d’en 
dire me paroit fufñfant. 

Pendant cette vifite, je fafois 
couper des branches, des cannes & 
des rofeaux ; quand je crüs qu'il y 
en avoit afezs le les fis jetter vers 
la queue de l'Etang, afin que nous 
puifons paies fur le peu de vale qui 
s’y trouvoit; je fis en même terms 
tirer quelque coups à plomb, fur les 
cabanes qui étoient plus proches de 
nous. Le bruit des coups de fufil & 
des grains de plomb qui fe faifoit en- 

tendre fur les toits des cabänes, les 


1 de la Louifiane 25 

Ft tous fuir dans les Bois avec le 
plus de vitefle qu'ils purent. Nous 
arrivames enfin à une cabane dans ù 
. laquelle il ne reftoit pas fix pouces 
d’eau, Je fis défaire le toit fans rien # 

| . . ° Conftiution: 

gafler; pendant ce petit travail, je 4e cabanes 
vis le bois de tremble qui étoit dref= des Cafors 
{é deflous la cabane, pour leurs pro- 
vifions. | | 

Je remarquai quinze morceaux de 
bois dont l'écorce étoit mangée en 
partie; la cabane n’avoit aufi que 
quinze cellules autour du tronc du 
milieu, par lequel ils fortent, ce qui 
me fit penfer qu’ils ont chacun la 
leur ; je me contentai d’avoir confi- 
déré celle-ci, ne doutant point que 
celles qui font plus grandes, ont auf 
fi plus de cellules. 

Un de mes amis m'ayant entendu 
parler de ces animaux de la maniere 
que je viens de faire ce récit, me 
dit qu'un auteur moderne & refpec- 
table ne traitoit point cette matiere 
de même que moi; qu’à la vérité, 
cet Auteur n’avoit point voyagé , & 
quil n’avoit pù parler des Caftors, 
que fuivant les Mémoires, qu'on lui 
avoit fournis, J’ai là cet Auteur avec 
plailir, mais je me fuis pe u’en 

L vj 


252 Hifloire 


plufieuts occafions, on lui avoit acà 
cufé faux. C'eft pourquoi je vais dort « 


ner une efquifle de larchiteéture de 
ces animaux amphibies & de leurs 
Villages: je nomme ainfi le lieu de 
leurs demeures, d'après les Canadiens 
& les Naturels du Pays, avec lef- 
quels je fuis d’accord , & conviens que 
ces animaux méritent d'autant plus 
d’être diftingués des autres, que je 


trouve leur inftinét de beaucoup fu- . 
périeur a celui des autres animaux, 


Je ne poufferai pas plus loin le paral- 
lele , il deviendroit offençant. 

Les cabanes des Caftors font ron- 
des & ont environ dix à douze pieds 
de diametre , fuivant le nombre qui 


doit Y demeurer & y avoir fon do- 


micile fixe: j'entens que ce diametre 
doit être pris fur le plancher à en- 


viron un pied au-deflus de l’eau, 


quand elleeftbord à bord de la chauffée; 


mais comme le haut eft en pointe, 
le bas eft bien plus large que le plan- 
cher: ainfi on doit fe figurer que 
‘ tous les montans de la cabane font 
comme les jambes d’un À majufcule 
dont le trait du milieu eft le plan- 
cher. Ces montans font choifis, & 
Von pourroit dire bien mefurés , 


M de la Eouifiane 257 
. puifqu’à la hauteur que doit être confe 
 cruit ce plancher, il y a un crochet 
pour porter des barres qui par ce 
. moyen font je tour du plancher; ces 
barres portent des traverfes qui font 
_ les folives; des cannes & des herbes 
achevent ce plancher, qui a un trou 
dans le milieu pour fortir quand l’en- 
vie leur en prend, & les cellules ré- 
. pondent toutes à cette ouverture. 

La chauflée eft formée de bois en 
fautoir ou comme un X majufcule , mis 4 
près à près & retenus par des bois 
de toute leur longueur, qui fe con- 
tinuent d’un bout à l’autre de la chauf-- 

fée, & font polés fur la croifée des 
 fautoirs: le tout eft rempli de terre 
paîtrie & frappée à grands coups de 
queue. Le dédans de la chauffée n’a 
que peu de talus du côté de Peau; 
mais 11 eft en talus plat par dehors, 
afin que l'herbe venant à croître fur 

ce talus, elle empêche les eaux qui 
y païñent d’emporter la terre. 

Je ne leur ai point vû couper le 
bois ni le conduire ; mais il eft à pré- ti 
fumer qu'ils font ce travail comme Île rranfportentie 

_ font les autres Caflors, qui ne cou- Het ee 
pent jamais que du bois tendre, & 
fe fervent pour cer effet de quatre 


Conftruâion 
e la chauffée. 


24. Hifloire | 
dents extrêmement tranchantes qu'ilss 

ont fur le devant; ils pouflent & rou= 
lent ce bois devant eux fur la terre 4 
ils le conduifent de même fur l’eau 
jufqu’à l’endroit ou ils veulent le dé“ 
poler. J’at obfervé que ces Caftors” 
gris étoient plus fenfibles au froid 
que ceux de l’autre efpèce ; c’eft fans 
doute pour cette raïon, qu'ils s'ap- 
prochent plus du côté du Midi. 


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de La Louifiane 25$ 


PÉHAPITRE XIX. 


Suite du voyage dans les terres : Décou= 
verte d'une ÎVine de plomb: Renconire 
d'un Voyageur extraordinaire : Indi- 
ces de Mines: Autres indices de Mi- 
nes d'Or : Ketour de V Auteur à fon 
Habitation. 


N Ous partimes de cet endroit 
pour gagner une terre haute 
qui fembloit fe continuer au loin. 
Nous arrivâmes au pied de cette hau- 
teur dès le même foir, mais la jour- 
née avoit été trop forte pour y imnon- 
ter ce jour-là. Le lendemain nous 
allâmes jufqu’au fommet; nous vi- 
mes que cette terre étoit plate, à 
lexception de quelques buttes de ter- 
re, de diflance à autre; 1l ny pa- 
roifloit que très-peu de bois, enço- 
re moins d’eau, & très peu de pier- 
res , quoiqu'il ya apparence qu'il yen 
a en dedans, puifque nous en apper: 
cûmes en un endroit où la Côte s’é- 
toit écroulée. ; 

Nous vifitèmes exactement tout ce 


856 oO Hiflore 
terrein élevé; mes gens & moi nougw 
fimes des recherches de côtés & d’au-" 
tres, & nous ne découvrîmes dans un“ 
bofquet qu’un arbre déraciné, dans 
le corps duquel nous trouvâmes de 
eau de pluye, dont nous nous cons“ 
tentâmes faute d'autre. Nous avions 
fair ce jour-là plus de cinq lieuesi 
cependant nous n’étions pas à trois 
lieues du cabanage d’où nous étions. 
partis le matin; mais je m'étois en-. 

” tété à chercher fur cette hauteur, 
perfuadé que je devois y trouver quel- 
que chofe. Cette terre haute auroit. 
été trés commode pour y conftruireun. 
Château en bel air, car de fes bords 
on découvre extrêmement loin, 

Le lendemain ayant encore par- 
couru environ deux lieues & demie ; 
on me fit le fignal d'appel fur ma 
droite: j'y courus à linftant ; lorf- 
que je fus arrivé le découvreur me“ 
montra une fouche qui fortoit de ter- 
re à la hauteur du genouil, & qui. 
étoit grofle de huit pouces de üia-. 

, Découverte mètre, Ce Naturel lavoit pris . de 
d'une mine de , . env | 
plomb, Join pour une fouche d'arbre, &c fug 
furpris de voir du bois coupé dans 
un Pays qui paroïloit n'avoir Jamais 
été fréquenté : mais lorfqu'il en fus 
| | 


; de la Louifiane. 257 
affez- près pour en juger, il vit à la 
figure que c’étoit autre chofe qu'un 
æronc d’arbre coupé ; ce fut par cette 
raïfon qu'il fit le fignal d’appel. 

Je fus charmé de cette découver- 
te qui étoit une Mine de plomb; 
j'eus du plaïfir auffi de voir ma per- 
févérance récompenfée; mais en par- 
ticulier je fus ravi d’admiration ,efi 
voyant la merveilleufe production & 
la force de la cerre de cette Provin- 
ce , qui contraint pour ainfi dire, 
les minéraux à: fe manifefter eux-mé- 
mes. Je fis cañer un peu de cette 
Mine, & j'en donnai un petit mor- 
ceau à porter à chacun de mes Na- 
tureis. Je. continuai à faire quelques 
recherches aux environs, & j'apper- 
_çûs de la Mine en plufeurs endroits. 
Nous retourñâmes coucher à notre 
dernier cabanage à caufe de la com- 
modité de l’eau, qui étoit trop ra- 
ré fur cette terre haute. 

Nous partimes de là pour nous 
rapprocher du Fleuve ; dans tous les 
endroits où nous pañlions, nous ne 
voyons que des troupeaux Iinnom- 
brables de Bœufs fauvages, de Cerfs, 
de Chévreuils & d’autres animaux 
de toute efpèce, fur-tout près des 


va 


5ç8 Fifloire US 

Raivieres & des Ruifleaux ; ainfi far 

que Jen fafle la remarque ici, or 

préfume affcz que nous faifions gran 

de chere, ï 

2 Poe Lorfsu’on eft en voyage, on eff 

extraordinaire. toujours flatté de rencontrer d’autres 

voyageurs qui reffentent le même 

plaifir: nous en rencontrâmes un qui 

étoit d’une humeur & d’une efpéce 

bien différente : il prit la fuite dès 

qu'il nous vit; plus nous linvitionss 

à nous attendre, plus il s’efforçoit des 

s'éloigner de nous. Un de mes Na= 

turels voyant que fes camarades ap- 

pelloient en vain ce Voyageur, jettæ 

fa charge en difant: » Je vais le cher- 

» cher puifqu'il ne veut pas nous at- 

» tendre : il courut , le dépañla & le 

ramena près de nous, où il fut for- 

cé de refter au moyen d’un coup de 

fufil, C’étoit un Ours qui s’étoit 

écarté de fa troupe ou qui vouloit 

voyager; ces animaux fuivent tou- 

jours les Bois fourrés, parce qu'ils y 

trouvent les alimens qui leur convien- 

nent, au lieu que Îles Prairies font” 
pour eux des terres flériles. 

Après avoir marché cinq jours, je 

vis à ma droite une Montagne qui 

me parut aflez élevée pour exciter 


. de la Louifrane. 2çŸ - 
ma curiofité. Dès le lendemain ma« 
tin, je dirigeai ma route de ce cô= 
té là; nous y arrivames fur les trois 
heures après midi. Nous nous arré- 
tâmes au pied de la Montagne où il 
y avoit une belle Fontaine qui for- 
toit du Roc; jaimai mieux perdre 
un peu de la journée & m'aflurer 
d'une bonne eau qui n’éroit pas froi- 
de. 

Le jour fuivant nous montâmes Indice deMt 
jufqu'au haut ; le deffus en eft pier- nes. 
reux 3 & quoiqu'il y ait aflez de 
terre pour nourrir des plantes, elles 
y font cependant fi rares, qu’à pei« 
ne en trouveroit-on deux cent dans 
un arpent : il y a de même trés-peu 
d'arbres, encore font-ils maigres & 
chancreux ; toute la pierre que jy 
trouvai eft très-propre à faire de la 
chaux; mais je doute que lon aille 
Ha chercher en cet endroit, à moins 
que cette chaux ne foit pour aider 
a bâtir les maifons des voifins, que 
cette Montagne ne manquera pas de 
s’attirer un jour, par la pañlion vio- 
Jente qu'ils auront de fouiller dans 
fes entrailles. 

Nous primes de là une route qui 
pouvoic nous conduire à notre Piro- 


“ne de fer. 


f. # + 14,6! 


260 Hifioire 

gue; peu de jours nous füuffirent poë 

y arriver, on la tira de AE 
nous paffimes la nuit dans cet en- 
droit. Le lendemain nous traverfa- 
mes le Fleuve ; en le remontant nous 
tuâmes une Ourke, puis fes petits, 
car pendant l'hyver les bords du 
Fleuve en font garnis, & il eft rare. 
de le remonter GET en voir plufieurs 
dans un jour le, traverlér, pour aller 
chercher de quoi vivre ; & ce n'eft 
que faute de trouver de quoi fur les 
bords, qu'ils s'en écartent. 

Je pourfuivis ma route en remon 
tant le Fleuve jufqu aux Ecores À 
Pruc- homme, 0 où on m? voit fait en- 
tendre que je trouverois quelque cho 
fe d’avante geux pour la Colonie ; cé 


fut ce qui pi qua ma curiofité. 


Arrivés à ces Ecores, nous mimes 
à terre, après quoi on débarqua I 
paquets, on les monta fur le bord 
de la Côte, on cacha la Pirogue dans 
Veau, & dès ce jour je cherchai & 
trouvai la Mine de fer dont on m’a- 
voit donné les indices. Après m'en 
être afluré, je fis beaucoup de recher 
ches dans les environs, pour y trous 
ver de la Caftines;s mais il me fut 
impoffble d'en découvrir: je crois! 


0 de la Louifiane. _ 26 
Riu que lon pourroit en trou 
er plus haut, en remontant le Fleu- 
ve, mais je aile ce foin à ceux 
qui dans la fuite voudront entre- 


au refte je fus un peu dédommagé 
de ma peine ; en cherchant, je trou- 
vai les marques de Charbon de terre 
dans le voif inage, ce qui feroit au 
‘moins aufli utiie dans le refte de la 
Colonie, qu’en cet endroit. 

Après avoir fait mes réflexions; 
je me déterminai à retourner dans 
peu à mon FHabitetion. La faifon des 
{emaïlles approchoit, & l’herbe étoit 
déja aflez haute pour nous fatiguer 
en marchant. Je fs en conféquence 
“partir le plus âgé de mes Naturels 
“avec un jeune homme, pour defcen- 
dre la Pirogue au lieu-même où nous 


Fleuve, & où il devoit nous atten- 
dre. Pour moi qui ne quittois qu'à 
regret ces belles contrées , je pris 
le parti d'aller les joindre par terre, 


 l'avions cachée avant de remonter le 


prendre l'exploitation de cette Mine: 


Charbon da 
terres 


añn de ne point me féparer fi-tôt 


. de cet agréable Pays. Nous n'avions 
“à porter que ce qui nous étoit ab{o- 
 lument néceflèire ; ainfi nous pou- 
. yions aller plus à la légere; de for- 


ire 


262 Hifloire 
te que nous ne craignimes point dé 
nous enfoncer un peu dans les terres, 

où nous avions l'agrément de rencot: 
trer beaucoup de Gibier. 

Je vis dans ce petit écart une 
monticule toute pellée & aride 
n'ayant dans le‘haut que deux ar- 

RARE bres très-languiflans & prefque points 
Mine der,- dherbes, finon quelques petites touf. 
fes aflez éloignées les unes des au= 
tres qui laifloit une glaife très-foli- 
de ; le bas de cette monticule étoit 
moins ftérile, & les environs fertiles 
comme ailleurs, Ces indices me fis 
rent préfumer qu’il pourroit y avoir 
une Mine d’or en cet endroit 
Je retournai enfin du côté du 
Fleuve, pour rejoinüre ma Pirogue. 
De même que dans tout ce Pays & 
dans tout le haut de la Colonie, on! 
trouve beaucoup de Bœufs, Cerfs S 
Chevreuils & autres gibier, on y» 
trouve aufli beaucoup de Loups,. 
quelques Tigres & Pichous, inf 
ve des Carancros, tous animaux cars 
rafliers defquels je donnerai la defà 
PRE Lorfque nous fâmes près 
du Fleuve, nous fimesle fignal de 
reconnoiffance ; on nous répondit quoi 
fu d'un peu loin. Ce fut alors qué 


de la Louifiane. 26%: 
mes gens tuerent du Bœuf pour bou- 
Caner, afin de pouvoir le conferver 
& en avoir pendant quelque tems. 
Nous nous embarquâmes enfin, PRE a 
defcendimes le Fleuve, jufqu'à une 
bonne lieue du débarquement ordi- 
naire. Les Naturels cacherent la Pi- 
rogue & s’en allerent à leur Viilage. 
De mon côté je me rendis vers la 
nuit à mon Habitation, ou je trou- 
vai mes ÆEfciaves furpris & Joyeux 
en même-tems de mon retour ino= 
piné. Mon cher voifin qui avoit bien 
voulu prendre foin de mes intérêts F 
pendant mon abfence, ne fut pas 

moins étonné de me voir arriver com- 
ime fi je venois de la chaffe dans le 
voifinage. Mes compagnons de voya- Voifrage; 
ge apporterent à l'inflant d’après, 
mon lit & un peu de viande fraîche, 
en attendant que le lendemain, ils 
apportaflent le refte. 
J’étois réellement fatisfait d'être 
atrivé dans ma maifon, de voir mes 
Efclaves jouiffans d’une parfaite fan- 
té, & toutes mes affires en bon or- 
dre; mais j'étois fortement occupé 
de la beauté des Pays que j'avois 
vûs; jaurois défiré finir mes jours 
dans ces charmantes Solitudes, éloi- 


Réflexion de 
Auteur, 


fois-je en moi-même, que lon goë: 


re connoiîitre au Public, 


/ 
264  Hifloire | 
gné du tumulte du monde, de l'ava 
rice & de la fourberie: c’eft là, di= 


te mille plaïifirs innocens, & qui fel 
répetent avec une fatisfadtion tou 
jours nouvelle : c’eft la que l’on efts 
exempt de la critique, de la médifans 
ce & de la calomnie ; c’eft dans ges 
riantes Prairies qui s'étendent fouven 
à perte de vüe, & où l'on voit tant 
de différentes efpèces d’animaux, que 
Pon a lieu d'admirer les bienfaits du 
Créateur ; c’eft là enfin, qu'au dou 
murmure d’une eau pure & vives 
c’eft là difois je, qu’enchanté des cons 
certs des oïfeaux qui remplifient les! 
bofquets voifins , l’on peut conteni= 
pler agréablement les merveilles del 
la Nature & les examiner à loifir. M 

J’avois eu des raifons pour cache“ 
mon voyage, j'en eus de plus fortes 
pour garder le fecret fur ce que j'a 
vois pû découvrir, afin de pouvoif 
en profiter dans la fuite; mais les 
traverfes que j'ai efluyées, & les ins 
fortunes de ma vie, m’ont empêché 
jufqu'à préfent de profiter de mes! 
découvertes en retournant dans ce} 
charmant Pays, & même de les fais 


b 


de Pa olifane: . 269 


CHAPITRE XX. 


De la nature des terres de La Louifiane : 
Des terres de la Mobile : De celles de 
la Côte de l'Eft: Des terres qui fonc 
depuis Pembouchure du Fleuve, Louis 
jufqu'a la nouvelle Orleans. 


Es Lumiéres que je yenois d’ac- 
quérir dans mon Voyage des ter- 
res du Pays, me furent d’un grand 
fecours pour connoître la nature du 
Sol de la Louifiane, Mes connoiffan- 
ces antérieures jointes à celles-ci, & 
à ce que j'ai appris par la fuite, me 
fourniffent l’occafion de parler de la 
nature des terres de cette belle Pro- 
vince, & d'indiquer à quelle produc- 
tion chaque Contrée peut être plus 
propre, Les perfonnes qui auroient 
envie de les cultiver pour un Etablif. 
 fement qu’elles auroient défir d'y fai- 
re ; pourroient même avant leur dé- 
part de France, choifir le terrein fe- 
lon l'efpèce de commerce auquel el- 
lès voudroïient s'addonner, Ce qui eff 


X 


C3 


S Lu 3 p* > Fe D ss fe Pa | ALES Fe £a 
encore. d'un grand avantage déns cet. 
Fa HT _ bugs Lnag a. Ed 3 à - 


Î À 
LYB. 


Terres de la 
Mobiles 


066. Hiftoire 
te Colonie, c’eft que fouvent dan 
la même Habitation, on peut s’appli= 
uer à plufieurs fortes de cultures, 
qui réuffiffent les unes aufli-bien que 
les autres. à la fatistion de l'Ha- 
bitant. | | 
Pour décrire avec quelque ordre 
la nature d’un Pays, j'eflime quil: 
faut parler d'abord de l'endroit par 
lequel on y aborde, qui pour cette 
raifon doit être le mieux connu. Je. 
commencerai donc par la Côte, je 
remonterai enfuite le Fleuve, au con- 
traire de ce que jai fait dans la Def 
cription Géographique, où j'ai dé- 
crit le Fleuve depuis fa fource juf- 
qu’à fon embouchure dans la Mer. 
La Côte qui a été la premiere ha= 
bitée, s'étend depuis Rio Perdido juf- 
qu’au Lac S. Louis ; ce terrein eft un 
fable très-fin, blanc comme la neige ; 
& fi aride qu'il ne peut produire que 
des Pins, des Cedres & quelques 
Chênes verds. | 
La Riviere de Mobile eft la plus 
confidérable de cette Côte de lEfrs 
elle rouille fes eaux fur un fable pur 
qui ne peut les troubler; mais fi 
cette eau eft claire, elle fe fent de 
la fiérilité de fon fond, c’eft-a-dire, 


| 


de la Louifiane. - 267 
qu'il s’en faut de beaucoup qu'elle 
#oit aufli poiflonneufe que le Fleuve 
.S. Louis. Ses bords & le voifinage 
_de cette Riviere, font aflez peu fer- 
tiles depuis fa fource jufqu’à la Mer ; 
le terrein eft pierreux, & ce n’eft pref- 
que que du gravier mélé d’un peu 
de terre. Quoique ces terres ne foient 
point flériles, 1l y a une différence 
totale de leurs productions à celles 
des terres qui font aux environs du 
du Fleuve. Il s'y trouve des Mon- 
tagnes, mais Je ne fçais siky a des 
pierres propres à bâtir; je n’y fuis 
point allé pour men informer, & les 
perfonnes qui y ont voyagé n'éroient 
gueres capables de m'en inftruire, à 
moins qu'elles n’euflent vû des pier- 
res taillées & prêtes à être mifes en 
œuvre. | 
Aux environs de la Riviere des 
Alibamons, les terres y font meilleu- 
res ; cette Riviere tombe dans la Mo. 
bile au-deflus de la Baye du même 
nom. Cette Baye peut avoir une tren- 
taine de lieues de long après avoir 
reçu la Mobile qui vient du Nord 
au Sud, & a un cours d’enyiron cent : 
cinquante lieues. Ce fut fur les bords 
de cette Riviere que fut formé le 


M i) 


269 -  .Hifoie es . 
premier Etabliffement des Françoise 
dans la Louifiane, lequel a fubfiffé 
je a ce que l’on eût établi la nou-à 
velle Orléans, aujourd’hui Capitale, 
de cette Colonie. 4 
Les verres & l’eau de la Mobile” 
ne font pas feulement infructueufess 
à l'égard des plantes & des poiflons 5 
la nature des eaux & du terrein con- 
tribue aufli à empécher la mulriplica= 
tion des enimaux: less femmes même 
l'ont éprouvé. J'ai appris de Madame: 
Hubert, dont le mari étoit à mon 
arrivée Commiffaire Ordonnateur de 
ja Colonie, que dans le tems que 
les François étoient dans ce Pofte, 
il y avoit fept à huit femmes flériles, 
qui étoient toutes devenues fécondes 
depuis qu’elles s'étoient établies avce 
leurs maris fur les bords du Fleuve 
S. Louis).où-on à HU Capitale 
& tranfporté PEtabliffement. 
Le Fort S. Louis de la Mobile 
étoit le Pofte François: ce Fort ef 
fur le bord de cette Riviere, près 
d'une autre petite, nommée la Riviere 
aux chiens, qui tombe au Midi dé 
-<é Fort, dans la Baye. To | 
Quoique ces Pays ne foient pas, l 
beaucoup près auf fertiles, com 


4 
x! 
À 


4 


% 


de la Louifrane, 26%: 


je Pai dit, que ceux des environs 
» à 


1 
/ 


du Fleuve S. Louis, il faut cepen- 


‘dant obferver que l’intérieur des ter- 
res eft d’une qualité {upérieure à cel- 


les qui font près de la Mer. 

A la Côte du côté de l'Oueft de 
la Mobile, on trouve des Iles dont 
Jai parlé en arrivant dans le Pays, 
& des Iflots qui ne méritent point 
que l’on en parle. | 
… Depuis les fources de [a Rivieré 


des Paika Ogoulas jufqu'’aux fources 


de celle de Quefoncté qui tombe dans 
k Lac de S. Louis, les terres font 
légeres & fertiles, mais un peu gra- 
veleufes à caufe du voifinage des 
montagnes qu'elles ont au Nord: ce 


P ays eft entremélé de côteaux allon- 


gés, de belles prairies, de quantité 
de bofquets, & quelquefois de Bois 
fourrés de cannes, particuliérement 
fur les bords des Rivieres & des Ruif- 
feaux. Ce Pays eft très-propre à PA. 


griculture. 


. Les Montagnes que j'ai dit que 

ces terres avoient au Nord, font à. 

peu-près la figure d’un chapelet, qui 

auroit un bout afflez proche du Fleu- 

ve S. Louis, & lPautre fur le bord 

de la Mobile. Le dedans de cette 
M üj. 


A 0 Hifioire 4} LUN 
chaîne eff rempli de Côteaux qui fonr 
affez fertiles en herbes, Simples, fruits 
du Pays, chataignes fauvages, cha=. 
taignes-glands & marons, auffi gro] 
& pour le moins auffi bons que ceux 
de Lyon. | | : 
Au Nord de cette chaîne de Mon: 
tagnes, eft le Pays des Tchicachas,” 
très-beau & dégagé de Montagnes 34 
il n'a que des Côtes très-allongées &cw 
douces, des bofquets & des prairies 
fertiles, qui, au Printems, font rou-” 
tes rouges par l’abondance des frai-" 
fes; elles préfentent en Eté le plus 
bel émail par la quantité & la di- 
verfité des fleurs ; en Automne dès 
que l’on a mis le feu aux herbes 
elles font couvertes de champignons 
Tous les Pays dont je viens dei 
parler font remplis de gibier de tous 
te efpèce. Les Bœufs fe trouvent 
dans les terres plus élevées; lés Pers 
drix aiment beaucoup les Bois clairs À 
comme font les bofquets dans les prais 
ries ; les Cerfs fe plaïfent dans les 
grands Bois, les Faifans ont la mêmes 
inclination, le Chevreuil qui eft volan 
_ ge fe trouve par tout, parce que dans” 


quelque endroit qu'il puifle être, il ah 
de quoi brouter, Les Ramiers en Flysn 


_ 


de la Louifianes 27% Û 
vér volent avec tant de rapidité, qu’ils 
parcourent beaucoup de Pays en peu 
d'heures ; les Canards & autre gibier 
aquatique font en fi grand nombre ; 
que par tout où ilya de l’eau , on eft 
afluré d’en rencontrer beaucoup plus 
qu’il n’eft pofñble d’en tirer, quand 
même on ne feroit autre chofe : ainfion 
trouve du gibier en tout lieu, & du 
poiffon en abondance dans les riviéres. 

Reprenons la Côte,qui quoique pla- Terres de fa 
te & aride à caufe de fon fable , eft fé- Côte de PER, 
-conde en poiflons délicieux & en co- 
quillages excellens. Mais ce fable crif- 

-tallin qui incommode la vûe par fa 
blancheur , ne feroit-il point propre à 
à faire quelque belle compofition ? Je 
life ici aux Sçavans à trouver de quel 
ufage ce fable pourroit être en France, 
où les Arts font parvenus à un fi haut 
dépré de perfettion., : | 
Si cette Côte eft plate elle a en ce- 
“la un avantage : on diroit que la Na- 
ture a voulu la faire aïinfi, pour être 
par elle même défendue contre les def= 
centes des Ennemis. | 

Si en fortant de la Baye des Paska< 
Agoulas, nous fuivons encore l’Oueft , 
nous avons en notre rencontre la Baye 
du vieux Biloxi , où l’on avoit bâci un 


$ Miv 


rt As Hifoire 
Fort, & commencé un Etablifement ; ‘ 
_ mais une incendie poufice par un vent 


= Fa 
PRE SR ET ee 


violent, détruifit en peu de momens “ 
ce que a prudence, auroit dû ne pas M 


conftruire. 


Ceux quiavoient établi le vieux Bi- - 
oxi, ne pouvoient fans doute quitter w 
le rivage de la Mer ; ils s’érablirent à. 
VOueft , & tout près le nouveau Bilo-w 
xi,fur un able également aride & dan- 
| gereux a “te Ce fut en cet endroit | 
qu’ arriverent les grofles Conceffions, - 
qui s’ennuyolent extrêmement d'être 


{ur un terrein inculte, où il étoit im- 


offible de trouver le moindre légumew 
a quelque prix que ce fût, & où leurs. 


Engagés mouroient de faim dans la 
Colonie la plus fertile qu’on puiffe dé. 
couvrir dans tout le Monde. J'ai affez 
fait connoître dans mon Voyage au Bi- 
Joxi les autres inconvéniens qu'il y, 
avoit,à laifier fubffter un Etablifiement 
fi peu réfléchi, & aufli contraire au 


Commerce du Pays,que coûteux & i IR = 
commode au Habitans. 


En fuivant la même route & la mé 


me Côte vers l'Ouelft, les terres y fonts 
toujours les mêmes , jufqu’à la petites 
Baye de S. Louis 8e juqu'aux Che- 


naux qui conduifent au Laçde ce nom.b 


| de la Louifiane. 273 
La profondeur des terres eft d’une 


. bonne quaïité, propre à l'Agriculture, 


& à faire un beau Pays; la terre y eft 
lépere & un peu graveleufe : la Côte 


au Nord de la Baye S. Louis eft d’u- 


ne nature différente & beaucoup plus. 


fertile. Les terres qui font plus éloi- 
gnées vers le Nord de cette derniere 
Côte,ne font pas fort diftantes du Fleu- 
ve S. Louis ; elles font aufli plus abon- 
dantes en produétion, que celles qui 
font à PES de cette Baye par la même 
Latitude. FU 

Pour fuivre la Côte dela Mer juf- 


qu’à l'embouchure du fleuve S. Louis, 


il faut aller prefque au Sud en quittant 


les Chenaux dont jai parlé ailleurs, & 


-pañler entre Pifle aux Chats que lon 
haifle à gauche, & l’Ifle aux Coquilles 
que lon laïfle à droite. En failant cette 


route en idée ,; on pañle fur des Bancs . 


prefque à fleur d’eau, couverts dun 


infinité d’Iflots ; on laiffe à gauche les: 
Tfles de la Chandeleur, qui ne fontque 
des amas de fable qui ont-la forme 
d'un boyau coupé par morceaux :elles 


i 


font peu élevées au deflus de la Mer, 


&c à peine y trouve-t-on une douzaine 


de plantes,de même que dans les Iflots. 


vuifins dont je viens de parler. On laif- 


274 Hifhoire 
fe à droite le Lac Borgne., qui n. LE 
un autre iflue du Lac S. Eeut & con= ? 
tinuant la même route & la ROUTE 
des Iflots aflez loin, on trouve un peu | 
de Mer nette, & la Côte à droite, qui | 
n'eft qu’un marais tremblant formé 4 
peu-à peu par une vale très-molle,fur 
laquelle naiffent quelques rest 
Cette Côte conduiten peu a la Pafe 

de PEf, qui eft une des Bouches du 
Fleuve queF on trouve bordé d’un pa- 
reil terrein, s’il eft permis de lui don- | 
ner ce noï’a. 

Il y à éncore la Pañle du Sud- ER | 
où eft la Balife, & la Pafle du Sud qui 
avance plus en mer. La Baifeeftun « 
Forc bâti fur une Ifle de fable, raflu-” 
ré par un grand nombre de pilotis liés” 
d’une bonne charpente : il y a des lo-" 

gemens pour les Offciers & pour ia 
Garnifon ;ily a aufli une Arullerie 
fuffifante pour défendre l’entrée du 
Fleuve ; c'eft-là que l’on prend le Pi=" 
lote de ‘à Barre pour faire entrer les 
Navires dans le Fleuve. J’aï parlé de M 
ces deux Paffes dans la Defcription. 
Géographique de cet PA ainfi " 
entrons promptement dans le Fleuve ; 
nous en, ferons beaucoup plus fatis-M 
fits 3 toutes les Pañles ou entrée s À 


de k Louifiane: #7 F 
| du Fleuve font auffi affreufes à la vûe , 
que l’intérieur de la Colonie eff Vrai 
nor Maraeiertm 

Ces marais reinblane continuent Elanss 

encore environ Jept licues en remon- 
tant le Fleuve , à l’entrée duquel on 
trouve une Barre de trois quarts de 
Jieue de large ; on ne peut la pañler 
Le fans le Pilote de ha Barre, qui feul con- 
noit le Chenal. 
Toute la Côte de l'Oueft eft TA 
ble à celle dont ÿ ai parlé depuis la Mo- 
bile ; jufqu” ‘à la Baye S. Louis, c'eft à- 
dire également plate, farine d’un fa- 

_ ble pareil, & une Barre d’files qui al- 
longe la Côte, & défend la defcente; la 
Côte continue ainfi en allant à POueft ue 

_juîques à la Baye de l’A fcenfion & mé- 

me un peu plus loin. Le peu que je dis 
de cette Côte doit fuflire;le détail que 
je ferois de fon terrein ne » ouroit être 

qu'ennuyeux , puifqu’il eft auf ftér rile, 

&c femblable en tout à celui dont j'ai 

parlé. 

Je rentre dans le Fleuve & pale 
avec vitefle ces marais tremblans, in- 
capables de foutenir des hommes , &e 
qui ne peuvent que fervir de retraite: 

a desLégions de Maringouins ou Cou- 
fins,& à “qHélanes Oifeaux rule d+ 
M y) 


1 
4 | 


276 | : ifloire 1 
qui fans doute y trouvent de quoi pis 
vre en fureté. L 
Rens de : Au fortir de ces marais, on trouve 
4 une Langue de terre de chaque côté du . 
Fleuve; c'eft à la vérité une terre fer 
me, mais accompagnée de marais. 
femblables à ceux de l'entrée du Fleu- 
ve. Durant l’efpace de trois à quatre « 
lieues,cette Langue deterre eft dénuée ! 
d'arbres, mais enfuite elle en eft cou- « 
verte , de façon qu'elle arrête les vents 
dont les Vaiffeaux ont befoin pour ré: 
monter le Fleuve & arriver à la Capi- 
tale. Cette terre, quoique très étroite 
continue avec les arbres qu’elle porte 
jufqu’au Détour à l'Angloïs , lequel ef 
gardé par deux Forts , l’un à droite, 
Pautre à gauche du Fleuve. 
FAT à L'origine du nom de Détour a l'An- 
": |" ploiste rapporte de différentes manie- 
res ; & ceux qui veulent en raconter 
l'Hifioire fans la fçavoir, en compofent 
une à leur mode : coutume trop ordi- 
naire à ceux qui n'ont d'autre but que 
de parler & non d’inftruire les autres. 
Je penfe différemment : je me we: 
informé aux plus Anciens du Pays, à 
quelle circonftance ce Détour dev 
fon nom. | 
Ils m'ont dit qu'ayant le premier 


SE , 


à oi 


22 


eX<S 


= = - 


MT 
14 


W/ 


{ 
y 
x 


| de la Louifiane: aTY 
Etablifement des François en cette 
Colonie, les Anglois ayant entendu 


_ parler de la beauté du Pays, qu'ils 
. avoient deja vifitéfans doute en y al- 


lant de la Caroline par terre, eflaye- 


rent de s'emparer de l’entrée du Fleu- 
ve, & de remonter, pour fe fortifier 


dans le premier terrein folide qu'ils 


trouveroient. Excités par cette \alou- 

fie qui leur eff naturelle , ils prirent les 
, . ser à 

précautions qu'ils crürent convenables 


 pourréufir. | 


É 


_ Deleur côté les Naturels qui avoient 
déja vü ou entendu dire que plufeurs 
Hommes Blancs (les François)avoient 
defcendu & remonté le Fleuve en dif- 
férentes fois ; les Naturels, dis-je, qui 
n'étojent peut être pas trop contens 


d'avoir de tels voifins , furent encore 


plus effrayés de voir entrer un Navire 
dans le Fleuve, ce qui les détermina à 


les arrêter en chemin ; mais il leur fut 
impoflible, tant que les Anglois eu- 
rent du vent dont ils profiterent jufqu’à 


ce Détour.Ces Naturels étoient les 
 Ouachas & les Chaouachas qui habi- 
 toient à l'Oueft du Fleuve, & au def- 


fous de ce Détour. Il y en avoit d’un 
coté & de l’autre du Fleuve , ils fe cas 
chojent dans les cannes, regardoient 


la ui Hi foire - L 
les Angloïis & les fuivoient en montants 
fans ofer les attaquer. 

Lorfque les Anglois furent à lens 
trée de ce Détouxs, le peu de vené 
qu’ils avoient leur manqua : voyant en! 
outre que le Fleuve tournoit extrè= 
mement , ils défefpérerent de réuffir 
ils voulurent s'amarrer en cette en-=\ 
droit, il fallut 2 à cet’ effet porter des» 
cordages à terre ; mais les Naturels 
leur tirent grand nombre de flèches ;: 
jufqu’à ce qu’un coup de canon tiré en! 
Pair les diffipa, & fut un fignal aux Ans 
glois de regagner le Vaifleau, dans la 
crainte que les Naturels ne vinflent en. 
en plus grand nombre les mettre ent 
pieces. À 

Telle eft origine du nom de ceDé2 
tour ; le fleuve en cet endroit fait la 
figure d’un Croiflant prefque fermé , 
de forte que le même vent qui amene, 

un Vaifleau lui eft fouvent contraire 
lorfqu'il eft arrivé au Détour, C’efts 
pourquoi les Navires s’amarrent & new 
remontent qu’à la T houe ou en virant, 
le Cabeftan. Ce Détour à fix à fept 
lieues , quelque - uns lui en donnent 
huit plus ou moins felon que le chemins 


6 


leur dure. 
ü 
Les terres qui font aux deux côtés de 


N 


immédiatement après ce Détour eff fi- 


tuée la nouvelle Orléans Capitale de 
cette Colonie, à l'Eft du Fleuve & fur 


le bord. Sien cet endroit du Fleuve 

on tire une ligne perpendiculaire, on 

trouve à une lieue derriere la ville un 

_ Bayouc qui peut porter de gros ba- 
teaux à rames. En fuivant ce Bayouc 
l'efpace d’une lieue, on va au LacS. 
Louis , & lorfqu’on a traverfé oblique- 
ment celui-ci, on trouve les Chenaux 

* qui conduifent à la Mobile par où jai 
commencé à décrire la nature du ter 
rein de la Louifiane. 

Le terrein où eff fituée la nouvelle 
Oïléans étant une terre rapportée par 
es-vales de même que celle qui eft au 
deéflous & au deffus affez loin de certe 
Capitale , eft d’une bonne qualité pour 
PAgriculture , fi ce n’eft même qu’el- 

leeft forte & plutôt trop grafle que 


maigre. Cette terre étant plate & les 


eaux des débordemens layant noyée 
pendant plufieurs fiécies, elle ne peut 
manquer d’étre entretenue en humidi- 
té n'y ayant d’ailleurs qu’une levée qui 
“empêche le Fleuve de la couvrir 
d’eau : elle feroit même trop humide 


0 de la Louifiane 2% 
“ee détour font habitées, quoique la 
‘profondeur n'en foit pas confidérable ; 


Des terres 
où eft fituée La 
nouvelle Qxre 
léanse 


. 280 Hlifoire | 20 
& ne pourroit être cultivée, fi onn cl 
fait cette levée & des foflés près les! 
les uns des autres pour faciliter l'écou- 
lement des eaux 3 par ce moyen on. 
Pa mife en état d’être cultivée avec” 
fuccès. 

Depuis la nouvelle Orléans jufqu'à. à. 
Manchac,à 'Eft du Fleuve, vingt- cinq, 
lieues plus haut que la Capitale, & juf=. 
qu’à la Fourche à l'Oueft, prefque vis-» 
a-vis Manchac & à peu de ditance , les 
terres font de la même efpèce & de 12” 
même qualité que celles dela nouvelles 
Orléans. 


CHAPITRE XXI 


. Qualité des terres qui font au-deffus de la 

Fourche : Carriere de pierres à bâtir : 
Terres hautes de l'Eft : Leur fertilité 
_ prodigieufe : Côte de V'Oueft : Terres 
.… del'Oueft : Salpêtre. 


| FU côté de l'Oueft au deffüs dela 


FA 


Des re res 


À J Fourche, lesterres font aflez qui font au- 


deur des débordemens. L'endroit de 
ces terres le plus connu fe nomme 
_ Baya-Ogoula, nom forgé des mots 
Bayouc & Ogoula, qui fignifioit la 
Nation qui habite près du Bayouc, y 
ayant eu en ce lieu une Nation de ce 
nom quand les premiers François ont 
defcendu le Fleuve S. Louis ; c’eft à 
_ vingt- huit lieues de la Capitale, 

Mais du côté de lEft les terres font 
bien plus hautes , puifque depuis Man- 
chacjufqu’à la Riviere Ouabache . elles 
_ fe foutiennent entre cent & deux cens 
pieds plus hautes que le Fleuve dans 

fes plus grandes eaux : la pente de ces 


| ’ defflus 
plates,mais exemptes dans leur prof Fourches 


de ‘læ 


Terres hau- 


terres s’écarte perpendiculairement du tes de PER, 


À 
hi | 


282 Hiflhoire : 20 

Fleuve, qui de ce côté ne reçoit qué 
peu de rivieres & même très petites ff 
lon except e celles des Yazoux, enco= 
re n’a-t-elle pas plus de cinquante lieues 
de cours. 

Toutes ces terres hautes font en 
core furmontées en bien des endroits 
de petites monticules , bufes & côteauxs 
allongés , la pente des uns & des au+ 
cres el affez douce. Ce n’eft qu’ en s’é- 
cartant un peu du Fleuve qu’on trouvek 
ces terres hautes avoir par deflus dé 
_ petites montagnes qui paroïffent toutes, 
de terre, quoiqu elcarpées, fans que 
l’on apperçoive le moindre gravier ou 
une petite pierre. / 

La qualité de ces terres hautes eff 
d’être noires & légeres, d'environ trois: 
pieds fur les Côteaux ou monticules, 
Cette premiere terre eft foutenue d’u-. 
ne plaife rougeätre extrêmement fo- 
hide, les endroits les plus bas entre ces” 
Côteaux font de la même nature , nais 
la terre noire a jufqu’à cinq à fix pieds. 
d’épaiffeur : ainfi hanté qui y croit efEn 
de la hauteur d’un homme, quoi qu’elw 
le fois très-menue &c très-fine ; au lieud 
que l'herbe de la même prairie fur les 
Côteaux ne pañle gueres la hauteur du 
genouil, elle eft encore de la même L 


La 


LA 


: de la Louifiane. 283 
hauteur dans les bois de haute futaye 
 & fur les plus hautes élévations, à 
moins qu’il ne fe trouve deflous des 
chofes qui non - feulement rendent 
Pherbe plus courte, mais empêchent 
même d’y naître par la force des exha- 
hifons, ce qui n'arrive point ordinai- 
rement fur les Côteaux quoiqu'élevés, 
mais feulement fur les montagnes pro- 
prement dices, 

Mon expérience dans l'Architecture Pierres à B% 
m ayant appris que plufieurs carrieres tire 
fe font trouvées deflous une glaife pa- 
 reille äcelle-ci, j’aitoujours eû dans 
l'idée qu'il devoit y en avoir dans ces 
Côteaux. 

Depuis ces réflexions, j'ai eu occa- 
fion dans mon voyage dans les terres 
de fortifier mes conjectures. Nous 
étions cabannés au pied d’une Côte 
qui étoit efcarpée de notre côté & près 
d’une fontaine ; l’eau que l’on m’en ap- 
porta étoit tiéde & pure. 

. J'allai voir cette fontaine qui me pa- 

rut fortir d’un trou lequel avoit été 

formé par l’éboulement de la terre, je 

me baïffai pour mieux voir, j’apper- | 
çus de la pierre qui à la vûüe me parut - 
propre à batir &e le deflus étoit de certe 

glaife particuligre au Pays. Je fus très- 


584. Hifloire 
fatisfait de m être afluré qu'il yavoit. 
de la pierre à bâtir dans cette Colo: 
nie, où lon croit quil n'y en 
point, parce qu’elle re fort _pas de 
terre pour fe déclarer elle-même. 
Il n’eft pas étonnant qu'il ne s 
en trouve point dans. la baffe- Louis 
ce fiane, qui n’eft qu’une terre rapportées 
mème fur les par ls vafes; mais il eft bien plus 
TER extraordinaire de ne pas voir un cail 
Te Jou ni même une petite pierre fur 
des Côteaux pendarit l’efpace quelque 
fois de plus de cent lieues ; c’eft ce 
pendant ce qui eft ordinaire-dans cette) 
Province. 
Je crois devoir en donnner uné* 
raifon qui me paroît affez vraifembla= 
ble. ns terre n’a jamais été fouil= 
lée, elle eft fort épaiffe au-deflus de 
la Glaile : celle-ci qui eft extrêmes 
ment dure couvre la pierre qui ne 
peut fe manifefler, en étant fi forte=m 
ment empéchée ; il n’eft donc poineh ; 
fi furprenant que l’on n’apperçoiven 
aucune pierre hors de terre dans cesw 
Plaines & fur ces Côteaux; fi on 
croit en avoir befoin, on ne peut 
gueres moins faire que d'aller la trous 
| ver. à 
Fertilité de Toutes ces terres hautes font ors 


d 


> 


0 7 
u _ dela Louifiane. 28F 
dindirement des Prairies, & des fu- je terres de 
tayes avec de l'herbe jufqu'au génouil : PER 
le long des ravines ce font des Bois 
fourés dans lefquels on trouve des Bois 
de toute efpèce, même des fruits du 
Pays. 
… Prefque toutes ces terres de PES 
font telles que je viens de les décri- 
re ; c’eft-à-dire, que les Prairies font- 
“ur les Côteaux dont la pente eft 
plus douce; on y voit aufli des Fu- 
tayes, & les Bois fourrés font dans 
Jes bas fonds. Dans les Prairies on 
voit de diftance à autre des bofquets 
de chênes très-hauts & fort droits, 
dont les arbres font au nombre de 
quatre-vingt ou de cent au plus; il 
y en a dautres d'environ quarante . 
ou cinquante, lefquels femblent étre 
plantés par main d'homme dans ces 
Prairies, & pour fervir de retraite 
aux Bœufs, aux Cerfs & autres ani- l 
maux , & les mettre à l'abri des orages 
_& de Paiguillon des Taons, | 
Lies Futayes font prefque toujours 
toutes de noyers blancs, ou toutes 
. de chênes; dans ces derniers on trou- 
ve quantité de morilles, mais en re- 
. vanche, il croït une efpèce de cham- 
. pignons au pied des noyers coupés, 


Bofquetss < 


Futayes 


Prairies, 


simples, 


? 


286. : He 4 


que les Naturels ramaflent avec foin? 
jen ai goûtés que j'ai trouvés dé 


bon goût; j'étois perfuadé qu'ils né 


mangent rien qui ne foit très- fein ; 
C au pourquoi je ne fis point de dif: 
ficulté de goûter de cette forte de 


Champignons. 


- Les Prairies ne font pas fculénet 
couvertes d’herbes propres au pacas 
ge, elles portent encore quantité de 
Pare au mois d'Avril; les mois fui- 
vans le coup d'œil fe charmant, à 
peine voit on l'herbe, à moins que 
ce ne foit celle que lon foule aux 
pieds ; les fleurs qui {ont alors dans 
toute leur beauté, préfente à la vüë 
le fpectacle le plus raviflant; elles, 
font diverfifiées à à l'infini ; j'en ai res 
marqué une en particulier , qui feroit 
lornement des plus beaux parterresa 
c'eft la gueule de lion dont je par= 
lerai. 

Ces Prairies fourniffent nèn- full 
ment à la vûe de quoi la ravir , ele 
les produifent encore en quantité ad 
Simples excellentes, ainfi que les fu 
tayes, tant pour la Médecine que 
pour la Teinture, Quand toutes ces” 
herbes font ci & qu'il furvient” 
unc petite pluye, des champignons”. 


? dela Louifiang 28 

d'un très-bon goût prennent la place 

% blanchifflent toute la furface de 

ces Prairies. Les Naturels ne man- 

gent pas plus de champignons que 

des morilles 

Ces Côteaux én Prairies & ces fu: Gibier: 
tâves font abondantes en Bœuf, 

Cerfs & Chevreuils, en Dindes, en 
Perdrix & en toute forte de gibiers 

on y trouve en conféquence des 
Loups, des Pichous &e autres bêtes 
carnacieres , parce qu’en fuivant Îles 

autres animaux, ils détruifent & man- 

gent ceux qui font trop vieux ou 

trop gras; & quand on y va à la 
chañe , ils font certains d’ avoir la cu- 

Jrée ; ce qui les engage à fuivre les 
Chafleurs. 

— Ces terres hautes produifent natu- 
none des mûriers dont les feuil- 

les plaifent beaucoup aux Vers à foye; 
PIndigo y croît de même le long des 

bois fourrés, fans culture. Il s ÿ tTOU- pxceilenre 
ve aufi du Tabac naturel, à la çul- duterrein de_ 
ture duquel ainfi que des autres ef- RE 
pèces de Tabac, ces terres font très Lache. 
propres. Le Coton s'y cultive auffi 

à profit ; on y fait venir du Froment 
& du Lin plus aifément & meilleur 

qu'e en bas vers la Capitale, la serre 


Minese 


T'eyres de la 


Cèvede DER, Par Ja Côte de l'Oueft qui eft Wa 


288 | Hifloire. 


y étant trop grafle, ce qui fait qu'à 


la vérité l'avoine y vient plus bat 
que dans les terres dont je parle; mais 
ke Coton de même que les autres de 
rées n’y font pas fi fortes mi fi ps 
nes , & font fouvent de moindre rap- 
port pour le proïit, quoique le ter- 
rein foit d’une nature excellente. 
Enfin cette partie de terre Hat 
qui fe trouve à l’'Eft du Fleuve 4 
puis Manchac jufqu’à la Riviere d’'Ouæ 
bache, peut & doit avoir des ME 
nes; on y en trouve de Fer & de 
Charbon de Terre tout auprès. Ïl n° 
a point d'apparence de mines d'Ar- 
gent; mais il pourroit y en avoirs 
d'Or, même de Cuivre & de Plomb. 
Retournons À Manchac Qi j'ai * 
fé le Fleuve ; je le paferai pour 
fiter le côté de- l'Oueft comme Ji 
fait celui de PER. Je commenceräl 


même que celle de PES; on peut 
feulement remarquer quelle eft enco- 
re plus aride & plus flérile. En ds 
tant cette Côte de fable blançu 


_criftallin pour aller vers le Nord, 


trouve cinq à fix Lacs qui commu 
rar les uns aux autres, & qui 
font fans doute des refles de la Mer | 


Entre 


_ 


E. de la Louifianes 289 
Entre. ces Lacs & le Fleuve, eft une 
terre rapportée fur le fable & formée 
des vafes du Fleuve, comme je l'ai 
dit ; entre ces Lacs ce ne font que 
des fables, fur lefquelsily a fi peu 
de terre que le fond de fable paroit ; 
aufh n’y voit-on que peu d'herbes 
de pâcages que quelques Bœufs écar- 
tés viennent manger: il ny a point 
d'arbres , fi l’on en excepte une C6- 
te fur le bord d’un de ces Lacs, qui eft 
toute couverte de chênes verds , 
qui font propres à la conftruttion 
des Vaifleaux. Ce terrein peut avoir 
une lieue de long fur une demi-lieue 
de large; on a nommé cet endroit 
Baratarta, parce qu'il eft enfermé ge 
‘ e enters 
par ces Lacs & par leurs iffues, ce. Re 
qui forme à peu-près une Ifle en | 
terre ferme, comme étoit celle dont 
Sancho-Pança fut fäit Gouverneur. 
Ces Lacs {ont remplis de Carpes 
monfirueufes tant pour leur groffeur 
que pour leur longueur: ces Carpes 
S'échapent du Fleuve & de fon eau 
trouble dans le tems de fon débot- 
dement, pour chercher une eau plus 
claire: ce qui doit étonner, c’eft qu’il 
ÿ ait tant de poiflons dans ces Lacs, 
ÿ ayant une quantité innombrable de 
Tome I, R 


290 Hifloire 1 
Crocodiles. Il y a dans les environs" 
de ces Lacs quelques petites Nation 
de Naturels qui vivent en partie de 
cet animal amphibie, ù 

Entre ces Lacs & les bords au 
Fleuve, il fe trouve quelques her-« 
bages clairs, entr'autres du Chanvre 
naturel qui y vient comme un arbrifs 
feau, & très-branchu: il ne doit pass 
être “farpr enant que ce Chanvre ait 
beaucoup de branches & affez lon, 
gues , puifque chaque plante eft trèss 
écartée l’une de l’autre; de ce côté, 
on voit peu de Boïs, fi ce n'eft en 
approchant du Fleuve. 

A lOueft de ces Lacs on trouve, 
de très-bonnes terres couvertes en: 
beaucoup d’endroits de Futayes , dans 
lefquelles on peut aifément courir à 
cheval; on y trouve du Bœuf fau 
vage qui ne fait que pafler, parce 
que l'herbe de ce pâcage eft amerê 
fous les arbres; ceft pourquoi le 
Bœuf prétere l'herbe des prairies 
laquelle étant expofée aux rayons du 
Soleil, en devient beaucoup plus fæ 
voure de e. \.R 

En s’éloignant encore plus vets. 
POuett, on trouve les Bois bien plus” 
fourrés ; sil que ce us eft exs, 


de la Louiliane. 20T 


trêmement arrofé; on y trouve quan- 
tité de Rivieres qui fe jettent dans 
la Mer ; & ce qui contribue à la fer- 
tilité de cette terre, c’eft la quanti- 
té de Ruiffeaux qui tombent dans 
ces Rivieres. 

_ Ce Pays abonde en Chevreuils & 
autre gibier ; il y a peu de Bœufs, 
mais 1l promet beaucoup de richefles 
à ceux qui l’habiteront, par la bon- 
ne qualité de fes terres. Les Efpa- 
gnols qui nous bornent de ce côté- 
- (à en font affez jaloux : mais la gran- 
de quantité de terres qu'ils pofledent 
dans l'Amérique, leur a ôté l’idée 


d'y faire des Etabliflemens, quoiqu’ils 


l’euffent connu avant nous; cependant 
ils fe font. donnés des mouyemens 
pour traverfer nos deffeins, quand 
ils ont vû que nous y penfions. Ils 
n’y font point établis: qui pourroit 
_ erapêcher que l’on y fit des Etablif- 
fémens avantageux Ê | 
J: reprensle bord du Fleuve au-def- 
fus des Lacs & des terres au-deflus dela 
fourche, que j'ai aflez fait connoitre 
pour n'être pas des meilleures, & jere- 
_ monte vers le Nord pour fuivre le 
même ordre que j'ai tenu en don- 
Nij 


Bonne terre 


de POueft, 


‘202 Hifhoire 
nant la Defcription de la nature des 
terres de VER. | 
Les bords du Fleuve font d’une 
terre grafle & forte, comme j'ai dit 
ailleurs ; mais ils font beaucoup moins 
fujets à linondation. Si l’on avan- 
ce un peu vers l’Oueft, on trouve 
des terres qui s’élevent peu-à- peu, « 
& font d’une très-bonne qualité; il » 
y a même des Prairies que lon pour- « 
roit dire n’avoir point de fin, fi elles w 
métoient entrecoupées de petits bof « 
quets : ces Prairies font couvertes de 
Bœufs fauvages & autre gibier, qui. 
vivent d’autant plus paifiblement, 
qu'ils ne font point chaflés par les. 
hommes, qui ne fréquentent nulle-. 
ment ces contrées; ni inquiétés par. 
les Loups ou les Tigres qui fe tien- 
nent plus au Nord. | 2 
Le Pays que je viens de décrire. 
eft tel que je le dis jufau’au nouveau 
Mexique ; il s’éleve aflez doucement, 
aux approches de la Riviere Rouge“ 
qui le termine vers le Nord, jufqu'au 
une terre haute qui n’a pas plus des 
cinq à fix lieues de large & une lieuew 
feulement en certains endroits ; ellek 
eft prefque plate, n'ayant que quels! 


| 
À 
+ 
| 
À 
"A 


) 


- de la Louifiane: 293 
_ ques buttes à une afflez grande dif- 
tance les unes des autres: on y trou- 
ve aufli quelques Montagnes d’une 
moyenne hauteur qui paroiflent ren- 
fermer plus que de la pierre. 

Cette terre haute commence à quel- 
ques Heues du Fleuve, & continue 
ainfi jufqu’au nouveau Mexique: elle 
s’abaifle du côté dela Riviere Rou- 
ge, par replis, où elle eft diverfifiée 
alternativement de Prairies & de Bois. 
Le deflus de cette hauteur au con- 
traire n'a prefque point de Bois; il 
y croit une herbe fine entre les pier- 
res qui y font communes: les Bœufs 
viennent paître cette herbe, lorfque 
les pluyes les chañlent des plaines; 
autrement ils n’y vont gueres, parce 
_ qu’ils n’y trouvent ni eau ni falpé- 

tre. | 
On: doit remarquer enpaffant , que 
tout le pied fourchu aime extrème- 
ment le fel, & que la Louifiane en 
général renfèrme beaucoup de falpé- 


tre; ainfi on ne doit pas être fur= 


pris fi le Bœuf, le Cerf, & le Che- 
vreuil ont plus d'inchination pour 
certains endroits que pour d’autres, 
quoiqu’ils foient fouvent chaflés. On 


doit feulement conclure qu'il y a plus 


Nu 


Salpètres 


294 Hiffoire 


de falpêtre en ces endroits, quer 


| 


ceux qu’ils ne fréquentent que rare- 
ment: c'eft ce qui m’a fait remar- 
quer que ces animaux après leurs ré- 
fections ordinaires, ne manquent gue- 
res d’aller dans les Torrens où la 
terre eft coupée, même dans la glai- 
fe ; là ils léchent cette glaile, fur- 


tout après la pluie, parce qu’ils y trou- . 


vent un goût de fel qui les y attire. La: 
plüpart de ceux qui ont fait cette re- 
marque s’imaginent que ces animaux. 


ul 
à 


mangent la terre ; ils ne cherchent en. . 


ces endroits que le fel qui eft pour eux. 


un appas fi violent, qu'il leur fait bras 
ver les dangers pour le fatisfaire, 


de la Louifiané 05 pe 


"a, 


CHAPITRE XXIL 


ualité des Terres de la Rivicre Rouge : 
… Poftes des Nuëtchitoches : Mine d'Ar- 
gent: Des Terres de la Riviere Noire. 


E s bords de la Riviere Rouge 
4 du côté de fon confluent font af- 
… fés bas, & quelquefois noyés par les 
débordemens du Fleuve ; maisfur-tout | 
Je côté du Nord, qui n’eft qu’une terre 
marécageufe l’efpace de plus de dix 
lieues en remontant aux Naétchito- 
ches, jufqu’à ce que l’on ait trouvé la 4: 
- Riviere Noire qui tombe dans la Ri- Rivicre Rou- 
viere Rouge. Cette derniere prend fon £°- 
nom de la couleur de fon fable qui 
eft rouge en plufieurs endroits ; on la 
nomme auffi Riviere de Marne, nom 
que quelquesGéographes lui donnent & 
que l’on ne connoit point dans le Pays. 
_ Quelques-uns lui donnent le nom de 
: Fiviere des Nadtchitoches, parce qu’ils 
habitent fes bords : le nom de Riviere 
Rouge lui eft demeuré. | 
Depuis la Riviere Noire, le côté du 
- Nord de la Riviere Rouge n’eft qu’une 
Niv 


296 Hifloire | 
terre très légere, même fabloneufe, où 


l'on trouve plus de Sapins que d’autres. 
arbres 3 on y voit aufli quelques ma-. 
rais 3 mais ces terres, quoïqu'elles ne fe- 


_ roient point fkériles.fi on les cultivoit, 


ne feroient point des meilleuresselles fe M 


foutiennent de la forte vers les bords 
de la Riviere, feulement jufqu’au rapi- 
de que l’on rencontre dans cette Rivie- 
re à trente lieues du Fleuve S. Louis. 
Ce rapide n’eft rien moïns qu'un faut ; 
il eft vrai qu'on ne peut gueres le re- 


= 


monter à la rame lorfqu’on eft chargé , « 


il faut mettre à terre & tirer. Il me 
femble que fi l’on fe fervoit de la Gafe 
ou Perche,dontles Mariniers fe fervent 
fur la Loire & autres Rivieres de Fran 
ce, on furmonteroit aifément cet obfta- 
cle ; maïs dans cette Colonie on n’eft 


point dans le goût d’inventer ce qui, 
peut foulager dans lestravaux ; oneft « 


‘{eulement dans lufage de fuivre la rou- 


tine donnée par les premiers Habitans.M 
qui n’étoient pas afflurément d’habiles 


Artiftes. | | 

Le côté du Midy de cette Riviere 
©. , 9 e A , . / 
jufqu’au rapide,eft tout-à fait différent, 


du côté qui lui eft oppofé ; il eft un peu M 


plus haut, & s’éleve à mefure qu’il ap- 


proche dela hauteur dont j'ai parlé 3, 


mue de ia Louifiane. 297 
… la qualité eft auffi très différente ; cet- 
te terre éft bonne & légere, elle pa- 
_roît difpotée à recevoir toutes les cul- 
tures qu’on défirera y faire, & l’on 
peut en toute affurance efpérer d'y 
réuffir : elle produit naturellement de 
très-beaux Bois francs &.de la Vigneen 
abondance, c’eft de ce côté que l’ona 
trouvé du. Mufcat. L:s derrieres ont 
leurs Bois plus nets, & des Prairies en- 
tre-coupées de belles. Futayes : de ce 
côté les arbres fruitiers du Pays font 
communs, fur-tout les Pacaniers & les 
Noyers: cés arbres n’annoncent jamais 
une mauval{e terre. | 
- Depuis le rapide jufqu’au Na@chi- 
toches , les deux côtés de cette Rivie- 
re font aflés femblables aux terres dont 
je viens de parler. À gauche en re- 
montant,.eft une petite Nation que lon: 
_ nomme les Avoyelles,& qui n’eft con- 
_ nue que par les fervices qu’elle à ren- 
dus à la Colonie, par les Chevaux , 
_Bœufs & Vaches qu’elle eft allé cher- 
cher au nouveau Mexique pour les 
 Erançois de la Louifiane. J’ignore. le 
fin du Commerce de ces Naturels 3: 
mais je fçais que malgré les peines du: 
Voyage,ces Beftiaux l’un parmi l’autre, 
ne revenojent, tous car &c fortis- 
AN Vs 


298 Hifhoire . 


de leurs mains, qu’à environ deux pifto: 


les la piece ; je dois préfumerde là qu'ils M 


les ont à bon marché dans le nouveau. 


Mexique : ce n’eft point au refte ce qui . 


doit nous inquiéter 3.le meilleur eft que: 


nous avons à la Louifiane par la voie de. 


cette Nation , de très beaux Chevaux | 


de l’efpéce de ceux de la vieille Efpa- 
gne , lefquels , s'ils étoient dreflés ,. 
pourroient monter les premiers Sei- 
gneurs de la Cour. Pour ce qui eft des 


Bœufs & Vaches, ils font tels que ceux … 


de France , les uns & les autres font à 
lé \ « 
préfent très-communs. dans la Loui- 
fiane. 
Le côté du Midy n'apporte dans la 
Riviere Rouge que de petits ruiffeaux. 


Du côté du Nord & aflez près des 


Naëtchitoches, eft, à ce que l'ondit, : 


une Source d’eau très-falée, qui a qua- 
tre lieues feulement de cours. Cette. 


Source dès en fortant d® terre, forme 
une petite Riviere qui dans les chaleurs: 


laiffe du fel fur fes bords : ce qui pour- 


roit le faire croire plusaifément, c’eft 


que le Pays d’où elle tire fon origine 
renferme beaucoup de fel minéral qui 


fe manifefte par plufieurs fources d’eau: f 


falée , & par deux Lacs falés dont jew 


parlerai bien-tôt. Enfin en remontant” 


, 


l 


= 


fi 

SJ 

) 

F 
| 
{ g 


\ 


dela Louifiane. , . . 709 


on trouve le Fort François des Nact- 
chitoches, bâti dans une Ifle que forme 
- Ja Riviere Rouge. | 
Cette Ifle n’eft que de fable, & fi fin 
que le vent l'emporte comme de la 
poufliere;de forte que le Tabac que l’on 
ÿ a cultivé dans les commencemens en 
étoit rempli : la feuille de Tabac étant 
d'un velu très fin retient aifément ce fà- 
_ Ble ,que le moindre fouffle porte par- 
tout, cequieft caufe que lon ne fait 
plus de Tabac dans cetlfle, maïs feules 
ment des vivres, comme du Mahiz, 
des Patates , des Giraumons, & autres, 
aufquels le fable ne peut faire aucun 
dommage, ‘ 
_ M. de S: Denis qui a été lonp-tems 
Commandant de cePofte desNactchito- 
ches qui ont toujours été amis desFran- 


Çois., auroit mérité d’être Gouverneur 


_de toute la Colonie ; il étoit auf pru- 


dent dans fa maniere de Gouverner 


qu’il étoit brave Officier ; il a fçû tou- 


te fa vie fe faire aimer &refpecter, tant 
des François que des Naturels, Ces 
derniers lui étoient fr attachés, que 


rien ne leur coûtoit, dès qu'il éroit 


queftion de fon fervice. Ces. peuples: 


n'ont rien de plus cher que leur liber- 


té,& préferent la mort à l’efclavage, & 


N vy. 


Pofte des 
a&chitoches, 


+00 Hifloire 


même à la domination d'aucun Sou: 


_verain , quelque douce qu’elle puiffe. 
être. Cependant vingt ou vingt-cinq; 


Nations avoient trouvé en la perfonne » 


de M. de S. Denis un charme fi puif- 
fant , qu’oubliant qu’elles étoient nées: 


libres , elles s’étoient données à lui vo- 
_lontairement ; les Chefs & le peuple, 

tous voulurent l'avoir pour leur Grand 
. Chef, enforte qu’au. moindre figneil: 


auroit pü fe mettre à la tête de trente: 


mille hommestirés de ces Nations , qui: 
de leur propre mouvement s’étoient 


foumifes. à fes ordres. Il n’eût pas été: 


befoin qu'il eût été les trouver lui-mé- 


me pour les faire venir, il eût fufhi que: 


M. de S. Denis traçât fur le papier une 


jambe bien formée & des figures hiéra-. 
glyfiques qui euffent défigné la guerre :: 


la jambe bien formée le défignoit lui- 
même, parce qu’ils. lé nommoient le 
Chef à la grofle jambe. Pour défigner 
la guerre, on fait la figure d’un cafle- 
tête ; pour marquer le tems auquel on a 
befoin de fecours, on défigne les mois. 
par des Lunes, & les jours de plus par 
desT, de cette forte; fr l’on eft preffé 


d’avoir du fecours, on marque feule- « 


ment autant d'I, qu’il faut de jours pour: 


faire Ja route ; on défigne la Nations 
| e . ; 


de la Louifiane. 30 
qu'on veut attaquer par la figure qui: 
lüi eft propre. Le nombre des Guer- 
riers ne fe marque point , les Chefs des 
Nations envoyent leurs Guerriers ; 
on fçait ce-que chaque Nation peuten- 
fournir , dinfi on fait fçavoir fon inten- 
tion à autant deChefs qu’il eft néceflai- 
re-pour completter lenombre d’hom- 
mes que l’on fouhaite. Les flêches défi- 
_gnent auffi la Guerre , mais feulement 
pour la déclarer, ce font alors deux: 
flêches en Saultoir écrafé. 

. Lorfque M. de S. Denis eft mort ;. 
tous ces peuples l’ont pleuré & re- 
gretté , comme de bons enfans pleure- 
roient leur pere ; mais ce qui doit en- 
core furprendre dans le changement de 
fentimens de ces peuples en faveur de: 
M. de S. Denis, c’eft que la plûpart de: 
ces Nations font für les terres des Efpa- 
gnols, & qu’ils auroient dû plutôt s’at- 
_ tacher à eux qu'aux François. Les qua- 
 lités perfonnelles de. M. de S. Denis, 
 Pavoient emporté fur toute forte de 
confidérations ; &: telle eft la force de 
là vertu qui & fait refpecter par tous 
les hommes , quoique peu la prati- 
quent: J’aurai occafion de parler dans 
peu du caractere de ces Peuples, & de: 
_ Seux-cienparticulier, à l'égard de M.. 


1 


% 
; 


302 Hifhoire “ À 
de Saint Denis, pour faire voir que leur” 
dévouement à ce Commandant étoits 
fincere, puifqu'il faifoient leurs efforts: 
pour lui rendre fervice à fon infçû com- 
me fous fes yeux , avec un défintéreffe-" 
ment inconnu parmi les Nations po- 
licées. - ; 
A fept lieues du PofteFrançois,lesET-, 
pagnols en ont établi un,où ils onttou-. 
jours réfidé,depuis que M. de la Motte: 
Gouverneur de la Louifianne y eût don- 
né les mains.Je ne fçais par quelle fatale. 
politique cet Etablillement fut afluré 
aux Efpagnols , mais je fçais que fans: 
les François , les Naturels n’auroient 
jamais {ouffert que les Efpagnols s'éra- 
bliffent en cet endroit. F 
Quoi qu’il en foit,le voifinage de ces 
Etrangersyaattiré plufieurs François, 
qui fans doute fe font imaginés que les: 
pluyes qui venoient du Mexique rou- 
loient & apportoient avec leurs eaux: 
de l’or,qui ne coûteroit que la peine de: 
le ramafler. Mais quelle eff l'utilité de ce 
Beau métal, finon de rendre vains &" 
pareffeux les hommes, chez qui il eft fs 
commun, & de leur faire négliger law 
culture dela terre qui eft.la vraierichefss 
fe, par les douceurs qu’elle procure 4 
l'homme, & par les avantages qu’ellen 


k de la Louifiane. 203 
lui fournit au moyen du Commerce. 
…. Plus haur que les Naëtchitoches 
… habitent Îles Cadodaquioux , dont les 
villages épars prennent différens noms. 
: Aflez près d’un de ces villages, ona 
… découvert uneMine que l’ona trouvée Mine d’Ars 
. abondante & d’un métal très pur ; j’en gent. 
« ai vû l'épreuve, la matiere en ef très- 
. fine, Cet Argent eft caché en parties in- 
… vifibles dans-une pierre de couleur de 
- maron, laqu’elle eft fpongieufe, affez 
… légere & facile à fe calciner ; elle rend 
cependant beaucoup plus qu’elle ne 
. promet à la vüe. L'épreuve de cette 
Mine futfaite par un Portugais nommé 
Antoine , qui avoit travaillé aux Mi- 
nes du nouveau Mexique, d’où, je ne 
. f{çais pourquoi, il fe fauvoit ; il paroif- 
… foit pofléder fon métier ; il vifita en- 
fuite d’autres Mines beaucoup plus au 
Nord ; mais il atoujours donné la pré- 
férence à celle de la Riviere Rouge, 
Cette Riviere au rapport des Efpa- Qu deta 
” gnols prend fa fource par les trente- Riviere Rou- 
deux dégrés de latitude Nord ; elle #°* 
court environ cinquante lieuesau Nord- - 
ER, fait un grand coude du côté de 
VER , puis de-là en fuivant le Sud-Eft, 
qui eft l'endroit où nous commençons. 
à la connoïtre,elle vient tomber dans le 


Fa 


| nn | 
304  Hifloire 4 
FleuveS. Louis, vers les trente-un dé: 
grés quelques minuttes. à 
J’ai dit un peu plus haut que la Ki 
viere Noire fe déchargeoït dans la Ris 
viere Rouge , dix lieues au deflus du 
confluent de celle-ci dans le Fleuves 
nous allons la reprendre &r la fuivre, 
après que nous aurons obfervé que les. 
poiflons de toutes ces Rivieres qui 
communiquent avec le.-Fleuve, font les. 
Terres de lMêmnes quant à l'efpece , maïs beaucoup 
RiviereNoire. meilleurs dans la Riviere Rouge & la 
Riviere Noire , parce que l’eau de ces 
Rivieres eft plus claire & plus vive que 
celle du Fleuve, qu’ils quittent tous 
jours avec plaifir ; ce goût délicat & 
plus fin qu’on leur trouve, peut aufli 
provenir des nourritures qu'ils pren= 
neht dans ces Rivieres. | 
Les terres dont nous allons parler 
font au Nord de. la Riviere Rouge son. 
peut les diftinguer en deux parties, qui 
{ont à la droite & à la:gauche de la Ki- 
viere Noire. en la remontant jufques à 
fa fource & même jufqu’à la Riviere des. 
Arkanfas. Cette Riviere eft nommée-la, 
“Riviere Noire, parce que fa. profon- 
deur lui donne cette couleur, qui-eftu 
encore augmentée par les Bois quida 
bordent dans toute la Cobonie. Toutes" 


| _ de La Éouifiarie: | 306$ 
les Rivieres ontleurs bords couverts de 
Bois, mais celle ci qui eft aflez étroite, 

* les-branches la couvrent & la rendent 
d’une couleur noire au premier coup 
. d'œil. On lui donne quelquefois le nom 
de Riviere des Ouachitas , parce qu’il y 
a. cu fur fes bords une Nation de ce 
nom, qui ne fubfifle plus : je continue- 
rai à la nommer de fon nom ordinaire. 
Les terres que fon trouve d'abord 
des deux côtés, font bafes & conti= 
nuent ainfi l’efpace de. trois à quatre 
lieues , jufqu’à ce qu’on ait. trouvé la 
: Riviere des Taenfas , ainfi nommée à 
caufe d’une Nation de ce nom qui ha- 
bitoit. fes bords ; cette Riviere des 
Taenfasn’eft à proprement parler qu’un 
_ Chenal fait par les eaux du déborde- 
. ment du Fleuve. Cette Riviere qui a 
fon cours prefque paralléle au Fleuve. 
fait la féparation des terres.bañles d’a- 
_ vec les Côteaux ; ainfi je ne parlerai 
pas des terres qui font entre le Fleuve 
 & cette Riviere des Taenfas, puifqu’el. 
les font les mêmes que dans la bafle. 
 Louifiane. 

Les terres que l’on trouve en ré- 
montant la Riviere Noire, font à peu: 
près les mêmes entr’elles , tant pour la: 
nature du terrein, que pour Jens bon: 


“ 


Fertilité de 
ceterrein, 


#06. : ‘Et | 
nes qualités. Ce font des Côteaux al 
longés , qui peuvent être regardés em 
généralcomme une très-vaftePrairie dis 
verfifiée de petits bofquets, & qui n’efl 
coupée que par la Riviere & les Ruif=u 
feaux quifont bordés de Bois jufqu’a 
leurs fources. Les Bœufs fauvages & 
les Chevreuils y font par troupeaux 
Aux approches de la Rivierre des Ars 
kanfas.les Cerfs & les Faifans commen“ 
cent à être très-communs ; On y TOUS 
ve les autres efpéces de gibier commen 
à l'Eftdu Fleuve:il'en eft de même des. 
fraifes, des Simples, des fleurs & des 
champignons. La feule différence eft 
que ce côté du Fleuve ef plus égal ,« 
mavant point des-Côtes fi hautes & fi" 
différentes du refte du terrein ; pour 
ce qui eft des Bois,ils font telslqu’à l'EfEM 
du Fleuve, excepté que vers POueft 
il y a beaucoup plus En Noyers & deu 
Pacaniers,qui font une autre efpece de 
Noyer dont les noix font plus ten= 
dres, ce quiattire dans ces cantons un 
plus grand nombre de Perroquets. Ce M 
que je viens de dire eft général à ce. 
côté, voyons ce qui lui eft particulier. 


de la Louifiane. 307 


CHAPITRE XXIII 


 Ruifleau d'eau falée : Lacs falés: Ter- 
res de la Riviere des Arkanfas : Mar- 
bre rouge jafpe: Ardoife : Plitre : 
Chaffe aux Bœufs : Battures du Fleu- 
ve, | 


7" ORsQU'OoN a remonté la Rie 


L. viere Noireenvirontrente lieues , 


_on trouve à gauche un Ruifleau d’eau 
_falée, qui vient de l'Oueft ; en remon- 
tant ce Ruifleau environ deux lieues,on 


tombe à un Lac d’eau falée, qui peut » 
4 qui peut 4 


avoir deux lieues de long fur une de 
large ; une lieue plus haut vers le 
Nord, on rencontre un autre Lac 
_ d’eau falée, prefque auffi long & auf 
large que le premier, 

Cette eau pañle, fans doute, par 


quelques Mines de Sel; elle ale goût 


de Sel , fans avoir l’amertume de l’eau 
de la Mer. Les Naturels viennent d’af- 


fez loin dans cet endroit pour y chafleë 


pendant l’hyver, & pour y faire du 
fel. Avant que les François leur euf- 
{ent traités des chaudrons, ils faifoient 


4 


Ruïifeau' 


Eau falée. 


Lacs falési 


TYndices de . 
Mines de Sel, 


k 
308 Hifloire | 
fur le lieu des pots de terre pour cette 
Opération: quand ils ont dequoi fe 
charger , ils s’en retournent dans leurs 
pays chargés dé fel & de viandes fé 
chéss | | 
Vers l'Ef de la Riviere Noire , on 
ne voit rien qui annonce des Mines; 
mais à l’Oueft, on diroit qu'il doit 
y en avoir, à certaines marques qui 
tromperoient bien des perfonnes qui 
croyent s’y connoître ; pour moi, je 
ne voudrois point garantir qu’il y eût 
deux Mines dans cette partie de terre, 
qui femble en promettre : je ferois 
plus volontiers porté'à croire que ce 
font des Mines de Sel, peu éloignées 
de la furface de la terre , qui parleurs 
efprits voletils & acides , empêchent 
les plantes de croître en ces endroits 
. Quelques dix à douze lieues plus 
baut que ce Ruiïffeau , eft'un Bayouc, 
près duquel s’étoient retirés les Nat 
chez réchappés par leur fuite , d’être 
faits Efclaves avec le refte de leur 
Nation , que Meflieurs Perrier dé- 
truifirent ou réduifirent en efclavagen 
par ordre de la Cour, comme je le 
dirai en fon lieu. Je’re fais la def 
cription du lieu de la retraite des Nat- 
chez , que fur le rapport d'autrui 


de la Louif Lanes 309 
Mayant pü aller à.cette Guerre. 

La Riviere Noire prend fa fource souree de1a 
au Nord-Oueft de fon confluent » & RiviereNoiree 
raflez près de la Riviere des Arkan- 
fas , dans laquelle tombe une bran- 
che de cette fource, au moyen dequoi 
on peut communiquer de l’une à Pau- 
tre avec une moyenne voiture (1). 
Au refte cette Riviere Noire feroit en 
état de porter bateau par tout , fi elle 
étoit nettoyée des bois tombés dans 
fon lit, qui la traverfent le plus fou- 
vent & tiennent fa largeur. Elle re- 
 çoit quelques Ruifleaux ; elle abonde 
en poitfons exceliens & en ! Crocodiles. 

_ Je nai aucun doute que ces terres 
ne foient très-propres à rapporter ; & 
produire toutes les denrées que jai 
dit pouvoir être cultivées avec fuc- 
cès du côté de PES du Fleuve , op- 
poié à à celui-ci : fi ce n’eft le canton 
qui fe trouve entre la Riviere des Ta- 
_enfas & le Fleuve $. Louis; cette terre 
étant fujette à inondation, ne feroic 
bonne que pour le Riz. 

Je crois que nous ÉoRane à pré- 


Ci 


(1) Cette communication dans la Riviere 


_ des Arkanfas eft à plus de cent lieues du 
Pofte de ce nom, 


310 Hifloire ‘4 
{ent pafler au Nord de la Riviere des: 
Arkanfas, qui prend fa fource dans. 
Hausse ; des voifines & à. l'Ef de 
viere des Ar. Janta-Fé 5 elle remonte enfuite un peu, 
kanfas, au Nord, ; où elle fe rabat vers le 
_ Sud un peu plus bas que fa fource ; de 
cette forte elle fait prefque une ligne 
 paralléle avec la Riviere Rouge. 

Cette Riviere aune cataracte ou fault 
eautrde cure à CEnt. cinquante lieues environ de fon 
Riviere. confluent 3 avant d’être arrivé à ce 
Carriere de fe ult, on trouve une carriere de Mar 
Marbre rouge bre ae jafpé , une d’ardoife & une 
A FAR nE de plâtre ; des voyageurs y ont vü 
des paillettes d'or dans un petit Ruife 

feau ; mais comme ils alloient cher: 

cher un rocher d'Emeraudes, ils ne 
daignerent point s’amufer à ramafler 

ces particules d’or ; le tems étoit pré 
cieux , il falloit en profiter pour quels 
ue chofe qui en valüt mieux Îa peines 
Le Chefde ces Voyageurs étoit ff 
Rocher d'E- affuré de trouver ce rocher d’Emeraus 
meraude, 
des, qu’il prit avec lui un homme qui, 

fe difoit Ingénieur , afin que cet hom= 

me habile par les connoïffances qu'il 
avoit de la Nature, lui facilitat les. 
moyens d'enlever ce rocher par gros "4 
morceaux. Pour s’aflurer de la réuflite, 
ce foi-difant Ingénieur inventa unen 


de la Louifriane. 31X 
machine qui avoit des reflors très< 
forts, puifqu'il falloit deux hommes 
pour la tendre : en fe détendant, cette 
machine devoit faire le même effet 
que les Béliers dont les Anciens fe fer 
voient dans les Siéges de Places for- 
tifiées ; la tête du côté qu’elle devoir 
frapper le rocher en queftion, avoit 
la figure d’un À majufcule. Je crois 
que fi avec un outil de cette façon 
on en eût détaché un morceau un 
peu gros, on auroit dû en faire un 
srand nombre de petits ; on auroit mé- 
\ae réduit en poufliere une trop grande 
quantité d’une matiere fi rare & fi pré- 
cieufe, 

Cette Riviere des Arkanfas eft rem- De gros ba- 
“plie de poiflons ; elle a beaucoup d’eau, En PE are 
ayant un cours de deux cent cinquante qw'au Sault de 
lieues ; elle peut porter de gros ba- 7 Alviere des 
teaux jufau’à fa cataracte : fes bords: 
font couverts de Bois comme toutes 

les autres Rivieres du Pays ; elle re- 
-çoit dans fon cours plufieurs Ruifleaux 
‘ou petites Rivieres de peu de confé- 
‘quence , à moins. que l’on n’ôte de ce 
nombre celle que l’on nomme la Ri- 
viere Blanche, & qui fe décharge dans 
Je courbe de celle dont nous parlons, 


& au- deffous de fon fauit. 


_ 


312 Hifioiré SES 
Dans tout le ‘Nord de cette Rivie= 
Beauté &bon- re/, on trouve des plaines à perte de 
ee  yûe , qui font des Prairiesimmenfes 
ne «entrecoupées de bofquets, & à peu 
de diftance les uns des autres ; ce font 
tous Bois de haute Futaye ainfi que. de 
petites Forêts, .où l'on pourroit aifé- 
“ment courit le Cerf: on rencontre dans 
ces cantons grand nombre de ces ani- 
maux, de même que des Bœufs fauva- 
ges ; les uns & les autres vont par 
troupes quelquefois de cent cinquan= 
te ÿ les Chevreuils y font aufli très- 
communs, ue 0) 
A force d’avoir vû de ces animaux 
qui s’effrayent au moindre bruit, fur- 
tout aux coups de fufil,j’ai penfé à une 
Chaffe aux maniere de les chaffer, comme l’on dit 
Bœufs, que font les Efpagnols du nouveau 
Mexique, qui ne les effaroucheroit 
point, & qui tourneroit au grand 
avantage des Efabitans qui auroient 
abondamment de ce gibier dans leurs 
contrées : cette chaffe pourroit fe faire: 
dans l’Hyver & dès le commencement 
du mois d'O&tobre,quelesPrairies font 
brülées, jufqu’au mois de Février. 
Ans Cette chaffe n’eft ni coûteufe ni in- 
Facilité de CR à L 
cenxe Chañe. Commode; on a dans ce pays des che= 
voa vaux à peu de frais, & on les nour= 
rit 


É 
ee 


D. .de la Louifianes 313 
rrit de même prefque pour rien ; cha- 
:que chaffeur eft monté fur un cheval, 
:& eft armé d’un croiffant un peu ou- 
vert , dont le dedans doit être bien 
‘tranchant ; le haut du déhors-doit avoir 
‘une douille pour ‘y mettre une ham- 
pe ou manche ; on iroit plufieurs à 
Cheval chercher un de ces troupeaux 
de Bœufs, on les attaqueroit toujours 
le vent au dos. Auffitôt qu'ils fentent 
homme, ils fuyent à la vérité ; mais 
à la vûe des-chevaux ils modereroient 
Jeur frayeur ; ainfi ils ne précipite- 
rolent point tant leur courfe , au lieu 
que le coup de fufil'les épouvante au 
point qu'ils fe fauvent à toutes jam- 
bes. Dans la chafñfe dont je parle, 
les plus legers fuiroient aflez vite; 
mais les vieux, & même les jeunes de 
deux ou trois ans font fi gras que leur 
1péfanteur les feroit bientôt joindre : 
alors le chafleur dreflé frapperoit le 
Bœuf de fon croiffant , & en donne- 
roit un coup au-deflus de chaque jar- 
ret, lui couperoit le nerf & l’accule- 
roit facilement ; puis de celui - là 
à un autre, jufqu’a ce que l’on en 
eût arrêté le nombre que l’on fouhai- 
teroit. Le Bœuf ainfi acculé, eft épou- 
vanté , il veut fuir & ne peut aller 
Tome I, 


3 T4 Hifloire 
loin 3 tous les efforts qu il fait pour fe 
fauver, ne fervent qu’à lui faire per- 
dre plus de fang ; il s’'affoiblit, ilrom- 
be, il laïfle à à fon ennemi la liberté de 
lacheyer à fon aife, 
Grafeexwa. Les perfonnes qui n’ont point vû 
a des de ces Bœufs , croiront difficilement 
: ce que je dis de leur graïfle, mais ils 
doivent penfer que des Bœufs qui font 
nuit & jour dans des pâturages abon- 
dans d’une herbe fine & des plus 
friande, doivents engraifler prompte- 
ment & dès leur jeunefle ; j'en ai une 
preuve certaine dans nos Bœufs do- 
meftiques. 
fl n’y avoit que peu de Taureaux 
dans le Quartier des Natchez , lorf= 
qu’on y amena les premieres Vaches, 
ce qui fut caufe qu’à l’Habitation de la 
Terre blanche, qui étoit près de chez 
moi, on en conferva un jufqu’à l'âge de 
deux ans ; il commença alors à n’être 
plus en état de couvrir les Vaches ; & 
fi par hazard il arrivoit qu'il pût fau- 
ter fur une , il lui cafloit les reins par 
fon extrême péfanteur. On fut obli ligé 
de le tuer faute d’avoir quelqu'un qui 
fçut couper les mâles : fon col étoit 
prefque aufh gros que fon corps, & 
cn lui trouva près de cent cinquante 


livres de fuif, 


__ dela Louifiane. 315 
On peut juger par ce que je viens 
de dire,quel profit feroient de tels chaf- 
feurs fur les peaux & les fuifs de ces 
Bœufs; les cuirsenferoientplusgrands utilité de 
& mieux nourris, la laine feroit en-°°tt Chafte, 
core une augmentation de bénéfice. 
Je puis ajoûter que cette chaffe ne di- 
minueroit point l'efpèce, ces Bœufs 
gras n'étant ordinairement que la proye 
des Loups, puifqu'ils font-trop péfans 
pour pouvoir s’en défendre. 
Al eft vrai que les Loups netrouvez 
rolent pas leur compte à les attaquer Te EU 
dans le troupeau ; on fçait que les Bou, 
Bœufs & Vachesfe rangent en rond, 
les plus forts dehors, les plus foibles 
en dedans ; les forts aflez près les uns 
des autres préfentent les cornes à l’en. 
 nemi, qui n'ofe les attaquer dans cette 
difpofition : maïs les Loups , comme 
tous les autres animaux, ont leur inf 
tinét particulier pour fe procurer la 
nourriture néceffaire, [ls s’en appro- 
chent de façon que les Bœufs les 
 fentent de loin, ce qui les fait fuir : 
ils avancent toujours d’un pas aflez 
égal, jufqu’à ce que voyant L's plus, 
gras eflouffiés , ils les attaquent devanc 
& derriere; un des Loups faifit :e Bœuf 
par les fuites, le renverfe & les autres 
Pétranglent, O ij 


3-16. Hifoire 
Ces Loups étant plufieurs enfemble ; 
n’en détruifent pas pour un feul , mais. 
toujours autant qu'ils peuvent avant 
de manger ; car c’eft la coûtume du 
Loup d’en tuer dix ou vingt fois plûs 
qu'ilne lui en faut, fur-tout lorfqu’il 
le peut avec facilité, & qu’il n’eft 
point inquieté dans fa chafle. 

Quoique de Pays que je décris ait 
de très-grandes Plaines , je ne prétens 
pas donner à entendre qu'il ny ait 
point de Côteaux , mais ils y font plus 
rares qu'ailleurs , fur-tout du côté de. 
V'Oueft : en approchant du nouveau 
Mexique, on apperçoit de grands Cô- 
teaux @& quelques Montagnes, dont 
quelques unes font aflez hautes. 

Je ne dois point omettre:ici que de- 
puis les terres bafles de la Louifiane , le 
Fleuve S. Louis abeaucoup de battures 

Battures du de fable en le remontant , qui paroïît 
Fluve S  très-fec, après que les eaux {e font 
retirées à la fin de fon débordement: 
ces battures font plus ou moins lon- 

gues, il y en a d'une demie lieue de 

long,qui ne laiffent pas d’avoir une bon- 

ne largeur. J’ai vû les Natchez & au- 

tres Naturels fémer une graine qu'ils 
nommoient Choupichoul, fur les bat= 

tures ; -ce fable n’étoit nullement cul 


4 


de la Louiliane. 2 17 


tivé, & les femmes & les enfans avec 


leur pieds couvroient tellement quel- 
lement cette graine fans y regar- 


_ der de près. Après cette fémaille, : 


& cette efpèce de culture , ils atten- 


doient l’Automne,& recueilloient pour 


lors une grande quantité de cette grai-. 
ne : ils la préparoient comme du mil- 
let, & elle éroit très-bonne à manger. 
Cette plante eft ce que l’on nomme 
Belle Dame fauvage , qui vient en tout 
pays, mais il lui faut une bonne terre; 


_& quelque bonne qualité qu’ait une 
verre en Europe , elle ne vient que 


d’un pied & demi de haut ; & fur ce 
fable du Fleuve , fans culture elle s’é- 
léve jufqu’à trois pieds & demi & 
quatre pieds, Telle eft la vertu de ce 
fable dans tout le haut du Fleuve. 


_ Louis, ou pour mieux dire, tout le 
long de fon cours , fi l’on en excepte 
les terres rapportées de la bafle Loui- 


fiane, au travers defquelles il pafle, 


:& oùil ne peut laïffer des battures, 


parce qu'il eft refferré dans fes bords, 

qu’il éléve lui-même , & qu'il augmen- 

te continuellement. | 

Dans tous les bofquets & les peti- 

tes. Forêts dont j'ai parlé, & qui font 

au Nord de la Riviere des Arkanfas, 
| O ii 


318 _ Hifloire | 

les Faïfans , les Perdrix, les Bécafles 
& les Bécaffines font en fi grand nom- 
bre, que les plus friands de ce gibier 
auroïent dequoi fatisfaire leur appetit, 
de même que de tout autre efpèce de 
gibicr. Les petits oifeaux y {ont en- 
core infiniment plus nombreux, 


RES 


de la Louïfiane. 39 


CHAPITRE XXIV. 


Des terres de la Riviere de S. Fran: 
çois : Vline de Maramec € autres : 
Mine de Plomb : Pierre tendre fem- 
blable au Porphyre: Des terres du 
Miffouri : Des terres qui font au 
Nord de Ouabache : Des terres des 
Tilinois : Mine de la Mothe & au- 
tres, 


FE RENTE lieues plus haut que la 


Rivicre des A rkanfas , au Nord 


& du même côté de cette Riviere, 


on trouve celle de S, François; fes 
environs font toujours couverts de 


Chafle aux 


Bœufs fur 


Riviere de 


troupeaux de Bœufs, malgré les chaf- François. 


fes qu’on leur fait tous les hyvers dans 
ces cantons ; car c’eft dans cette Ki- 
viére , c'eft-à dire aux environs, que 
les François & les Canadiens vont faire 
provifion de viandes falées pour les 


Habitans de la Capitale & des Ha 


_ bitations voifines ; ils fe font aider par 


des Naturels Arkanfas qu'ils louent 
pour cet effet. Quand ils font fur les 
Lieux , ils choififfent un arbre propre 

NM. 


? 
ja ' 
€ 


NA 


Terres de la 
Riviere de S, 
François. 


Ni 


‘à 


320 Hifloire 


pour faire une Pirogue qui Jeur fert:. 


de faloir dans le milieu É qui eft fermé 


par les deux bouts, où il ne refte que 


la place d’un homme à chaque extré- 
mité. | 

Les arbres qu’ils choififfent font or- 
dinairement des Liards qui croiflent: 
au bord de l’eau ; c’eft un boïs blanc, 
tendre & liant. Ils pourroient faire. 


leurs Pirogues avec d’autres bois 


puifqu’il s'en trouve d'aflez gros; mais 
les bois font ou trop péfans pour des- 
Pirogues , ou fe fendenttrop aifémient: 
pour laiffer des féparations. 


L’efpèce de Bois dans cette partie: 


de la Louifiane eft de Chênes en Fu 


tayes ; les campagnes abondent en- 


Noyers de quatre efpèces , fur-tout: 


en Noyers noirs,que l'on nomme ainfi,. 
parce qu'ils font fi bruns qu’ils en font: 


prefque noirs: ceux de cette efpèce. 


deviennent très- gros. 


ya d’ailleurs dans ces pays des: 


arbres Fruitiers . & c’eft A que Pon. 
commence à trouver communément 
des Afminiers:; il s’y trouve auffi d’au- 
tres arbres de toutes efpèces, plus ou 


moins, felon que le: terrein leur eff: 


favorable. Ces teries en général font 


propres à produire tout ce que les ter: : 


=) 


F” " net 
à Tate Bee 
Re 


Ja \ 


res baffes peuvent rapporter , à l’ex- 
ception du Ris & l’Indigo : mais en 
revanche le Froment y vient très-bon, 

Mone sy rencontre par tout, les 
Müriers y font en abondance, le Tabac 
y devient beau & d’une bonne qualité , 


de même que le Coton & les Lé- 


gumes, de forte qu’en menant une 


de: la Louifiane: EE d 


_vieaifée & délicate dans ces Contrées, 
on peut encore s’afsûrer d’un retour 
aflez gracieux en France, 

La partie de Terre qui eft entre le: 
Fleuve S. Louis & la Riviere de S. 


François, eft pleine de Côteaux & de 


Montagnes d’une moyenne hauteur, 
lefquelles, fuivant les indices ordi- 


naires , renferment plufieurs Mines : 
on en a éprouvé quelques-unes , en- 
tr'autres celle qu’on nomme Maramec 
fur la petite Riviere de ce nom ; les 
autres Mines ne paroïffent ni fi abon- 
dantes ni fi faciles à exploiter; il 

en a quelques unes de Plomb , & d’au- 


Mines d’Ar- 
gent, de Cui- 
vre, de Plomb. 


tres de Cuivre, à ce que l’on prétend. 


Ea Mine de Maramec eft aflez près 
du confluent de la Riviere, qui luia 
donné fon nom ;#ce feroit un grand 
avantage pourceux qui y travaille- 
roient , parce qu'étant près du Fleu- 


ve, ils pourroient aifément: recevoir: 


NS 
QD y. 


ak ONU 
les marchäfidifes d'Europe, dont ils: 
auroient befoin ; elle eft fituée à cinq 
_cens lieues environ de la Mer (x). 
N Es du Je continuerai à POueft du FRuve: 
Ses eaux trou: S. Louis , & au Nord de la fameufe 
bles, Riviere du Mifouri que nous allons: 
pañler. Cette Riviere prend fa fource 
à huit cens lieues, à ce que l’on aflu= 
re , de l'endroit où elle fe décharge 
dans le Fleuve de S. Louis : fes eaux 
font limoneufes , troubles & chargées 
de nitre ; ce font les eaux de cette 
Riviere qui rendent troubles celles du. 
Fleuve S.. Louis jufques à la°Mer 5 
. car le Fleuve S, Louis eft trés-clair 
au- deffus du confluent du Miffouri ; la 
raifon en eft que le premier roule fes: 
eaux fur le fable & une terre aflez fer- 
me, lautre au contraire conduit fes: 
eaux au travers des terres grafles, & 
Terres dû où l’on voit peu de pierres ; & quoi- 
Mifouri. LT. Might Da 
que le Miflouri forte d’une Montagne: . 
qui eft vers le Nord Oueft du nou- 
veau Mexique , on rapporte que tou- 
tes les terres par lefquelles il pañle ,, 
font pour la plüpart des terres grafles, 
comme doivent êfre celles-ci ; c’eft- 


(1) Cette Mine eft d'Argents. 


SES 


tire fon nom d'une Nation qui habite 
fes bords ,. & que l’on nomme les Ofa- 
ges: elle fe jetre dans le Miflouri aflez 
: près de {on confluent. 


We lacHugirane. 284 , 
dire des Prairies bafles & des terres 
fans pierres. À ar 
Cette grande Riviere , qui femble 
vouloir difputer Pempire au Fleuve S. one Le: 
Louis , reçoit dans un cours fi long Mifoui, 
quantité de Rivieres & de Ruifleaux, 


qui augmentent confidérablement le 


volume de fes eaux : mais excepté cel. 
les qui ont reçu leurs noms de quel- 
que Nation des Naturels qui habitent 
fur leurs bords , il y en a très-peu du 
nom defquelles on puifle être afsûré, 
parce que chacun de ceux qui les ont . 
vûües, leur ont donné des roms diflé- 


rens. Au refte les Mifouris n'ayant été 


remontés par les François que lefpace 
d'environ trois cens lieues au plus, &: 
As , A 
que celles qui: fe déchargent dans fonlic 
ne font connues que des Naturels, il 
importe peu de fçavoir les noms qu’el- 


les peuvent porter à préfent, étant 
d'ailleurs dans un pays auffi. peu. fré- 


quenté que celui-là. La: plus connue 


des Rivieres eft celle des Ofages , qui 


Riviere dés: 
Ofagese 


La plus grande Riviere-conue qui. 


tombe dans le Miflouri,. eft la Rivie- 


: O vj. 


é 324 Hifloiré. 
re des Canzez: elle a près de deux : 
cens lieues de cours dans un très: beau: 
pays. Suivant ce que j'ai pû appren-. 
dre du cours de cette grande Rivie- 
re, elle court depuis fa fource juf-- 
qu'aux Canzez de l’Oueft à: l'Eft ;: 
depuis:cette Nation elle fe précipi- 
te vers le Sud, où ellereçoit la Ri-- 

Riviere dés viere des Canzez, qui vient de lOuefts: 
Vanzez. x lip . ; 

| à elle fait un grand coude qui finit. 
dans lé voifinage. des Miflouris', re- 
prend enfüite fon cours vers le Sud- 
Eft, pour perdre enfin fon nom avec 
fes eaux dans le Fleuve. S. Louis à 
quelques: quatre lieues plus bas que. 
la Riviere des Illinois. 

Fort duMi Il y a eu pendant quelque téms un: 
fouie Pofte François dans une Ifle de quel- 
ques lieues de long vis:à-vis les Mif- 
fouris 3’ les François avoient établi ce: 
Fort à la pointe de l'E: on le nom-. 
moit le Fort d'Orléans. M. le Che- 
valier de Bourgmont ÿ a commandé: 
affez de tems pour gagner l’amitié des 
Naturels des Pays voifins de. cette: 
grande Riviere; il avoit mis en paix. 
toutes ces Nations, qui avantfon ar- 
rivée étoient toutes en guerre 5. ces. 
Nations du Nord étant toutes beau- 
coup plus belliqueufes que. celles du: 


uds: 


— de la Louifiane. 32%: 
_ Depuis le départ de ce Comman- 
. dant, ils ont égorgétoute la Garni- PE US 
fon ;; aucun: Pränçois n'ayant pô en cepoñe. | 
échapper pour en rapporter la nou- 
vélle , on n’a pû fçavoir ff c’étoit la- 
faute des François , ou s'ils l’ont fait 
par pure trahifon.. RTE UE 
Pour ce qui regarde. la: qualité de 
_ ce Pays, je laifle au Lecteur à s'en 
_inftruire dans un Extrait que j'ai fait. 
en abregé’du Voyage de M. de Bourg- 
mont aux Padoucas; je le-dcnnerai dans 
_ da fuite de cet Ouvrage, après que j’au- 
rai parlé. de l’origine des Peuples de: 
PAmérique. C'eft une Rélation origi- 
ginale , & fignée de tous les Officiers 
qui l’accompagnoient , & de plufieurs: 
autres qui. étoient du Voyage: j'ai crü: 
qu’un Journal de Voyage donné au 
long pourroit ennuyer ; mon inten>- 
tion n’étant que de. communiquer au. 
Public ce qui peut lui être utile, je: 
me fuis contenté d’extraire.ce qui-pou- 
voit concerner le caratéré de ces Peu- 
ples , là qualité du terrein, & de tra. 
cer la route à céux qui auroient l'envie: 
d'y voyager. | a ee 
Dans ce Voyage de M. de Bourg= 
mont, ilneft fait mention que de ce 
que l’on rencontre depuis le Fort d'Or: 


3; 56 | Hifloire 


léans, d'où il partit pour aller aux Pa: 


doucas ; ainf1 je dois parler d’une chofé 


Pierre très 
tendre fembla 
ble au Por- 
phyre 


aflez curieufe pour être rapportée, & 
qui fe trouve fur le bord du Miflouri, 
On y voit un Ecore affez haut, mais 
fi droit du côté de l’eau, que le rat le 
plus agile ne pourroit y monter : du 


milieu de cet Ecore fort une mafle de 
de pierre rouge mouchetée de blanc, 


comme le Porphyre ; il y a cette dif- 


férence , .que celui dont nous parlons 


eft prefque tendre comme du tuf ; ïl 


éft couvert d’une autre qualité de 
pierre qui n'a nul mérite, le deffus 


eft une terre comme fur les autres Cô- 
teaux. Les Naturels du Pays qui con- 


noiflent ce que peut valoir celle-ci, 
ont imaginé d’en détacher des parties: 
à coups de fléches; ces morceaux tome 


Bent dans l’eau, & ils vont les cher- 
cher en plongeant : lorfqu’ils peuvent 


en avoir des morceaux aflez gros pour 
en faire des Calumets, ils les fâcon- 
nent avec des couteaux & des aléness: 


cette pierre fe travaille aifément & 
fouffre la violence du feu ardent. On 
nomme Calumet , une pipe qui'a une 


douille de deux ou trois pouces de: 
long , & au côté oppofé la figure. 


d’une hache ; au milieu du tour, 


: 
RE 
sé Lu , 


| de la Louifane. g2% 
Botte dela pipe pour mettre le tabac: 
ces fortes de pipes font très-eftimées 
parmi eux. | 
Tout le Nord du Miflouri nous eff 
totalement inconnu, à moins qu'on ne 
veuille s’en rapporter aux diverfes Re- 
Jations que différens Voyageurs en ont 
faites ; mais auquel donner la préfé- 
rence © En premier lieu ils fe contre- 
difent prefque tous : je vois d’ailleurs 
Tes plus experts les traiter de fourbes : 
ainfi j'aime mieux ne m’arréter à aucun. 
J'ai cependant fait ce que j’ai pü pour 
tirer quelques lumieres de ces Voya- 
geurs que j'ai fréquentés & connus 
vVéridiques ; mais c’étoit par malheur 
des géens fi grofliers , que ce qu’ils 
m'ont dit, ne mérite point d’étreécrit. 
Ce que j’ai trouvé de mieux à ce fujet', 
me vient dun Naturel, qui étoit né 
avec tant d’efprit & d'amour pour les 
Sciences , qu'il auroit mérité de re- 
cevoir une autre éducation. Je le rap- 
porteraï en fon lieu, Pet cé faire 
connoitre des Pays que les Européens 
ne connoiflent point, que pour faire 
voir ce que les Naturels font capables: 
d’entrepreridre, & que l’efprit eft de 
tout Pays comme de tous Etats. 
Repañlons donc maintenant le Fleu: 


358 Hire 

ve S. Louis , pour reprendre la Def- 

cription de terres qui font à PEft, 
& que nous avons quittées à la Riviere’ 

Riviere d’Oua- d'Ouabache. Cette Riviere eft éloi- 
es gnée de 460 lieues de la Mer: on efti- 
me qu’elle a quatre cens lieues delong ,. : 

depuis fa fource jufqu’à fon confluent 

dans le Fleuve. On la nomme Oua- 

bache , quoique fuivant lufage ordi- 

naire, elle devroit porter ke nom d O- 

hyo , ou belle Riviere , puifqué l’O- 

hyo eft connu fous ce nom en-Cana- 

da, avant que fon confluent fût com 
nu 5-& comme l’Ohyo prend fa fource 
plus loin que les trois autres, qui fe 
confondent enfemble avant que de fe: 
décharger dans le Fleuve S. Louis, il 

devroit faire perdre le nom aux-au- 
tres ; mais l’ufage a prévalu dans cette. 
occafion. La premiere Riviere qui fe: 
jette dans POhyo, & qui nous foit 
connue, eft celle des Miamis qui prend” 
Voyage di fa fource vers le Lac Eriés 

us. &° C’eft par cette Riviere des Miamis- 
| que les Canadiens viennent à la Loui- 
fiane.. Pour cet effet ils s’embarquent 
fur le Fleuve S: Laurent , remontent 
ce Fleuve , pañlent les Cataractes juf- 
qu'au fond du Lace Erié, où ils trou 4 
vent une petite Riviere, fur laquelle 
ils remontent aufli jufqu'à un endroit: 


k 
| 
! 


Li 


… Capitale du Canada à celle de la Loui- 
fiane, par les-grands dérours qu’il faut 


de la Louifiane. 32 9 


. que lon nomme le Portage des \ia- 
. mis. Ils ne montent plus dès qu'ils y 
. font arrivés; ils vont au Village des 

.Miamis chercher des Naturels de cette’ 


Nation, quiviennent prendre leurs ef- 


fets, & les tranfportent fur leurs dos à: 
deux lieues de-là jufques fur le bord 


æ 
CL 


de la Riviere de leur nom que je viens: 
de dire fe jetter dans l'Ohyo: de-là. 


ls defcendent cette Riviere, entrent: 


dans lPOuabache , & enfin le Fleuve’ 


$. Louis qui les conduit à la nouvelle 
Orléans, Capitale de la Louifiane : 
on compte dix-huit cens lieues de la’ 


faire. | 
La Riviere des Miamis eft ainfi la 


premiere du côté du Nord qui fe jette 


dans l’'Ohyo , .enfuite celle des CHaoua- 
nons au Midy , & enfin ceile des Ché- 
raquis ;: lefquelles toutes enfemble fe 


Riviere des 
Miamis, celle 
des Chaoua- 
nons ,-cellè. 
des Chéraquiss. 


jettent dans le Fleuve S. Louis ; c’eft 


ce que nous pommons l’Ouabache , & 


que l'on nomme Ohyo en Carada 8e 


dans la Nouvelle Anpgleterre. Cette 


Riviere eft belle, très. poiffonneufe &: 


navigable jufques près de fa fource. 


Au Nord de cette Riviere eft le: 


Canada , qui prend plus à PEft que. 


330 Fiftoire | | 
la fource de l'Ohyo, & s'étend juf- 
qu'au Pays des Illinois. Il importe peu 
de difputer ici des limites de ces deux 
Colories voifines , puifqu’elles appar- 
tiennent toutes deux à la France ; ainfi 
le Roi eft le maitre de fixer fes bornes 
dans les endroits & dans le tems qu’il 
jugera à propos. Les terres des Illi- 
nois font reputées de la Louifiane ; 
nous y avons un Pofte près d’un Vil- 
lage de cette Nation que l’on nomme 
Tamaroüas. ; 
Le Pays des Hlinois eft très-bon ; 
il abonde en Bœufs & autre gibier, 
C’eft au Nord de l'Ouabache que lon 
commence à voir les Orignaux : on 
dit que ces animaux tiennent du Cerf 
& du Bœuf; en effet, on me les a dé- 
peint d’une nature beaucoup plus grof- 
fiere que celle du Cerf ; leur boîs tient 
quelque chofe du Cerf, mais:il eft plus 
€ourt & plus maflif; la viande en eft, 
dit-on , aflez bonne. Les Cygnes font 
communs dans ces contrées, de même 
que les autres Oifeaux aquatiques. 
Des Terres De toute la Colonie, le Pofte Fran. 
des Minois, çois des Illinois eft celui qui fafle le 
plus ailément du Froment , du Seigle,, 
& autres grains qui approchent de Îa 
nature de ceux-ci ; il ne faut qu'un 


es 


4 


de la Louifiane. 23% 
peut grater la terre avant les {émail  Froment é5: 


Îes ; cette culture fi facile fuffit pour n° 


que la terre en produife autant que l’on 
peut naturellement en défirer : on m’a 
affuré que dans la derniere Guerre les 


farines de France étoient rares, les [l- 


linois en defcendirent à la Nouvelle 
Orléans plus de huit cens milliers dans 
un feul hyver. IL y vierit aufli du Ta- 
bac, mais il a de la peine à mürirs.… 
toutes les plantes qui y font trarfpor: 
tées de France y réufliffent bien, ainfi. 
que les fruits. | 
Il y a dans ces Paysune Riviere qui Riviere des 


prend fon nom des Illinois ; c’eft par Hfinoise 
cette Riviere que les premiers Voya- 


seurs font venus du Canada dans le 
Fleuve S. Louis : ceux qui venant du 
Canada n’ont affaire qu'aux Illinois, y 
pañlent encore : mais ceux qui veulent 
fimplement aller vers la Mer ; defcen- 
dent par la Riviere des Miamis dans 
FOuabache , & de-là dans le Fleuve. 

T1 fe trouve des Mines dans ce Pays; 
il y en a une nommée la Mine de la 
Mothe ; c’eft une Mine d'Argent, de 
laquelle on a fait l'épreuve. de même 
que de deux Mines de Plomb, qui 
étoient fi abondantes lorfqu’on les a 


| 
trouvées, qu'elles végétoient au moins 
d’un pied & demi hors de terre. 

Tout ce qui eft Nord de la Riviere 
des Illinois n’eft pas beaucoup fréquen- 
té, & par conféquent peu connu. La. 
grande étendue de la Louifiane fait pré-. 
fumer que ces Cantons ne viendront 
de long-tems à notre connoiflance , à 
moins que quelque curieux n’y aille 
pour ouvrir des Mines que l’on dit y 
être en bon nombre & de grand rap- 
porte | | 


Des Mésres : Du choix des Nècres : De 
leurs maladies : De la maniere de les 
traiter pour les guérir Dela maniere 
de lesgouverner. ie rer 


L Es Négresfaifant tousles travaux 
À; de PAgriculture , fur-tout de la 
 Bañle-Louifiane, il me paroït très-im- 
. portant de dire à leur fujet tout ce qui 

peut inftruire les perfonnes qui vou- 
droient s’y aller établir. | 

- Les Négres font une efpèce d’hom: 
mes qu'il faut gouverner autrement 
que les Européens , non pas parce 


qu'ils font noirs, ni parce qu'ils font 


Éfciaves , mais-parce qu’ils penfent tout 
autrement que les Blancs. | 

_ Premierement on les previent dès 
enfance que les Blancs ne les ache- 
tent que pour boire leur fang ; ce qui 


vient de ce que les premiers Négres 
qui ont vû les Européens boire du vin 


de Bordeaux, fe font imaginés que ce 
vin étoit du fang, parce qu'il eft d’un 
rouge foncé, de forte qu'il n'y a que 


de la Louifiane. : 335 


1 Fa] 
n [542 


Hifhoire : 4 


Vexpérience du contraire qui puifle 
les difluader ; mais comme ilne revient 
aucun de ces Efclaves expérimentés 


dans leur Pays, le même préjugé refte 


toujours en Guinée , d’où on les tire. 


Bien des gens qui ne font point au fait. 


de la maniere de penfer des Népres, 


 


croirolent que cet avis importeroit peu: 


pour ceux qui font déja vendus chez 
les François. Cependant l'on en a vû 


arriver de fàcheufes fuites , fur-tout 


s’ils ne trouvent aucun ancien Efclave 
de leurs Paysen arrivant de chez-eux, 
Quelques-uns d'eux fe font tués ou 
noyés plufieurs ont déferté, (ce que l’on 
nomme fe rendre Maron ) & cela dans 
Pappréhenfion qu’on ne bôût leur fang. 
Dans ce cas de défertion ils penfent re- 
tourner dans leur Pays, & pouvoir vi- 
vre dans les Bois avec les fruits qu'ils 
croyent par-tout aufll communs que 
chez-eux ; d’ailleurs ils croyent qu’ils 
trouveront leur Nation en tournant 
autour de la Mer, ce qui n’eft pas fur- 
prenant , ces peuples étant très-bornés 
du côté des Sciences. 

Ils font très fuperftitieux & atta- 
chés à leur préjugés & à des colifichets 
qu’ils nomment des gris-gris ;ainfi il ne 
les leur faut point ôter ni leur en par- 


K? 
M 
“ 


de la Liste Ne 


Aer, parce qu ils fe croiroient perdus fi 


on leur Ôtoit ces minuties; les anciens 
 Négres Efclaves les défabufent en très 
peu de tems. 

La premiere chofe que vous devez 
faire lorfque vous achetés des Néores, 
_c'eft de les faire vifiter par un habile 
| Chirurgien & honnête homme, pour 


| connoître s’ils n’ont point quelque ma- 


 ladie vénérienne ou autre : pour cet 


effet on les fait mettre nuds comme la 


main, {oit homme, foit femmes ; onles 
vifite depuis Ja plante des pieds juf- 
qu’au fommet de la tête, enfin entre 


les doigts des pieds & des mains, dans 


la bouche, dans les oreilles, fans ex- 
cepter les endroits naturellement ca- 
chés , quoiqu’ils foient alors à décou- 


L vert. 


Vous demanderez : à votre Chirur- 
gien Vifiteur s’il connoît la maladie des 
Pians, c'eft le virus de Guinée, qui 


‘ef incurable pour beaucoup de CH 


rurgiens François quoique très-habiles 
dans les maladies des Européens ; ; mais 
prenez garde d'y être trompés, car 
votre Chirurgien le pourroit être lui- 
même ; ceft pourquoi foyez-y vous- 
même, & remarquez bien fi fur toutes 


RON ae NT. = 


ESS À. 
-3:3 6 _ Hifloire Pa + 
les parties du corps du Négre vous ne. 
-voy:z pas quelques endroits de la peau 
du Népre ou de la Négrefle, qui, quoi- 
que très noir , foit aufli uni qu’une 
glace de miroir & fans aucune éléva- 
tion ou tumeur : cela eft aifé à remar- 
.quer , parce que toute la peau d’une 
-perfonne qui va nue efk ordinairement 
ridée. Aïnfi vous le pouvez rebuter fi 
vous voyez ces marques 3 il y a tou- 
jours aux ventes des Négres arrivans, 
des Chirurgiens experts qui les ache- 
tent ; plufieurs même y ont fait fortu- 
ne : maisils ne mettent leur fecret en 
pratique que pour eux. Le fcorbut eft 
encore une maladie mortelle, & dont 
plufieurs Négres venant de Guinée 
{ont attaqués ; l'onla connoiït aux gen- 
cives, mais quelquefois cette maladie 
eft fi invétérée qu’elle-fe déclare exté- 
rieurement : alors il y a peu deremede. 
Si cependant quelqu'un de mes Lec- 
teurs avoit ie malheur d’avoir quelque 
Négre attaqué de lune de ces mala- 
dies, je vais lui enfeigner de quoi les 
fauver en les mettant en état de pou- 
voir être radicalement guéris par les 
Chirurgiens ; car je ne veux pas me 
brouiller ayec ceux-ci : j'avertis que 
j'ai 


CAS 


de la Louifiane? 557 


ai appris ce fécret d’un Medecin Né- 
gre qui étoit fur l’'Habitation du Roi, 
quand j'en pris larégie. 


Ê Ê dr 
Il ne faut, jamais mettre le fer dans 


le Pian, il feroit même mortel de s’en 


fervir 3 mais pour parvenir à.ouvyrir le 
Pian, vous prendrez de la rouille de 
fer réduite en poudre impalpable & 
paflée au tamis fin ; vous détremperez 
enfuite cette poudre avec du jus de Ci- 
tron, jufqu’à ce qu'il foit en confif- 


_tence d’onguent, que vous étendrez 
fur un linge graïflé de vieux-oin, ou de - 
. fain-doux frais, fans {el , faute d’autre 3 


vous appliquerez Ponguent fur le Pian 
& le renouvellerez foir & matin : de 
cette forte le Pian fera ouvert en très- 
peu de tems & fans aucune incifion. 
L'ouverture étant faite, vous pren- 
_drez du-fain-doux fans fe], gros com- 
me un œuf d'Ovye , dans lequel vous in- 


corporerez une once de bonne Théré- 


bentine ; après quoi ayez un gros de 
Ver de-gris pulvérifé & trempé demie 
journée dans de bon vinaigre,que vous 
vuiderez par inclination avec les ordu- 
res qui furnageront ; égoutez bien le 
Ver-de-gris far un linge, puis vous la- 
joûterez avec le refte. T'outesces Opér 


rations fe font fans l’aide du feu. Tous 


Tome I, P 


Pour le Scor- 
but. 


338  Hifhire 

étant bien incorporé enfemble avec un 
fpatule , votre onguent fera fait , vous . 
en penferez le Pian; puis après faites 
füer votre Négre le plus que vous pour- 
rez, & il fera guéri. Sur-tout prenez 
bien garde que votre Chirurgien ne le 
traite avec du Mercure, comme j'en 
ai vüs, ce qui les fait mourir. 

À l’égard du Scorbut , il n°eft pas 
moins à craindre que les Pians; cepen- 
dant vous en viendrez à bout, fi vous. 
faites exactement ce qui fuit. 

Prenez du Cochlearia , fi vous en 
avez quelque plantes, du Lierre ter- 
reftre que plufieurs nomment l'herbe 
dÊS. er , du Creflon de fontaine , 
ou de ruiffeau , faute du premier, &. 
au défaut de Creflon d’eau, fervez= 
vous de Creflon fauvage ; prenez de 
ces trois herbes ou de ces deux der- 
nieres, fi vous n’avez pas de Coch- 
learia , pillez-les, &c les arrofez avec 
du jus de Citron pour en faire une 
pâte liquide que le Scorbutique tiendra 
fur fes deux gencives en tout tems, 


excepté lorfqu’il mangera , jufqu’a ce 


qu’il ait les gencives bien nettes. 

” Dans le même tems vous ne lui laïf- 
ferez boire que de la tifane , compofée 
de deux poignées des herbes que je 


Me ser 


il de la Louifiane: 339 
viens de nommer; vous les pillerez tou- 
tes entieres après avoir lavé la terre 


qui peut tenir aux racines, Où qui peut- 
fe trouver ailleurs: joignez-y un Ci. 


tron. frais coupé par rouelle & pillé 
avec ces herbes ; vous mettrez tremper 
ces herbes avec le Citron dans une pin- 
te d’eau pure mefure de Paris ; mettez 


le tout dans une terrine avec gros com- 


me une bonne noïfette de fel de nitre 
en poudre & purifié ; vous y mettrez 
auffi un peu de caftonnade , afin que ce 
 Negre ne fe dégoûte point fi aifément. 


Après avoir trempé du foir au lende- 
main, vous tirerez cette tifane & la. 


_ pañlerez en exprimant fortement; le 
cout fe fait à froid ou fans feu: telle 
»eft la dofe pour une bouteille d’eau 
.mefure de Paris. Mais comme le Ma- 
-lade en doit boire deux pintes par 
jour, vous en pouvez faire plufieurs 
pintes à la fois fur cette proportion, 
-& continuer aflez long-tems. 

Dans ces deux maladies il faut bien 
“nourrir les Malades & les faire fuer ; 
ce feroit sabufer de croire qu’il faut 
qu'ils fafñlent diéte; il faut donner 
de bons alimens, mais peu à la fois; 
un Negre non plus qu’un autre ne 
peut foutenir les remedes avec des 
: P ij 


340 Hifloire 

mauvais alimens, encore moins ‘avec 
la diéte, mais il faut en proportion 
ner la quantité à l’état du Malade & 
. à la qualité de la maladie : au refte 
les bons alimens font la meilleure par- 
tie des remedesaux gens qui font nour- 
ris grofiérement. Le Negre qui m'a ap- 
pris ces deux remedes, voyant le foin 
que je prenois des Negres & Negrefles, 
apprit aufli-à guérirtoutes les mala= 
dies aufquelles les femmes font fujet- 
tes, car les Negrefles n’en font pasplus 
exemtes que les Blanches. - 


Maniere de gouverner les Négres. 


uand un Negre ou Neprefle arri- 
ve chez vous, :il efl-à-propos de le ca- 
reffer, de lui donner. quelque chofe de 
bon à manger avec un coup d’eau de. 
vie 3 il eft bon de l’habiller dès le même: 
jour , de lui dennerune couverture &a 
de quoi le coucher ; je fuppofe que les! 
autres ont été traités de même, parce 
que ces marques d'humanité les flattent 
& les attachent à leurs maîtres. S'ils! 
font fatigués ou affoiblis de quelques! 
voyages ou maladies, faites-les travaillet 
peu, mais occupez-les toujours tant 
qu’ils peuvent le fupporter, fans le 


de la Louif ane. 341: 
Jaïffer jamais oififs hors des repas. Avez 
foin d'eux dans leurs maladies, tant pour 
les rémedes que pour les alimens, qui 
doivent être plus fucculens Es da 
dont ils ufent ordinairement ; vous y 
êres intereflé , tant pour leur conferva=. 
tion que pour vous les attacher ; car 
quoique plufieurs François difent que: 
les Negres font ingrats , j'ai éprouvé’ 
qu'il eft très- -aifé de fe les rendre affec=. 
 tionnés par les bonnes façons, & en: 
leur faifant juftice ,. comme je le diraï: 
ci-après. 

Si une Nesreffe accouché, Eire 
foigner en tout ce qui lui fera néceflai- 
rè; & que votre époufe, fi vous en 
ayez une , ne dédaigne pas d’en pren- 
dre foin elle-même , du moins d'y avoir 
l'œil. 

_ Un Chrétien doit avoir attention 
que ces enfans foient batifés, & inf 
truits , puifqu'ils ont une ame immor- 
télle; on doit algrs faire donner à 
la: mere une demie ration de plus &. 
une chopine de lait par jour, pour: 
l'aider à nourrir fon enfant. 

La prudence demande que vos Ne. 
gres foient logés à une diftance fuf- 
fifante pour n’en être pas incommos: 


dé, cependant aflez près pour s’ap=- 
P'üÿ 


342 * Hifhoire ie 

percevoir de ce qui fe pañle parmi 
eux. Quand je dis qu'il ne faut pas 
les mettre fi près qu’ils puiffent vous 
incommoder, j'entens par la puan- 


eur qui eft naturelle à quelques Na- 


tions de Negres, tels que font les Con- 
gos , les Angois , les Aradas, & au- 
tres ; c’eft pourquoi il eft à proposqu’il 
y ait dans leur Camp un Baignoir de 
madriers enfoncés en terre d’un pied, 


ou d’un pied & demi au plus, qu'il ny 


ait jamais plus d'eau que de cette pro- 


fondeur , de peur queles enfansne sy. 
noyent : il faut en outre qu'il y ait des 


bords, pour que les plus petits n’y puif- 


fent entrer ; il faudroit une mare au-. 


deffus & hors du Camp pour fervir à y 
entretenir de l’eau & à nourrir du poii- 
fon. | 

Ce Camp des Negres doit être 
fermé de paliffades avec une porte 
fermante à clef: les cabanes doivent 
être ifolées, à caufe du feu, & ti- 
rées au cordeau, tant pour la propre- 
té que pour la facilité de connoïtre 
les cabanes de chaque Nepgre ; mais 
pour être moins incommodé de leur 


odeur naturelle, il faut avoir la pré- 


caution de mettre ce Camp au Nord 
de votre maifon, ou vers le Nord- 


4 de la Louifiane. 343 
Eft, parce que les vents qui fouf- 
flent de ces côtés-là ne font jamais 
fi chauds que les autres, & que ce 
n’eft que quand ils ont chaud qu'ils 
€xhallent une odeur infuportablæ 

_ Ce que je viens de dire fur l'odeur 
des Negres qui fentent mauvais (1), 
doit vous faire prendre garde de ne les 
aborder au travail que du côté que le 
vent vient, de n’en point laïffer appro- 
cher vos enfans , lefquels outre le mau- 
-Vais air, n’en peuvent jamais apprendre 
tien de bon, ni pour les mœurs, ni pour 
Péducation, ni pour la Langue, 
- De là je conclus qu'un pere Fran- 
Çois & fa femme font bien ennemis 
.de leur poftérité, lorfqu'ils donnent 
à leurs enfans de telles nourricess 
car le lait étant le {ang le plus pur 
de la femme, il faut être maratre 
pour donner fon enfant à nourrir à 
une Etrangere de cette efpèce , dans 
un Pays tel que la Louifiane, où les 
meres ont toutes les commodités pour 
fe faire fervir, pour faire porter & 
accommoder leurs enfans, qui peuvent 
par ce moyen, être toujours fous 
leurs yeux ; il ne refte donc à la me- 


(1) Ceux qui fentent le plus mauvais, 
font ceux qui font les moins noirs. 


À de 


B44 Hifloire 
re que le foible foin d’allaiter fôn 
enfant & de fe décharger du lait 
qui le nourrit, dl 
Je ne veux:point m’amufer: à criti- 
qués la molleffe & l'amour propre des 
femmes qui facrifient ainfi leurs en- 
fans; on voit affez. d’ailleurs combien 
la Société y eft intereflée; je dirai 
feulement que pour tel fervice que 
ce puifle être, à la maïfon, je ne 
confeille pas de prendre d’autres Ne- 
gres & Negrefles, jeunes & vieux, 
que des Sénégals qui- fe nomment 
entreux Djolaufs, parce que de tous 
les Negres que j'ai connus, ceux-ci 
ont le fang le plus pur; ils ont plus 
de fidélité & l’efprit plus pénétrant 
que les autres, & font par conféquent 
plus propres à apprendre un métier 
ou à fervir; il eft vrai qu’ils ne font 
pas fi robufies que les autres pour 
les travaux de la terre, & pour ré- 
fifter à la grande chaleur. ! 
Cependant les Sénégals font les 
plus noirs, & je n’en ai point vüûs 
qui euffent de lPodeur 3 ils font très- 
reconnoiffans, & quand on fçait fe 
Les attacher, on les voit facrifier leurs 
propres amis pour fervir leurs maï- 
tres. Îls font bpns Commandeurs des 


À 


| de la Louifiane. 348 
autres Negres, tant à caufe de leur fidé- 
lité & leur reconnoïffance, que parce 
qu’ils femblient être nés pour comman-- 
der. Comme ils font orgueilleux, on 
peut aifément les encourager à ap-. 
prendre un métier ou à fervir dans. 
la maïfon, par.la diftinétion qu’ils. 
acquereront fur les autres Nepres, &. 
la propreté que cet état leur procu-. 
rera dans leurs habillemens. 

Quand un Habitant veut gagner. 
du bien, & conduire fon Habitation. 
avec œconomie, il doit préférer fon. 
Antérêt à fon plaifir, & ne doit en 
prendre qu’à la dérobée; il doit être 
le. premier levé & le dernier cou- 
ché, afin d’avoir l'œil à tour ce qui. 
fe pañle dans fon Habitation: à la. 
vérité il eft de fon. interêt que fes: 
Negres travaillent bien, mais d’un. 
travail égal & modéré, fans les rui- 
ner par des travaux violens & con= 
tinuels aufquels ils ne pourroient te: 
nir long-tems; au lieu.que ne les: 
faifant travailler que continuellement 
& tranquillement , ils ne ruinent point: 
leurs forces ni leur tempéramment 5: 
il arrive delà qu'ils fe. portent bien, . 
*& travaillent plus long-tems & plus. 
agréablement : au refte il ak CON=- 
| | LYApL 


3 A6 Hifloire 

venir que la journée eft affez longüe 
à qui travaille bien, pour mériter le 
repos du foir. | 


Pour les accoutumer à ce travail, : 


voici de quelle maniere je my pre- 
nois ; javois foin de prévoir l’ouvra- 
ge quil falloit faire avant que celui 
qu'ils faifoient fût fini, & j'en pré- 
venois le Commandeur en leur pré- 
fence, afin qu'ils ne perdifent pas le 
tems, les uns à venir demander ce 
qu’ils feroient & les autres à atten- 
dre la réponfe ; en outre j’allois plu- 
fisurs fois dans la journée les voir 
par des endroits cachés, faifant fem- 
blant d'aller à la chaffe ou d’en re- 
venir. Si je les trouvois à s’amufer, 
je les grondois; de même quand ils 
me voyoient venir, s'ils travailloient 
trop vite, je leur difois qu'ils fe fa- 
tiguoient, & qu’ils ne pourroientcon- 
tinuer un travail aufli rude pendant 
tout le jour fans être harraflés, & 
que je ne voulois pas qu’il en fût ainfi. 

Quand je les furprenoïs à chanter 
en travaillant & que je m’apperce- 


vois qu'ils me découvroient, je leur 


criois d’un ton joyeux : courage, mes 
enfans, j'aime à vous voir le cœur 


gai pendant que vous travaillez; mais 


de la Louifiane. É 4} 
chantez doucement , afin de ne pas 
vous fatiguer, & vous aurez ce foir 
un coup de Tafia (1) pour vous don- 
ner des forces & de la joye; on ne 
fçauroit croire l'effet que ce difcours 
faifoit {ur leur efprit, par l’allégreffe 
que l’on voyoit paroitre fur leur vi- 
fage, & lardeur au travail. : 

S'il eft à propos de ne pafler au- 
cune faute eflentielle aux Negres, il 
ft auffi néceffaire de ne les châtier 
que lorfqu’ils l'ont mérité, après une 
férieufe recherche & un examen ap. 
puyé d’une certitude parfaite, fi°ce 
n'eit que vous les preniez fur le fait; 
-mais quand vous êtes bien convain- 
cu du crime, ne faites point de gra- 
ce, fous proteftation ou affurance de 
leur part, ou par follicitation : châ- 
tiez-les proportionnément au mal 
qu'ils ont fait; cependant toujours 
avec humanité, afin de les mettre 
dans le cas de convenir en eux-mé- 
mes qu'ils ont mérité le châtiment 
qu’ils ont reçü ; un Chrétien eft in- 
digne de ce nom lorfqu'il châtie avec 
cruauté, comme je fçais que l’on faic 


(1) Le Tafña eft une liqueur forte faite 
avec le marc de fucre, que les Négres ai- 
ment beaucoup. 

P vj 


348 Hifloire 4 
dans quelque Colonie , jufques-la qu’ils : 
\ réjouifient leurs conviés d’un fpeétacle | 
qui tient plus de la barbarie que de 
l'humanité : en fortant d’être fouettés, 
faites-les bafiner aux endroits doulou- 
reux avec du vinaigre, dans lequel 
vous aurez mis du fel & du piment, 
même un peu de poudre à tirer (1).. 
Comme l'expérience nous apprend 
que la plüpart des hommes nés d’une 
bafle extraction & fans éducation , font 
fujets au larcin dans la néceflité, il n'ya 
rien de furprenant de voir des Nepres 
‘voleurs lorfqu’ils manquent de tout, 
comme j'en ai vüs beaucoup mal nour- 
ris, mal vêtus & couchés fur la terre. 
Il n’y a qu'une réflexion à faire : s'ils 
font Efclaves, il eft vraiauffi qu’ils font 
hommes & capables de devenir Chré- 
tiens ; votre but d’ailleurs eft d’en tirer 
du profit : n’eft-il donc pas. jufte d’en 
avoir toutle foin qui dépend de vous ? 
Nous voyons tous ceux quientendent 
2 gouvernement des chevaux, avoir 
une attention extraordinaire pour les 
leurs, foit qu’ils foient pour la felle, 
foit qu’ils foient pour le trait, Pendant 
les froids ils font bien couverts, & 


{:) Le Piment fe cultive dans les jardins 


de là Louifiane. 349? 


dans: des écuries chaudes; pendant 


l'Eté ils ont une toille ou caparaçon 
fur le corps pour les garantir de fa. 
poufliere, en tout tems une bonne li- 
tiere pour les coucher; tous les mac 
tins bien nettoyés de léur fumier , 
bien étrillés & broflés, le:crin & le. 


poil fait. Si on demande à ces Mat- 


tres pourquoi ils fe donnent tant de: 


peine pour des bêtes, ils vous répon- 
dront que pour tirer un bon fervite 
un Cheval, il faut en avoir beau- 


e , A; 


coup de foin, & que c'eft l'intérêt 
dé celui à qui il appartient. Après 


cet exemple peut-on efpérer du tra- 
vail des Negres qui manquent bien 


Æouvent du néceffaire ? peut-on exi- 


ger de la fidélité d’un homme à qui 


on refufe ce dont il a lé plus grand 


befoin ? Quand on voit un Negre qui 


travaille bien & avec zele , on a cou- 


tume de lui dire pour l’encourager, 


qu'on eff content de lui, & qu’il eft 
un bon, Nepre: mais quand quelque 


Negre qui parle François entend un. 


pareil éloge, il fçait bien dire, Mon- 


fu, Negre mian mian boucou trabail 


boucou., quand ÎVegcre terir bon Maître 
| °q 4 ; 


Negre veni bon ; ce qui fignifie : Mon- 


“fieur, quand un Nesre eft bien nour.. 


350 Hiflôire AIT ST TRES 
ti, il travaille bien: & quand un Ne: 
gré a un bon Maître, Je Negre de. 
vient bon. Wie 


- Si je confeille aux Habitans d’avoir 
_&rand foin de leurs Negres, je leur 

fais voir auffi que leur intérêt eft en 
cela joint à l’humanité 5 Mais je ne 
leur confeille Pas moins de fe méfier 
toujours d’eux ; ans paroïtre les crain- 
dre, parce qu’il eft auf dangereux 
de faire voir à un ennemi caché qu’on 
le craint, que de lui faire une injuf- 
tice. ï | 

Ainfi ayez pour ufage de vous bien 
fermer , de ne point faire coucher au 
cun Negre dans Ja même maifon eñ 
état d'ouvrir votre porte; vifitez de 
tems en tems vos Negres, de nuit, 
à des heures & des j 
afin de les tenir toujours en crainte 
d'être trouvés abfens de leurs caba- 
nes; tâchez de Jeu 
une femme pour éviter le libertinage 
& fes Mauvaifes fuites: yous devez 
{çavoir qu’il fut des femmes aux Ne- 
8'es, & que rien ne Jes attachent 
mieux à une Habitation que les en- 
fans : mais fur-tout ne fouffrez point 
qu'ils quittent Jeurs femmes quand ils 
en Ont fait choix d’une, & en votre 


ps 


- RE 
N hi: 


si de la Louifrane. 25 
préfence ; défendez les batteries fous 
peine du fouet, fans cela les femmes 

en feront naître très-fouvent, 

Ne fouffreze point que vos Negres 
emportent leurs enfans dans la Plan= 
tation quand ils commencent à mar- 
cher, ce qui diftrait les meres du 
travail & pâte les Plantes cultivées ; 
fi vous en avez un certain nombre, 
il vaut mieux employer une vieille 
Neprefle à les garder dans le Camp, 
à qui les meres laifflent quelque chofe 
a manger pour leurs enfans, vous y 
gagnerez bien plus; fur-tout ne fouf- 
frez jamais qu’elles les menent au bord 
de l’eau, où il y a trop à craindre.+ 

Pour nourrir vos Negres plus dou- 
cement , il leur faut donner toutes les 
femaines une petite quantité de fel 
& des herbes de votre jardin pour 
rendre léur Coufcou (1) plus man- 
geable. | : 

Si vous avez quelque vieux Negre 
où quelque convalefcent, occupez-le 
à la pêche, tant pour vous que pour 
vos Negres, vous le regagnerez bien. 

Il eft encore de votre intérêt de 


(1) Le Coufcou ef une graine qu’il font 
avec de la farine de Riz ou de Mahis, qui. 
eft bonne & trempe bien dans le bouillon, 


ss? Hifloire- 


: EL 


leur donner un canton de terrein neuf: 


à défricher au bout du vôtre, & de 


les engager à en faire un champ à, - 


leur profit pour fe mettre plus bra- 
ves, avec le produit que vous leur. 
achetez équitablement ; il vaut mieux 


qu’ils s’occupent à cela les Dimanches,. 


quand il$ ne font pas Chrétiens, que 
de faire pis: enfin-rien n’eft plus à 
craindre. que. de voir les Negres s’af- 
fembler les Dimanches, puifque fous 
prétexte de calinda (ou de danfe} 


s 


on les verroit quelquefois s'affembler. 


des trois à quatre cens enfemble faire 


un efpèce de Sabbat qu'il eft toujours 
prudent d'éviter, puifque c'eft dans 
ces affemblées tumultueufes que fe tra- 


fiquent les vols & que les criri@g fe 


commettent : C’eft-là auffi que fe for- 
ment .les révoltes. 


Enfin avec de l'attention & de 


lhumanité, on vient aifément à bout 
des Negres, &on a le plaifir de ti- 
rer:grand profit de leurs travaux... 


Fin du Tome premier, . 


Contenus en ce Volume.. 


CHAPITRE PREMIER. 


T1 TABLISSEMENT des François 
 Æs  Jjur la Riviere de Mobile : M, de- 
_ $. Denis va au nouveau Mexique pour 
faire un Traité de Commerce avec Les 
Éfpagnols. pag: I 
CHar. IT. Retour de M. de S. Denis: 
Ce Commandant établit les Efpagnols 
aux Affinais : M. de S. Denis part 
de nouveau pour Mexico +. Ses trayer- 
fés dans le fecond Voyage: Son re. 
D EYES 
CHap. ITI. Embarquement de huit 
cens hommes , que la Compagnie de& 


Indes envoya à la Louifiane : Arri-. 


354 DES CHAPITRES. 1 
vée € [éjour au Cap François : Arri- | 
vée à lIfle Dauphine : Defcriprion dé 

cette Îfle: Le Commandant Géneral $ 
3 reçoit les Conceffionnaires,  2$" 

Cear. IV. Départ de L' Auteur pour 

… Ja Conceffion : Deféription des en- 
droits par lefquels il pale jufques à 
la Nouselle Otllans 5 Pons y 
tes données par le Roi, en forme d' E- 
dit , en faveur de PErabliffement d'une 

… Colonie à la Louifiane. 41 

Lettres Patentes en forme d’Edit , por- 

tant Eïtablifflement fous le nom de 
_ Compagnie d'Occident , données à 
Paris au mois & Août à 719: :47: 

CHar. V. L'Auteur eff mis en pof- 
Jefion de [on terrein: Waine crainte 
que l’on a des Crocodiles : Erreur 
commune fur la maniere de penfer des 
Naturels: L’Auteur prend la re/olu- 

tion d'aller s'établir aux Natchez, 82 - 

CHarP. VI. Surprife du Fort de Pen- 
Jacola par les François: Les Æfpa- 
grols le reprennent : Les François 
l'ayant repris le démoliffent. 03 

Cap. VIT Calumet de Paix des 

_ Tchitimachas : Leur Harangue au 

Commandant Géneral : Ayanture 

n Eten. à I10$ 

_ Cap, VIII, Départ de lAuiteur pour 


PR REPAS 
K & 


TABLE ‘4er 


| des Naichez : Defcription de ce Voya= 


es Difficulté de convertir les Na- 

. turels : Etablifflement del’ Auieur aux 
: Natchez, os 2 
CHar.IX. L’Auteur eft attaqué d’une 
Sciatique: Entretiens [ur deux Points 
d’Afironomie : L’Auteur eft guéri 
par un Médecin Naturel. 129 


CHar. X, Defcription Géographique 


de la Louifiane : Climat de certe 
Province, 138 


. CHar. XI. Suite de la Deftription 
_-. Géographique: La baffe Louifiane ef? 


une Terre rapportée. 


| ] 5 5 
CHar. XII 7 gage de lAuteur au 
Biloxi : Etabliffement des Concef- 
. fions : L'Auteur découvre deux Mi: 


. nes de Cuivre : Son retour aux Nar- 


chez : Phénomene, | 166 
Car. XIII. Premiere Guerre avec 
les Naichez : Caufe de cette Guer- 
rez: Les Naturels apportent le Cas 
.lumet de Paix à l’' Auteur. 177 
CHar. XIV. Serpent a fonnettes monf- 
trueux : Phénoméne extraordinaires 


189 


 Crar. XW. Le Gouverneur frrprend 


les Natchez avec 700 hommes: Dif- 
cours du Serpent Pique au fujet de 
cetre Guerre , &° de la Paix qui l’a 


PT, 


356 DES CHAPITRES. 


k | 
- # 


voit précedée : Le Médecin du Grand \ 
Soleil guérit Auteur d'une Fiftulela- \ 
crymale : Cures furprenantes des Me- 


decins Naturels :: L’ Auteur envoye 


a la Compagnie plus de 300 Sim- | 


ples | 197 


€nar. XVI. V’oyage dé Auteur dans 


les Terres de la Louifiane : Il prend 
des Naturels pour laecompagner =: 
Teins de fon départ : Chaffe aux Din- 
dôns : Decouvreurs : Signaux. 213 


CHaP. XVII. Suite du Voyage dans les 


terres : L’ Auteur tue un Eœuf [au- 
vage : Découvreur ésaré :'Cheyreuil 


blanc : Découverte du Gyps : Défcrip- 


tion du lit de Auteur : Découverte. 
d’une Mine de Criftal de roche : Fer- 
. tilité du Pays : Abondante de gibier : 
Carriere de Piätre. #0: 7 2 
Car. XVIII. Suite du Voyage dans 
les terres : Découverte d’un Village 
de Caffors gris : L’ Auteur les’ fait 
travailler : Il en tue:un : Deftrip- 
tion de leurs Cabanes. 243 
Cap. XIX. Suite du Voyage dans’ ies 
terres : Decouverte d'une Mine de 
Plomb : Kencontre d'un Voyageur. 


extraordinaire : Indices ‘de ÜViines :. 


Autres indices de Mines d'Or :: Re--. 


: TABLE 357 
tour de Auteur à Jr Habitation. 
_25$ 
CHar. XX. De La nature. des terres de 
la Louifiane : Des terres de La Mobi- 
| “le: De celles de la Côte de l'Efi: Des 
9 terres qui font depuis Pemboüchure du 
Fleuve, S. Louis jufqu'a la nouvelle 
Orléans. .: 265 
“CHaAr. XXI. Qualité des terres qui r 
au-deffus de la Fourche : Carriere de 
Pierres à bâtir: Terres hautes de l'Efi: 
Leur fertilité prodigieufe : Côte de 
lOuefl:Terres de l'Oueft:Salpêtre. 281 
:CHar. XXII. Qualité des terres de 
la Riviere Rouge : Poftes des Nac- 
æchitoches: Mine d'argent : Des ter = 
res de La Riviere Noire. 295$ 
‘CHar. XXIIT. Ruiffeau d'eau falée: 
Lacs falés : Terres de la Riviere des 
 Arkanfas:: Marbre rouge jafpé : Ar- 
doife: Plâtre: Chaffe aux pu 
Baitures du Fleuve. 07 
-CHar. XXIV. Des terres dela Rivie- 


re de S,. François : Mine de Mara- 


mec € autres : Mine de Plomb : Pier- 
re tendre femblable au Porphyre: Des 


terres du Miffouri: Des terres qui font  ‘ 


au Nord de l'Ouabache : Des terres 
des Illinois: Adine de la Mothe & 
‘autres, 319. 


358 DES CHAPITRES. 


Car. XXV. Des Negres : Du Choix « 


des Negres : De leurs Maladies : 


De la maniere de les traiter pour : 


les guerir: De la maniere de les gou- 


VerNEre sp 333 


Fin de la Table des Chapitres. 


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